Ce texte est tiré du Courrier de l’économie. Pour vous abonner, cliquez ici.
Besoin d’attirer vers vous les projecteurs alors que vous arrivez un peu en retard à la fête ? Faites comme le grand patron de la banque américaine JPMorgan Chase et assurez-vous d’être tout simplement plus extravagant que les autres. Par exemple : là où tout le monde prédit la semaine de travail de quatre jours, allez plus loin et parlez déjà de la semaine… de trois jours et demi.
C’est ce que Jamie Dimon a fait dans le cadre d’une longue entrevue accordée à la chaîne financière américaine Bloomberg TV, début octobre. Le p.-d.g. de JPMorgan Chase a affirmé que des milliers d’employés de sa firme utilisaient quotidiennement des outils d’intelligence artificielle (IA) comme ceux incarnés par ChatGPT, d’OpenAI, ou Bard, de Google. Sur cette base, il estime déjà non seulement que « cela ajoute une valeur inestimable à notre entreprise », mais aussi que les travailleurs verront également des bénéfices à cette technologie.
Seulement, ce ne sera pas tout de suite. « Vos enfants vont vivre au-delà de 100 ans et n’auront jamais le cancer grâce à la technologie. Et ils ne travailleront probablement que trois jours et demi par semaine », a promis Jamie Dimon. Il s’est aussi dit navré de constater que l’IA allait détruire certains types d’emplois, mais que c’était normal, car « c’est ce qu’a toujours fait la technologie ».
L’homme d’affaires américain a aussi parlé de la moitié vide de son verre : « La technologie a fait de grandes choses pour l’humanité, mais, vous savez, des avions s’écrasent et des médicaments n’ont pas l’effet espéré. Il y a aussi du négatif. »
Travailler moins, travailler plus
À peu près tout le monde qui mérite de le faire publiquement prédisait déjà l’avènement de la semaine de quatre jours entraîné par l’IA. Le p.-d.g. a décidé d’aller un peu plus loin dans cette prédiction.
Or, les études tendent à démontrer que la réalité pourrait être moins rayonnante que ce que laissent miroiter les grands patrons. D’abord, tous les emplois ne sont pas touchés de la même façon par une nouvelle technologie qui, pour le moment, est surtout très habile à traiter rapidement de l’information sous forme de texte ou d’image. Elle ne construit pas de maisons. Elle ne produit pas d’électricité – c’est plutôt l’inverse.
En fait, selon l’Organisation internationale du travail (OIT), l’IA générative risque surtout de se répercuter sur les économies avancées de la planète. Dans ces pays, elle pourrait toucher au plus 5,5 % de tous les emplois. Dans les pays moins riches, son effet pourrait ne se faire sentir que par 0,4 % des travailleurs. C’est donc très peu.
Évidemment, rien ne peut prédire quels pays et quelles entreprises décideront d’investir massivement pour amplifier cet effet au sein de leur main-d’oeuvre. Mais là encore, l’OIT a sa petite idée. Selon elle, la plupart des emplois qui devraient être touchés par l’émergence d’applications évoluées d’intelligence artificielle ne le seront que partiellement. On ne remplacera pas des travailleurs, on automatisera certaines de leurs tâches.
Ce ne sont donc pas les employés qui vont disparaître, mais leurs tâches qui vont changer. Et ce que voit l’OIT à l’horizon, c’est un monde où les travailleurs ont moins de tâches à faire, mais plus de supervision à accomplir.
Car il faudra bien quelqu’un pour s’assurer que l’IA générative fonctionne comme il se doit. Et le résultat, surtout si on ne trouve pas d’issue à la pénurie de main-d’oeuvre, est que les travailleurs auront des tâches moins lourdes à accomplir, mais qu’ils passeront au moins autant, sinon plus de temps à surveiller les systèmes automatisés autour d’eux.
Autrement dit, ils travailleront moins… mais ils travailleront plus.
Ce qui, quand on y pense, permet de faire les prédictions qu’on veut bien. Et si jamais on en vient à adopter la semaine de travail de trois jours à peine, rappelez-vous que vous l’avez lu ici en premier.
À voir en vidéo
Crédit: Lien source


Les commentaires sont fermés.