« We strongly reject these fabricated accusations against President Bazoum, » Mohamed Seydou Diagne, coordinator of a lawyers’ collective, said in a statement. (Photo by BERTRAND GUAY / AFP)
Le scénario d’une fuite du président déchu de la résidence où il est maintenu en détention est l’objet d’une intense guerre de communication, même si les amis de Mohamed Bazoum, adossés notamment à la France, contestent ce scénario
Emmanuel Macron a exprimé, une nouvelle fois ce vendredi, « sa vive inquiétude quant à la situation incertaine » du président du Niger Mohamed Bazoum, renversé le 26 juillet par un coup d’état.
Le président français « appelle à sa libération immédiate ainsi qu’à celle de sa femme et de son fils », a fait savoir l’Elysée dans un communiqué, en soulignant « la détermination de la France à poursuivre ses efforts pour le rétablissement de l’ordre constitutionnel au Niger ».
Olivier Vallée
Depuis la prise du pouvoir par les officiers supérieurs de l’armée nigérienne une attention particulière avait été donnée à la surveillance électronique. Les renseignements nigériens, scrutés par la partie française avec l’aide d’officiers nigériens, ont maintenant à leur tête un champion des écoutes.
Souleymane Balla-Arabé, son nouveau patron, fils d’une figure reconnue de l’armée nigérienne, est diplômé de l’École militaire polytechnique (EMP) d’Alger et détient un doctorat en ingénierie de l’information et de la communication, obtenu à la Xidian University en Chine. Sa filiation militaire et sa formation prestigieuse le mettent à l’écart des filières d’influence francophone. Ce qui le désigne comme suspect par le renseignement français. Et c’est peu dire que les lignes téléphoniques sont écoutées jour et nuit par les cadres des renseignements algériens.
Selon les faits relatés par le porte-parole du Conseil National pour la Sauvegarde de la Patrie (CNSP), le colonel-major Amadou Abdramane, un véhicule devait conduire Mohamed Bazoum, sa famille et son entourage en périphérie de Niamey où les attendaient un hélicoptère appartenant à une puissance étrangère pour les emmener au Nigeria. Au Nigeria, poursuit le communiqué du colonel-major, la destination était l’aéroport international Sir Ahmadu Bello, Ambursa, Birnin Kebbi, dans le Kebbi State, non loin de la frontière avec le Niger. Il est de bon ton dans la presse française de ne pas accorder de foi à la version du CNSP et en général au gouvernement actuel du Niger. Y compris dans Mondafrique : voir https://mondafrique.com/confidentiels/niger-le-president-bazoum-serait-separe-de-sa-famille/
Bloomberg qui a une réputation reprend la version de la junte et celle des avocats : https://www.bloomberg.com/news/articles/2023-10-20/niger-s-ousted-leader-detained-after-trying-to-escape-junta-says
Contre attaque du clan Bazoum
« Nous rejetons énergiquement ces accusations montées de toutes pièces contre le Président Bazoum » a déclaré Mohamed Seydou Diagne, coordinateur du collectif d’avocats. « Avec cette détention au secret, c’est une nouvelle ligne rouge qui a été franchie par une junte qui continue à violer les droits fondamentaux de notre client. Elle aura à répondre de ses actes »
Depuis le coup d’Etat militaire au Niger le 26 juillet 2023, le Président Bazoum, sa femme Hadiza et son fils Salem étaient maintenus en détention au sein de la résidence présidentielle de Niamey. Ils n’avaient jamais été présentés à un magistrat et n’avaient pas non plus été informés de l’existence d’une quelconque procédure à leur encontre. L’électricité leur avait été coupée le 2 août. Seul un médecin était autorisé à les voir et leur apportait des vivres une fois tous les deux jours.
Le 20 octobre au matin, le médecin s’est vu refuser l’accès alors qu’il apportait de la nourriture à la famille.
« Non seulement les autorités militaires doivent nous apporter la preuve que le Président Bazoum et sa famille sont bien en vie, mais surtout elles doivent les libérer immédiatement », a déclaré Reed Brody, avocat membre du collectif. « Il est absurde d’accuser quelqu’un d’évasion alors même qu’il n’était pas entre les mains de la justice. C’était plutôt au procureur de la République de poursuivre les responsables de la séquestration dont sont victimes nos clients depuis le 26 juillet ».
Les avocats nigériens de Salem Bazoum avaient obtenu d’un juge de Niamey que Salem Bazoum soit libéré. Le 19 octobre, ils avaient reçu l’ordonnance leur permettant de notifier l’Etat du Niger pour que la décision soit appliquée.
Une plainte a été déposée à Niamey contre les auteurs du putsch ainsi que la saisine du Conseil des droits de l’Homme de l’ONU. Laquelle, consultée lundi 2 octobre par l’AFP, vise le général Abdourahamane Tiani, le nouvel homme fort du Niger, et « tous autres », pour « attentat et complot contre l’autorité de l’État, crimes et délits commis par les fonctionnaires et arrestations et séquestrations arbitraires ».
Dans un communiqué, les avocats de Mohamed Bazoum annoncent également saisir le « groupe de travail sur la détention arbitraire » et le « comité des droits de l’homme », deux organismes du conseil des droits de l’Homme de l’ONU.
L’activisme de la France
Les avocats français sont particulièrement actifs dans ces démarches qui embarrassent la junte militaire en porte à faux vis-à-vis de la justice du Niger qui a subi un véritable bouleversement dans les affectations.
Deux cellules du ministère français de la défense, avec des experts de la Direction générale des relations internationales et de la stratégie (DGRIS), se consacrent à une lutte sans répit contre les pays frondeurs du Sahel. Un des responsables de ce programme est devenu le principal conseiller du président français, concernant le Niger et le sauvetage du soldat Bazoum. Il s’agit du général Fabien Mandon, 53 ans, pour la première fois depuis plus de 30 ans un aviateur, nommé Chef d’État-Major Particulier du président de la république, un poste stratégique à l’Élysée, occupé ces dernières décennies par un haut gradé venu de l’armée de terre ou de la Marine.
Ce général vient directement de l’entourage du ministre des armées, Sébastine, Lecornu qui tient une ligne dure contre le nouveau régime en place à Niamey, en mettant en avant la légitimité de Bazoum comme préalable à tout compromis avec la junte militaire.
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