Sandra Dessalines, sculptrice des beautés d’Haïti

Originaire de Port-au-Prince, Sandra Dessalines quitte Haïti en l’an 2000 pour suivre des études d’ingénieure-agronome à Toulouse. Elle y rencontre son mari, qui lui fait découvrir le Pays basque. Son affinité pour l’art remonte à l’enfance, pourtant c’est en 2010, à la suite du tremblement de terre qui a causé la mort de 300 000 personnes, parmi lesquelles un cousin et des voisins proches, que Sandra Dessalines éprouve la nécessité de devenir artiste. Suite au choc émotionnel, elle souffre de claustrophobie et vit longtemps avec la peur d’un séisme au Pays basque.

Originaire de Port-au-Prince, Sandra Dessalines quitte Haïti en l’an 2000 pour suivre des études d’ingénieure-agronome à Toulouse. Elle y rencontre son mari, qui lui fait découvrir le Pays basque. Son affinité pour l’art remonte à l’enfance, pourtant c’est en 2010, à la suite du tremblement de terre qui a causé la mort de 300 000 personnes, parmi lesquelles un cousin et des voisins proches, que Sandra Dessalines éprouve la nécessité de devenir artiste. Suite au choc émotionnel, elle souffre de claustrophobie et vit longtemps avec la peur d’un séisme au Pays basque.


Faits de journaux et de papier, ses sculptures et ses tableaux en trois dimensions sont un moyen de sauver son pays qui a connu le chaos après le tremblement de terre de 2010.

Sandra Dessalines

Peu cher et facile à travailler, le papier mâché constitue la base de son travail avec des perles, du bois, des tissus ou du plastique.


Peu cher et facile à travailler, le papier mâché constitue la base de son travail avec des perles, du bois, des tissus ou du plastique.

Sandra Dessalines

L’art lui sert de thérapie, car l’artiste fait son deuil grâce à ses œuvres. Par ailleurs, la jeune femme se découvre. Sandra Dessalines se réalise en s’adonnant à sa vocation contrariée par ses parents. Après avoir souffert d’être une femme dans une famille conservatrice, l’artiste s’affirme et se réconcilie avec elle-même.

Réalisme poignant

Autodidacte, Sandra Dessalines se forme à partir de ses aspirations et affinités. Elle s’inspire notamment des techniques de papier mâché pour la confection des masques de carnaval dans le sud-est d’Haïti. Les couleurs vives de ces visages impressionnants ont marqué son enfance. Peu cher et facile à travailler, le papier mâché constitue la base de son travail avec des perles, du bois, des tissus ou du plastique.

Ses œuvres, souvent de couleurs vives, sont inspirées par des masques de carnaval du sud-est d’Haïti qui ont marqué son enfance.


Ses œuvres, souvent de couleurs vives, sont inspirées par des masques de carnaval du sud-est d’Haïti qui ont marqué son enfance.

Sandra Dessalines

Tableau en trois dimensions d’une femme d’Haïti.


Tableau en trois dimensions d’une femme d’Haïti.

Sandra Dessalines

Ses sculptures et ses tableaux en trois dimensions sont un moyen de sauver son pays qui a connu le chaos en 2010. Par sa famille, l’artiste se sent étroitement liée à l’histoire glorieuse et tragique d’Haïti. Son ancêtre fut l’empereur Jacques Ier d’Haïti. Après la déportation de Toussaint Louverture, capturé par Napoléon, le général Dessalines a proclamé l’indépendance d’Haïti en 1804. Sandra Dessalines en raconte l’histoire afin de changer notre regard trop souvent limité aux clichés d’un pays pauvre, voué aux catastrophes et à la corruption. Capable de véhiculer l’acceptation de soi et du passé, son art est un outil de sensibilisation et de tolérance.

Ses tableaux représentent la vie quotidienne et les moments forts d’Haïti, notamment des groupes de musiciens ambulants à Pâques : le « rara ». Pour les scènes de marché, l’énergie des couleurs met en évidence les postures et le rôle primordial des femmes pour l’économie de l’île et la gestion du foyer.

Par ailleurs, le réalisme poignant de ses sculptures interroge certains sentiments refoulés. Si leur émouvante sensualité et leur nudité invitent à une acceptation du corps, l’artiste oriente aussi notre regard vers des événements mis à l’écart par la société.

Gestuelle des corps

Plusieurs séries de sculptures nous mettent en empathie avec des esclaves enfuis qui se sont sacrifiés pour la libération de leur peuple. En glorifiant le courage des marrons (1), Sandra Dessalines humanise les déshumanisés. La gestuelle des corps en souffrance constitue un aspect majeur de son travail. L’exposition organisée en 2021 par l’association Mémoire de l’Outre-Mer à Nantes lui a permis de présenter son travail sur les marrons et de recevoir un succès critique unanime.

L’artiste glorifie le courage des marrons, ces esclaves qui ont fui l’oppression et se sont battus pour la libération de leur peuple.


L’artiste glorifie le courage des marrons, ces esclaves qui ont fui l’oppression et se sont battus pour la libération de leur peuple.

Sandra Dessalines

La rancœur demeure absente d’un travail qui vise au témoignage et à la réconciliation. L’artiste n’aime pas le sentiment de culpabilité. L’histoire appartient à l’histoire, à condition de contourner le refoulement social. En faisant remonter les émotions, la contemplation de l’œuvre emporte le spectateur et le fait accéder à la réconciliation avec soi-même.

Sandra Dessalines a installé dans sa maison 200 œuvres. Le public américain lui commande des pièces découvertes sur Instagram ou TikTok. Afin de réaliser des postures qui lui apparaissent sous forme de flashs, l’artiste dispose de plus d’un mois pour observer son travail grâce au recul suffisant qu’offrent les phases de séchage, de peinture et d’ajout de matériaux. Des auteurs haïtiens, tels que Frankétienne et Makenzy Orcel, jouent un rôle important dans son travail parce qu’ils lui communiquent la situation actuelle d’Haïti.

Toutefois les souvenirs de l’artiste reviennent encore au tremblement meurtrier de 2010. Imprégnées d’une histoire tragique à partager, les œuvres de Sandra Dessalines constituent une somme humaine pour les deux côtés de l’Atlantique.

(1) Le mot marron vient du terme espagnol cimarrón, pour désigner les esclaves fugitifs.


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