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Depuis 2016, les autorités saoudiennes veulent diversifier leur économie, trop dépendante du pétrole, et sortent les grands moyens pour développer un autre secteur : celui du divertissement. Faire la fête légalement à Riyad est devenu possible ces dernières années.
Des centaines de milliers de personnes en plein festival électro y compris des femmes, cheveux au vent, aux côtés d’hommes. La scène s’est déroulée en décembre dernier à Riyad, capitale de l’un des pays les plus conservateurs au monde. Quatre mois plus tard, Nada Alabi, l’une des organisatrices de l’événement, n’en revient toujours pas. « Cette année, plus de 700 000 personnes sont venues ici sur quatre jours et environ 200 artistes, 50% originaires de la région et 50% de l’international », indique-t-elle.
Un festival hors normes dont il ne reste que les estrades et de larges containers taggués en lisière de Riyad. Le lieu devrait accueillir d’autres concerts alors que le secteur du divertissement est en pleine expansion dans le royaume. « En Arabie saoudite, 50% de la population a moins de 30 ans, déborde d’énergie, et on a une grande passion pour la musique ! », fait encore valoir Nada Alabi.
Une musique interdite dans les lieux publics il y a encore quelques années. Pour les musiciens, le changement a été radical. Quelques cafés à Riyad proposent même aujourd’hui des petits concerts ou des sessions d’improvisations. Tala, un DJ qui exerce depuis dix ans, se souvient d’une époque où la police religieuse aurait pris d’assaut ces lieux. « Tu étais directement embarqué par la police. Ils pouvaient te raser la tête, témoigne-t-il. C’était une mentalité différente vous savez. La musique était interdite, le mélange des sexes aussi. »
À ses côtés, Reem, la trentaine, cheveux noirs, acquiesce. Elle se souvient de son premier concert public en 2019, avec son frère : « Je l’ai regardé et je lui ai dit : « tu y crois ? Toi et moi, frère et sœur, en train de danser, en Arabie saoudite, devant Solomon, un DJ, en train de mixer. » Sérieusement ! C’était vraiment quelque chose d’excitant. J’en ai encore la chair de poule ! »
Aucun doute : l’Arabie saoudite a bien changé. Mais pour les organisations internationales de défense des droits de l’Homme, ces réformes sociales ne doivent pas faire oublier les nombreuses violations des droits humains dans le pays. « Ces grands événements internationaux qui ont lieu en Arabie saoudite ne sont qu’une partie du tableau, rappelle Lynn Maalouf, directrice adjointe du bureau Moyen-Orient, d’Amnesty International. Mais la vision complète inclut, elle, une terrible répression, qui a lieu au même moment. »
Selon Amnesty, au moins 64 personnes seraient en prison en Arabie saoudite, pour avoir voulu exprimer pacifiquement leurs opinions.
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