inflexible, la junte se joue des médiations et accroît son isolement

Il aura fallu deux mois et demi à Washington pour qualifier formellement de putsch la prise de pouvoir par les armes du général Abdourahamane Tiani, le 26 juillet, à Niamey. « Les Etats-Unis ont conclu qu’un coup d’Etat militaire avait eu lieu au Niger », a déclaré Matthew Miller, porte-parole du département d’Etat, dans un communiqué publié mardi 10 octobre. Cette désignation officielle entraîne, conformément à la loi américaine, la fin de l’aide apportée au pays concerné, en l’occurrence la suspension de 442 millions de dollars (417 millions d’euros) d’assistance économique.

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La présence militaire américaine au Niger – un millier de soldats y sont déployés, principalement sur la base d’Agadez (nord), qui constitue un pôle important pour le renseignement militaire américain au Sahel – n’est pour l’heure pas remise en cause, contrairement à celle de la France, dont le départ des soldats, réclamé par la junte, a commencé mardi, selon l’état-major français. D’après une source officielle américaine, les opérations de renseignement des Etats-Unis, principalement conduites par leurs drones depuis Agadez, vont se poursuivre.

Pour le moment, l’annonce de Washington ne devrait « pas avoir d’incidence fondamentale sur le plan militaire et opérationnel pour les Etats-Unis puisque, dans la foulée du coup d’Etat, Washington avait déjà suspendu sa coopération en matière de lutte antiterroriste et son assistance militaire aux forces armées nigériennes », note Andrew Lebovich, chercheur américain spécialiste du Sahel au sein de l’Institut Clingendael, un think tank des Pays-Bas spécialisé dans les relations internationales.

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Mais l’annonce de Washington témoigne de la difficulté de la communauté internationale à faire plier une junte qui n’a transigé sur rien depuis son arrivée au pouvoir. Cette position a précipité l’isolement des militaires mais elle leur a aussi permis d’asseoir leur légitimité auprès de la population, dans une région gangrenée par le djihadisme et où les coups d’Etat se sont succédé depuis 2020. « Au cours des deux derniers mois, nous avons épuisé toutes les voies possibles pour préserver l’ordre constitutionnel au Niger, a rapporté Matthew Miller, mardi, devant la presse. Au fil du temps, il est devenu clair [que les putschistes] ne voulaient pas respecter les règles constitutionnelles. »

Les « entraves » des Nations unies

Cette inflexibilité s’est encore manifestée mercredi, quand le régime militaire a ordonné à la coordinatrice de l’ONU au Niger, la Canadienne Louise Aubin, de quitter le pays dans les trois jours, dénonçant notamment les « entraves » des Nations unies à sa reconnaissance internationale. La junte vise notamment le refus du secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, de laisser Bakary Yaou Sangaré, le ministre des affaires étrangères nigérien, intervenir lors de la 78e Assemblée générale de l’Organisation, en septembre, à New York.

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