Julien Absalon a longtemps traqué la performance. Depuis qu’il a raccroché, le triple champion olympique de VTT opte pour la découverte, et le gravel en est une.
« Pour faire les routes de l’arrière-pays, ça m’embêtait de prendre mon VTT, lâche le résident de Fréjus, friand des terrains inaccessibles. Le gravel me permet de découvrir des routes que je n’empruntais pas, des chemins forestiers asphaltés et interdits à la circulation. »
Au départ, il était même « sceptique ». Mais un trip de deux mois en Amérique centrale, à la chasse aux volcans et sites mayas, l’a définitivement convaincu à entrer dans la danse du vélo au « petit gravier, sable ou petit caillou rond » (en vieux français).
« C’est le vélo idéal pour le “bikepacking » (voyage à vélo), pour passer du bitume au tout-terrain », illustre-t-il.
Un « magnifique » terrain de jeu
Photo Philippe Arnassan.
Tendance venue des États-Unis, le gravel a trouvé sa place. Mieux, puisque « le segment porte aujourd’hui le marché du cyclisme », avec le vélo électrique – l’autre phénomène.
Le Garéoultais Christophe Laporte (Jumbo-Visma), champion d’Europe sur route, a même donné son nom à une toute nouvelle cyclosportive à La Crau, la semaine dernière.
Sur le salon XXL (35.000 mètres carrés) des exposants du Roc d’Azur, début octobre à Fréjus, la bécane s’affiche fièrement à l’entrée des mastodontes du cycle.
« On a mis en place une épreuve de gravel dès 2016. On a commencé par la compétition dans le massif des Maures, puis on a testé un format d’itinérance sur deux jours en 2018 en grimpant vers les gorges du Verdon, avant de proposer dernièrement cette pratique du gravel sous forme de randonnée dans l’Estérel, souligne le directeur du Roc d’Azur, Thomas Delpeuch. Ils étaient plusieurs centaines dès le début, ils sont aujourd’hui 1.500. »
« Notre région offre un magnifique terrain de jeu, expose le Département du Var. Nous avons testé le format compétition à La Londe, sur la Maurin-des-Maures, et elle a très vite affiché complet. »
Dans cette vitrine de la petite reine, la fédération française emboîte fièrement la gravel fever. « On mesure la mode par rapport aux épreuves qu’on est en train de créer avec la filiale France vélo événement, pousse Marius Louvet, responsable à la FFC. On la mesure surtout au nombre de pratiquants, nos licences étant liées à la compétition. Et on voit qu’il y a un énorme élan, tous les voyants sont au vert. Des grandes marques présentes au salon annoncent qu’un vélo sur trois est un gravel. »
Le secret de la réussite? Le confort (roues plus larges, suspensions renforcées) et la sécurité qu’offre le gravel, aussi adroit sur le tarmac que sur les chemins tant qu’il n’y a pas trop de pierres. Tout est dans le « mix ».
« C’est un bon mélange entre les routes et les chemins plats, poursuit Absalon. Ça permet à ceux qui ne veulent pas aller dans l’extrême de faire du vélo passe-partout, sans croiser de voitures ou se taper des montées très fortes comme en VTT, qui exige un minimum de technique pour ne pas se faire mal. »
Absalon: « Pas un vélo de fainéant »
Populaire, la pratique du gravel, moyennant quelque 1.500 euros pour un engin entrée de gamme (lire ci-contre), promet de s’adresser à tous.
« En tant que passionné, j’essaie de ne pas être fermé d’esprit: l’e-bike (vélo électrique) et le gravel peuvent apporter pour la route ou le VTT, pousse Absalon. Le gravel, ce n’est pas un vélo de fainéant! »
Selon les professionnels, il refuse également l’étiquette de vélo de riche, et son esprit « custom » peut le transformer en un vélo « low cost » sympa. « Il répond à un besoin d’alternance, poursuit-on au Département. Grâce à ses matériaux flexibles, c’est un vélo facile à changer, à préparer. On en voit même aller au travail avec. »
L’essor est notamment lié à la période Covid et son besoin de se reconnecter avec la nature, de se déplacer différemment…
Les acteurs du tourisme suivent le mouvement. Dans le Var, les chemins balisés (vert, bleu, rouge, noir comme au ski) poussent comme des champignons, du littoral au Verdon.
Les communes candidates au label « Accueil vélo », guide référence des services (parcours, hébergement, restauration, location, etc.), affluent.
Dans les Alpes-Maritimes, la métropole de Nice, qui accueille les Mondiaux de la discipline en 2025, fait même figure de pionnière avec sa plateforme numérique grand public « Outdoor » (« extérieur » en français).
Y figure notamment un GPS numérique gratuit pour géolocaliser – même hors connexion – l’utilisateur en cas de secours sur les dix-neuf parcours déjà créés dans l’arrière-pays.
« C’est une offre globale, se félicite Nicolas Roche, ex-champion sur route et désormais ambassadeur de la Métropole. En 2025, le parcours du Mondial passera même au bord du Var. »
Vous l’aurez compris, si vous ne venez pas au gravel, celui-ci viendra à vous. Et, apparemment, plus vite que vous ne le pensez.
Photo Philippe Arnassan.
Le chiffre
40. C’est, en millimètres, le diamètre d’un pneumatique conçu pour le gravel, afin d’assurer confort, stabilité et adhérence optimale grâce à une zone de contact élargie. Il y en a pour tous les prix, de 20 à 60 euros pièce.
Photo Philippe Arnassan.
Quel budget?
Le prix d’un vélo de gravel dépend de plusieurs facteurs comme la qualité du cadre et des composants, la renommée de la marque, le lieu de fabrication, la quantité produite, etc. Ces critères déterminent en partie le prix final de votre futur gravel.
Un gravel entrée de gamme (moins de 1.000 euros) n’est donc pas forcément mauvais, si ce n’est que le cadre sera forcément en aluminium ou en acier (et non en titane, à partir de 1.500 euros).
Les vélos les plus chers peuvent grimper jusqu’à plus de 5.000 euros. Une facture à laquelle il faut ajouter le coût des accessoires (casque, selle, porte-bagages, etc.)
Photo Philippe Arnassan.
Où pratiquer dans le Var?
Presque partout! De la Sainte-Baume à l’Estérel, en passant par les Maures et le Verdon, les terrains de jeu ne manquent pas. Le Département propose notamment une vingtaine de circuits découverte sur la plateforme visitvar.fr
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