«C’est le Grand Prix de Monaco» : dans l’Oise, le passage des poids lourds empoisonne la vie des communes
Dans le centre de l’Oise, à l’heure de se coucher, Frédérika préférerait compter les moutons pour s’endormir. Au lieu de ça, elle ne dort pas et compte… Les camions qui passent devant sa fenêtre, rue Pierre-Viénot, à Clermont. « Une nuit, j’ai eu 20 camions par heure, soupire-t-elle. Une déviation existe mais ils passent vite dans notre petite rue pour s’éviter un détour et économiser du carburant. J’ai déjà eu une voiture dans mon jardin en 2009, je ne voudrais pas avoir un camion ce coup-ci. »
Nombreux sont les habitants de l’Oise à supporter un trafic hors norme dans leur village, surtout pendant la campagne de récolte des betteraves, qui se tient de septembre à décembre. « Ils font 44 tonnes et roulent à fond la caisse. C’est invivable », martèle Jérôme à Béthisy-Saint-Pierre où un collectif s’est monté pour protester contre ces allées et venues. Des plaintes qui remontent invariablement aux maires qui semblent, eux aussi, bien démunis. À Verberie, malgré un de plan de circulation interdisant certaines rues aux véhicules de plus de 15 tonnes, le problème persiste toujours.
« La loi ne nous est pas favorable »
Le collectif de Béthisy-Saint-Pierre a vu le jour fin 2022, après que la rue Albert-Bocqué est passée en double sens. « Une artère étroite qui mène au centre-ville, décrit Jérôme. Il y passe désormais des engins agricoles et des camions. La nuit, c’est le Grand Prix de Monaco. » « Une autoroute, même, appuie Bruno, un autre riverain. Ma maison vibre, j’ai eu des fissures, sans compter les nuisances sonores, la pollution et les problèmes de sécurité. Si deux camions passent en même temps, ils montent sur le trottoir. »
Une étude avait pourtant déconseillé ce changement de circulation. « Mais sans ça, tous les poids lourds passaient dans des rues encore plus étroites, explique Jean-Marie Lavoisier, le maire. La solution, on la connaît, c’est la fameuse déviation de la Vallée de l’Automne. Mais on en parle depuis 50 ans, je serai mort quand elle sera mise en place. »
Lors de l’assemblée générale de l’Union des maires, au début du mois, le maire de Verberie, Michel Arnould, a dénoncé cette situation. Dans sa ville, moins de 3 000 habitants, ce sont 1 000 camions qui circulent chaque jour pour un trafic quotidien de 6 000 véhicules. Si tous ces camions y transitent, c’est que la commune est un « itinéraire de fuite ». En y passant, les chauffeurs évitent de payer le péage de Chevrières et longent l’A1. « On a eu un 44 tonnes qui a heurté une voiture, se rappelle l’élu. Il ralliait les Pays-Bas à l’Espagne. Le chauffeur m’a dit que son patron lui interdisait de prendre les autoroutes pour faire des économies. »
Pour l’édile, les municipalités n’ont que peu de marge de manœuvre. « La loi ne nous est pas favorable, nous sommes démunis, assure-t-il. Nos arrêtés d’interdiction de circulation doivent être limités dans le temps et motivés juridiquement sinon un transporteur peut nous attaquer pour entrave à la liberté de circulation. »
Les montants des amendes ne seraient pas plus dissuasifs. « Si un conducteur ne respecte pas un arrêté, il n’encourt que 35 euros de contravention, regrette l’élu. Je n’ai que deux policiers municipaux, ils ne peuvent pas être partout. » Malgré ces obstacles, il a mis en place son plan de circulation réservé aux véhicules de plus de 15 tonnes. En vain. « On a mis des énormes pots de fleurs pour les empêcher de passer mais cela ne marche pas. Un camion m’en a renversé un. Je vais porter plainte car il y a délit de fuite. Mais ça se finira seulement par un constat à l’amiable. »
Une charte de bonne conduite pour la fin d’année
À Clermont, la mairie regrette aussi le manque de respect de certains conducteurs. « On a pris un arrêté interdisant les plus de 3,5 tonnes sauf desserte, mais les betteraviers vont au plus court. On a aussi les cars scolaires qui ne contournent pas la ville, plus les moissonneuses-batteuses, peste Lionel Ollivier. Je vais mettre en place un groupe de travail trouver des solutions avec les acteurs locaux car ça devient un balai infernal. »
La solution pourrait venir du conseil départemental, qui a déjà mené des discussions avec les transporteurs et les betteraviers afin de rédiger une charte de bonne conduite pour les poids lourds, annoncée d’ici début 2024. « Le diagnostic établi a permis d’identifier 27 points noirs, les endroits où les élus nous ont alertés, détaille Luc Chapoton, conseiller délégué au plan départemental de circulation des poids lourds. Les betteraviers ont travaillé à réduire les nuisances, mais le problème est toujours là. Pour Verberie, c’est vraiment un cas d’école, car ils ont, en plus, des bases logistiques qui se multiplient à proximité. Nous veillerons aussi, dans la mesure du possible, à ce qu’elles ne s’implantent plus à des endroits où elles pourraient nuire à la circulation. »
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