La France se crispe face à la peur d’une exportation terroriste du conflit israélo-palestinien

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Le RN fidèle à sa nouvelle stratégie

L’assaillant d’Arras, originaire du Caucase russe, étant fiché comme potentiel radicalisé dangereux – sa famille ayant échappé de peu à l’expulsion et son frère étant emprisonné suite à un projet d’attentat –, Marine Le Pen dénonce «une chaîne de défaillances» qui devrait impliquer selon elle la démission du ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin. Au-delà de cela, le Rassemblement national reste fidèle à sa nouvelle stratégie, celle d’éviter autant que possible les excès verbaux qui marquaient l’époque de Jean-Marie Le Pen. Les politologues interrogés ces derniers mois soulignent à quel point la ligne du parti de Marine Le Pen sur les questions d’islam, d’immigration et de sécurité est si claire qu’il n’a plus besoin d’insister pour en ramasser les fruits. Résultat: pendant que le RN essaye d’éviter la caricature, les autres partis durcissent leurs discours pour donner le change.

Les Républicains (droite traditionnelle) ont donc demandé la mise en place immédiate de l’état d’urgence et s’apprêteraient, selon Le Parisien, à inscrire à l’ordre du jour parlementaire une révision constitutionnelle visant à autoriser les dérogations au droit européen sur les questions d’immigration et d’expulsion. Une mesure dont le Rassemblement national revendique la paternité.

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Expulsion systématique

Emmanuel Macron, de son côté, a demandé ce lundi matin aux préfets de passer «au peigne fin» la liste des personnes fichées comme présentant un risque de radicalisation terroriste. L’Elysée demande même de porter une attention particulière aux personnes de 16 à 25 ans originaires du Caucase, comme l’assaillant d’Arras. Ils seraient particulièrement susceptibles d’embrasser un «islam rigoriste» sous l’influence de «réseaux très violents». Le président veut voir un «Etat impitoyable». Lundi après-midi, le gouvernement a annoncé qu’il allait réexaminer le cas de 193 étrangers radicalisés en situation irrégulière.

Sur la question de l’immigration, le gouvernement ayant une loi en cours de négociation avec les représentants du parlement, il en souligne les aspects les plus répressifs, comme la possibilité d’expulser, selon Gérald Darmanin, des personnes arrivées en France avant l’âge de 13 ans, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui et ce qui aurait rendu l’expulsion du terroriste d’Arras impossible. La droite assure que le projet de loi ne permettrait pas ce genre d’expulsion sans passer par sa propre révision constitutionnelle.

Le ministre de l’Intérieur prône dès maintenant «l’expulsion systématique de tout étranger […] considéré comme dangereux par les services de renseignement». Et il revendique de le faire y compris vers la Russie malgré l’opposition de la Cour européenne des droits de l’homme. Il justifie cette démarche par «une atmosphère de djihadisme, de passage à l’acte évidente».

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Renforcer la sécurité dans les écoles

De son côté, le ministre de l’Education, Gabriel Attal, a annoncé que la sécurité des établissements scolaires serait étudiée, évoquant des portiques, des vigiles et de la vidéosurveillance. Il a par ailleurs annoncé qu’aucune contestation ne serait tolérée lors des hommages au professeur tué. Car, ce lundi matin, les cours commençaient deux heures plus tard que d’habitude dans tous les lycées et collèges afin de laisser les enseignants discuter et préparer l’hommage au professeur de français poignardé. Une minute de silence a ensuite été observée dans tous les établissements scolaires à 14h. Le matin, devant un lycée parisien, les employés s’engouffraient rapidement dans l’entrée sécurisée, éconduisant les demandes des journalistes. Et alors que les cours devaient commencer, la cité scolaire Gambetta d’Arras a été évacuée à la suite d’une alerte à la bombe reçue sur internet. Samedi, c’était le Louvre, puis Versailles qui étaient évacués de leurs dizaines de milliers de visiteurs et employés après de fausses alertes similaires.

Plus anecdotique, mais illustrant bien l’ambiance dans le pays, dimanche soir, avant le quart de finale de la Coupe du monde de rugby, à la fan zone sur la place de la Concorde pendant la minute de silence en hommage aux victimes du conflit, un petit malin a glacé l’atmosphère en criant «Allah akbar». L’ambiance festive autour de ce match très important pour les fans du XV de France a repris dès la Marseillaise entamée, mais des dizaines de policiers équipés d’armes automatiques encadraient bien les lieux et disciplinaient les supporters plus ou moins ivres qui jouaient au ballon ou enfourchaient leur vélo. Les souvenirs de 2015 sont bien présents à chaque coin de rue.

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