Une mission ONU rétablira-t’elle l’ordre en Haïti, passée aux mains des gangs ? Retour sur une nation défaillante et ultra-violente

C’est l’un des pays les plus pauvres de la planète. Et aussi l’un des plus violents. Les bandes armées d’une brutalité extrême souvent liées au pouvoir font partie intégrante du paysage national depuis l’indépendance. Elles ont pris le contrôle de la capitale, Port-au-Prince Incapable d’endiguer la situation, le premier ministre Ariel Henry avait demandé l’intervention de l’ONU qui vient de donner son accord pour le déploiement d’une force sécuritaire d’urgence en 2024.

S’il faudrait remonter aux origines de la première nation noire pour comprendre les prémisses d’un désastre social, l’assassinat en 2021 du Président Jovenel Moïse par un commando armé qui faisait irruption de nuit à son domicile, a sûrement plongé outre mesure le pays dans le chaos. Un pays en proie à une instabilité politique chronique : seuls 6 des 38 présidents de la République sont parvenus à la fin de leur mandat depuis sa naissance en 1804.

Date à laquelle l’esclave libéré Toussaint L’Ouverture, inspiré par les idéaux de la Révolution française, se révolte contre la puissance coloniale française. Haïti devient la deuxième nation indépendante d’Amérique après les États-Unis. Les Grands Blancs – les Créoles – qui avaient créé une économie prospère basée sur l’exploitation des esclaves importés d’Afrique, sont assassinés. Les esclaves sont libres, mais les infrastructures sont détruites, l’économie est au point mort. Les Haïtiens, incapables de faire fonctionner la machine, sont de plus, étranglés par une dette : les Français exigent le remboursement des terres confisquées à la Révolution.

Ces derniers seront peu à peu substitués par les Américains, qui, fidèles à une méthode éprouvée avec la doctrine Monroe, déstabilisent, imposent leurs monopoles, financent les bandes armées, pour ensuite proposer leur “aide” salvatrice. Actuellement, les terres sont détenues par les grands exploiteurs agricoles, ces 3% de la population qui composent l’élite haïtienne. Ils produisent pour l’exportation, alors que le marché intérieur a faim. Haïti est en effet importateur net de denrées alimentaires, à la différence de son voisin la République Dominicaine, et malgré le fait notable que la quasi-totalité du sucre importé par les États-Unis provient de la main d’œuvre haïtienne. Or, rien n’est redistribué, les gains étant placés sur les marchés étrangers.

Sur le plan politique, l’instabilité règne, qui, traduite en dialecte local signifie dictature mêlée de magie noire, corruption endémique, assassinats politiques et coups d’État à répétition. Au tableau, s’ajoutent la surpopulation, les écosystèmes complètement érodés (200 ans abattages d’arbres sans en replanter, ce qui favorise les catastrophes environnementales), et un taux d’alphabétisation indécent : moins de 10% des Haïtiens savent lire et écrire, la grande majorité des enfants n’étant pas envoyés à l’école. Bref, deux siècles de dévastations difficilement imputables à l’ex-puissance coloniale française.

Le tremblement de terre de 2010 et une épidémie de choléra mettent le pays à genou. 250.000 morts, un nombre incalculable de sans-abris… et les membres des gangs qui s’échappent des prisons. Ils tuent, violent, rackettent, enlèvent contre des rançons avec lesquelles ils acquièrent des armes : ils sont mieux équipés que l’armée légale. Héritage des Tontons Macoutes, ils sont souvent le bras armé des familles d’oligarques et se mènent une guerre sans merci pour s’arroger l’immense marché noir et le trafic de drogue.

La faim, l’absence de services, l’inflation, l’augmentation drastique des prix du carburant confirment la déliquescence de l’État. L’île est de fait aux mains des gangs qui sèment la terreur parmi les habitants.

La mission de rétablissement de l’ordre des Nations Unies prévue pour 2024 sera t’elle plus efficace des deux précédentes ? Pas sûr. Toutes les interventions étrangères passées n’ont jamais porté leurs fruits. Peut-être parce qu’elles ne sont que la porte d’entrée pour de futures ingérences qui ont peu à voir avec l’humanitaire et la philanthropie. Quoi qu’il en soit, après les interventions ONU des années 1990 et 2000, ce sont les forces de sécurité kényanes qui prendront la tête de la mission, ayant l’avantage d’une certaine proximité raciale – “nos frères africains” – et plus habituées au maintien de l’ordre dans les bidonvilles. Mais, au vu de la situation de chaos dans lequel baigne le pays depuis des décennies, la tâche semble pour le moins ardue.

Audrey D’Aguanno

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