« Nokia et Ericsson tombent dans le creux du cycle, malédiction de tous les fournisseurs de bien d’équipements »
On leur avait pourtant déroulé le tapis rouge. Une nouvelle technologie, l’élimination du leader mondial chinois, Huawei, plus aucun concurrent en vue, même en Amérique… Ericsson et Nokia avaient un boulevard pour prospérer de longues années sur l’immense marché des télécommunications mobiles. Cela n’a pas suffi.
Jeudi 19 octobre, l’équipementier finlandais Nokia a annoncé un plan de restructuration massif qui va se traduire par la suppression de près de 14 000 emplois d’ici à 2026. Ses ventes se sont écroulées de 20 % sur le troisième trimestre et son bénéfice a suivi la même pente. Son rival suédois avait annoncé, une semaine plus tôt, un plongeon de 10 % de ses ventes et une dépréciation massive de près de 3 milliards d’euros liée à l’acquisition d’une petite société américaine, Vonage, achetée visiblement deux fois trop chère.
Les deux nordiques enchaînent les déconvenues. En 2021, Nokia avait déjà présenté un plan de départ touchant 10 000 personnes. Cette fois-ci, les mêmes raisons sont évoquées, la faiblesse des investissements des opérateurs téléphoniques qui ne se précipitent plus pour multiplier les antennes 5G. Ils en ont déjà installé beaucoup et la technologie ne leur a pas apporté le surcroît de vente espéré. Les utilisateurs n’ont pas vu la différence et ne se bousculent pas pour payer des abonnements plus cher.
La 5G ne paie pas
En conséquence, les AT&T, Orange, Verizon ou Vodafone lèvent le pied sur les investissements. A cela s’ajoutent évidemment l’inflation et les taux d’intérêt, qui grignotent les marges des équipementiers à l’autre bout, celui de l’approvisionnement en composants.
La 5G ne paie pas, et la 6G n’est pas attendue avant 2030. Nokia et Ericsson tombent dans le creux du cycle, malédiction de tous les fournisseurs de bien d’équipements. Mais ce creux pourrait être plus profond qu’attendu compte tenu de l’évolution des technologies vers le logiciel et de la concurrence très âpre avec les Chinois sur les marchés en fort développement comme l’Inde ou l’Asie du Sud-Est.
De quoi ajouter à la mélancolie des anciens en France, qui se souviennent de la saga Alcatel, champion français volontairement focalisé sur ce qui devait être le marché du siècle, devenu leader mondial avec le rachat de l’américain Lucent et qui a échoué, exsangue, en 2016, dans les bras de Nokia. Il reste 4 000 personnes sur trois sites dans l’Hexagone contre 9 000 en 2013, et l’on ne voit pas comment ils pourraient échapper aux nouvelles restructurations. Une histoire à méditer, au moment où l’on rêve de repeupler la France d’usines flambant neuves.
Crédit: Lien source


Les commentaires sont fermés.