”On ne peut pas faire semblant qu’il ne s’est rien passé”, explique en substance un membre de l’administration américaine dans les colonnes du Washington Post. Deux mois et demi après que le président démocratiquement élu du Niger, Mohamed Bazoum, a été renversé par l’armée, les États-Unis qualifient de coup d’État cette action de ces militaires.
Conséquence immédiate, le gel par Washington d’une enveloppe de près de 450 millions de dollars d’aide économique au Niger.
Contrairement à la France qui a immédiatement rejeté toute collaboration avec les putschistes, les États-Unis ont tenté une approche qui se voulait “plus constructive, moins disruptive”, explique un diplomate occidental qui rappelle “le poids stratégique de ce pays pour le combat contre les djihadistes dans tout le Sahel”. Les Américains ont positionné un peu plus de 1 000 militaires dans le pays, à Niamey, la capitale, et plus au nord, dans une base à Agadez, sans oublier quelques poches disséminées dans plusieurs villes du pays.
Agadez est en importance la seconde base militaire américaine sur le continent africain. Une base composée essentiellement de drones qui surveillent le Sahel et qui ont un rôle essentiel de renseignement et de frappes face aux djihadistes très actifs dans toute la région.
Contrairement à la France, pourquoi Washington veut rester au Niger
La menace Wagner
Les Américains ont tenté de conserver un canal de négociation avec le nouveau pouvoir au Niger. C’est ainsi que dès la mi-août une nouvelle ambassadrice américaine, Kathleen FitzGibbon, a posé ses bagages à Niamey. Diplomate de carrière, francophile, l’ambassadrice, qui n’a pas encore présenté ses lettres de créance aux dirigeants nigériens, a multiplié les postes en Afrique, de la Sierra Leone au Tchad en passant par le Nigeria ou le Gabon.
Une manière pour le gouvernement Biden de montrer sa bonne volonté, tout en conservant un œil attentif sur le terrain notamment à l’égard des démarches entreprises par le groupe russe Wagner qui peut compter sur les autorités voisines du Mali pour jouer les entremetteurs. Le maintien de ce canal de dialogue devait aussi permettre de faciliter un hypothétique retour à l’ordre constitutionnel et donc au pouvoir du président Bazoum, qui n’a pas démissionné et qui vit depuis le 26 juillet dans une des résidences présidentielles de Niamey avec sa femme et son fils.
Diplo pour les nuls : Très cher Niger
Depuis le début de cette semaine, les États-Unis semblent avoir enterré leur espoir de réinstaller par le dialogue le président élu. Ils mettent désormais la pression sur les finances du Niger, sachant que les alliés régionaux du Mali et du Burkina Faso ne seront d’aucune aide, eux qui doivent aussi faire face à une situation économique très difficile. Une aubaine pour Moscou ? Pas vraiment. Moscou n’a pas les moyens aujourd’hui d’injecter des millions de dollars dans les “pays amis” du Sahel. Un nouveau bras de fer se dessine sur fond d’avancée djihadiste qu’aucune des juntes de ces pays n’est capable de juguler.
Crédit: Lien source


Les commentaires sont fermés.