Posté par Alexis Lebrun le 13 octobre 2023
Récompensé par le prix du meilleur scénario au dernier festival CANNESERIES, ce mélange entre survival thriller et comédie noire est un joyeux jeu de massacre mis en scène avec maestria. Mais Bargain : Le prix à payer est aussi une critique sociale dont les idées complètement folles confirment la liberté de ton et la vitalité des séries sud-coréennes.
Séisme narratif
Si vous avez tendance à perdre foi en l’humanité, ce n’est pas Bargain : Le prix à payer qui risque de vous rassurer. Elle s’ouvre en effet sur une chambre d’hôtel où un homme quarantenaire se rend pour se payer la virginité d’une jeune fille en tenue d’étudiante.
Lorsqu’il apprend qu’elle a déjà vu le loup puis qu’elle ne va pas à l’école, la tension s’installe : monsieur négocie à la baisse le tarif, s’énerve, et on imagine forcément le pire. Mais Bargain déjoue entièrement notre imagination en transformant la suite de leurs échanges en une scène d’horreur tellement inattendue qu’il vaut mieux ne rien en dire ici. Et au moment où on retient déjà son souffle, la série déclenche un séisme qui nous fait tomber littéralement dans les entrailles du bâtiment.
Commence alors une lutte improbable pour la survie, entre des personnages tous aussi méprisables les uns que les autres, parfois alliés de circonstance mais toujours prêts à s’entretuer pour sauver leur peau ou un peu d’argent.
Le paradis du plan-séquence
Bargain : Le prix à payer est une pure série de genre où tout est volontairement excessif. Chaque épisode est l’occasion de traverser un nouveau décor cauchemardesque, à la manière d’un jeu vidéo de survie dans un monde apocalyptique. La façon dont la série utilise concrètement et symboliquement les possibilités de son environnement au service de la mise en scène et d’une critique des inégalités sociales évoque en outre le génie de Bong Joon-ho dans Parasite (2019).
Le scénariste et réalisateur Jeon Woo-sung prend un malin plaisir à nous enfermer avec ses personnages dans cette succession de huis clos totalement oppressants, où une sensation de malaise et de tension ne nous quitte jamais. Cette atmosphère irrespirable est installée par une mise en scène impressionnante, puisque chaque épisode de Bargain est constitué d’un plan-séquence de 35 minutes chorégraphié avec précision.
Prouesse supplémentaire : toute la série a été filmée d’une traite. Caméra à l’épaule, Jeon Woo-sung nous fait passer avec beaucoup de maîtrise d’un personnage et d’une pièce à l’autre, sans jamais relâcher l’étreinte qui nous saisit. Ses acteurs se hurlent dessus et se massacrent dans un chaos assez jouissif renforcé par une bande-son jazzy qui donne le tournis, mais le résultat n’est pas à mettre devant tous les yeux.
Un humour noir omniprésent
Cette mécanique sanglante n’est pas gratuite non plus, puisque comme beaucoup de productions sud-coréennes, Bargain : Le prix à payer s’attaque clairement à ce capitalisme sauvage et débridé, où tout se monnaye sans aucune considération pour la vie humaine.
Il n’y a personne à sauver dans ce marasme profondément pessimiste et misanthrope où tous les personnages sont des antagonistes, mais la série est heureusement allégée par quelques trouvailles comiques assez hilarantes qui puisent à fond dans le registre de la comédie noire – on vous laisse apprécier l’accoutrement du client évoqué en introduction.
On pense parfois à la stupidité des personnages de Fargo et au fameux sous-titre des frères Coen : « Aurez-vous le courage d’en rire ? ». Visiblement, personne ne résiste à l’envie, puisqu’une deuxième saison est déjà en cours de discussion.
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