Problèmes d’humeur, dépression, prise de poids, hypertension, accidents cardiovasculaires… Mal dormir peut avoir des effets délétères sur la santé. Vous êtes concernés par des troubles du sommeil? Il est possible de corriger le tir facilement.
C’est ce que révèle une vaste étude, dévoilée ce vendredi par l’Institut national de la santé et de la recherche médicale, en collaboration avec le Centre hospitalier universitaire de Lausanne.
Directeur de recherche à l’Inserm, Jean-Philippe Empana en décrypte 4 grands enseignements.
S’intéresser aux dimensions du sommeil
« La plupart des études existantes travaillaient sur une ou deux composantes: la durée du sommeil et l’apnée du sommeil. Celle-ci montre que cinq composantes pèsent un poids quasiment équivalent dans l’association avec le risque d’accidents coronariens et vasculaires cérébraux », détaille Jean-Philippe Empana, directeur de recherche à l’Inserm.
Dans ces travaux, faisant la synthèse de l’expérience d’environ 15.000 personnes, ont été scrutés: la durée moyenne de sommeil, les insomnies, l’apnée du sommeil, la somnolence en journée et le chronotype, c’est-à-dire le fait d’être plutôt du matin ou du soir. Une approche inédite.
Des signaux pour évaluer son sommeil…
« Le sommeil, c’est de la quantité et de la qualité », étaye le spécialiste. « En moyenne, la durée optimale d’une nuit est de 7h à 8h. Mais cela ne veut pas dire que dormir 6h vous expose à coup sûr à des risques », tempère-t-il.
Avoir envie de somnoler en journée, « dans des circonstances où on n’est pas censé s’endormir », est aussi un indicateur: « quand vous êtes au volant à un feu rouge, dans le cadre d’une conversation. »
Tout comme il est également préférable d’être du matin. « Cela a à voir avec le système nerveux autonome de notre corps. Il régule notre pression artérielle, notre fréquence cardiaque. Ce système a deux axes: un bon pour la santé, cardio-protecteur; et un axe cardio-accélérateur. Les gens qui sont plutôt du matin ont l’axe cardio-protecteur favorisé. Mais, encore une fois, c’est une grande moyenne », précise Jean-Philippe Empana.
Mais agir sur l’une de ces composantes, c’est déjà bien!
C’est l’avancée de cette nouvelle étude: agir ne serait-ce que sur l’une de ces 5 composantes du sommeil apporte déjà des bénéfices significatifs.
« Seules 10% des personnes dans nos travaux combinent les 5. L’idée n’est donc pas de dire aux personnes concernées par des troubles du sommeil de tout améliorer (durée, chronotype, somnolence…), ce n’est pas réaliste! Même si on en améliore une, on réduit de 20% son risque cardiovasculaire. Les gens qui améliorent leur sommeil, même s’il est médiocre à la base, réduisent eux aussi le risque. Conclusion: ce n’est pas parce que vous dormez mal un temps que tout est fichu », explique Jean-Philippe Empana.
Le sommeil, une responsabilité individuelle… et collective
« Au-delà même du risque cardiovasculaire, le sommeil a un impact sur la santé mentale, la santé physique. Il faut une prise de conscience globale de son importance dans nos sociétés », plaide le directeur de recherche à l’Inserm.
Pour le scientifique, il y a une responsabilité individuelle à prendre soin de son sommeil, en se couchant plus tôt par exemple; mais c’est également un enjeu de politique publique.
« Le stress au travail, le bruit, la luminosité jouent directement et recouvrent des politiques de santé », pointe Jean-Philippe Empana.
« L’apnée du sommeil et l’insomnie concernent 1 Français sur 2 », Jean-Philippe Empana, directeur de recherche à l’Inserm
La prochaine stratégie nationale de santé publique devrait intégrer un volet sur le sommeil des Français. « C’est une vraie avancée, d’autant que l’apnée du sommeil et l’insomnie concernent 1 Français sur 2 et ont des conséquences néfastes en termes de bien-être, d’accidentologie, etc », conclut le scientifique.
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