Qui a dit que Monaco, symbole de faste, de paillettes et de haute couture n’était pas compatible avec seconde main ? Vêtements de luxe ou prêt-à-porter, pièces uniques ou meubles au rabais, les bonnes affaires ont le vent en poupe. Acheter de l’occasion n’est plus tabou. C’est tendance. Beaucoup souhaitent se faire plaisir sans se ruiner, et offrir une seconde vie aux objets. Sac griffé ou machine à laver, les chineurs y trouvent leur compte, en fouinant parmi les aubaines du négoce de proximité.
Les ruelles de la Principauté ont parfois des allures de podium. S’y balader est comme plonger dans un remake de Sex and the City ou de Gossip Girl, version monégasque. Tenues parfaitement accordées, accessoires flamboyants, derniers must-have. L’habillement de luxe est monnaie courante en Principauté. Mais qu’en est-il de la seconde main ?
Donner un second souffle au luxe
Laisser périr son vieux sac Gucci au fond du placard? Aberration. Le vendre? Pourquoi pas… Helen Rimsberg, gérante des boutiques Monégasques Le Dressing 1, 2 et 3 depuis 25 ans a fait preuve d’avant-gardisme en ouvrant une première boutique de seconde main de luxe à Beausoleil. « Au début, je recevais mes clientes en petit comité, nous buvions du champagne pendant les essayages. Et de fil en aiguille, l’affaire s’est développée », explique cette gérante de boutique.
Lassitude, problème de taille, cadeau inutilisé. Au Dressing, il est possible de vendre vêtements et accessoires oubliés au fond du tiroir. Pour cela, rien de plus simple. Les clientes créent un compte et obtiennent un rendez-vous pour négocier le prix. Une fois vendu, la boutique prend une marge variable et la cliente reçoit son dû. Une manière simple de fonctionner, permettant à chacun d’y trouver son compte.
Des clichés à la peau dure
Qui dit clientèle haut de gamme dit turnover massif d’articles de luxe. En Principauté, le marché de la seconde main de luxe est en pleine effusion. « Monaco est un petit territoire. Tout le monde se croise, se connaît. Beaucoup de femmes portent un vêtement une fois et viennent le déposer, car le mettre plusieurs fois pourrait être interprété comme un signe de difficulté financière », explique Helen Rimsberg. « Notre clientèle monégasque n’apprécie pas vraiment les pièces trop vintage d’anciennes collections, contrairement aux étrangères », ajoute l’experte en seconde main.
Des clients étrangers viennent profiter des aubaines du marché monégasque, réputé pour sa forte offre de vêtements et d’accessoires haute couture. « Pendant longtemps, seconde main rimait avec maigre pouvoir d’achat, manque de classe. Désormais, dénicher une pépite vintage ou simplement faire le choix de recycler un vêtement n’est plus perçu comme une chose inavouable, au contraire », remarque Viktoria Laugier, vendeuse au Dressing Monaco.
S’habiller de façon plus raisonnée
En Principauté, les sacs de marque au rabais ne sont pas les seules vedettes du marché de seconde main. Depuis plus d’un an, Alyssia Ballerio, enfant du pays, a créé sa propre entreprise, Nous 2 mains. Le concept, une boutique en ligne de vêtements de seconde main pour enfants de 0 à 12 ans. Un coup de pouce pour éviter aux parents de se ruiner, en renouvelant la garde-robe de leurs enfants à chaque poussée de croissance. Économiser, en restant à la pointe de la mode. « J’ai créé un concept auquel j’aurais aimé avoir le droit en tant que maman. Je passais ma vie à acheter des habits. Pour les gens qui ont plusieurs enfants, filles et garçons c’est un casse-tête », reconnaît la cheffe d’entreprise. La slow fashion est une révolution dans le domaine de l’habillement. Les nouvelles générations cherchent à consommer mieux et de façon équitable. Mais les clichés sont tenaces.
« Les gens avaient honte »
Les réfractaires se sont aperçus des avantages du circuit court. « Une maman peu convaincue a fini par franchir le pas car une amie a dégoté un pull Ralph Lauren quasi neuf », confie la créatrice de Nous 2 Mains.
Le Rocher abrite une communauté cosmopolite dense. Certaines nationalités ont pour habitude d’acheter des articles d’occasion et contribuent à une ouverture d’esprit des locaux. « Les gens avaient honte d’acheter des vêtements déjà portés. Certains m’ont avoué avoir peur d’acheter de la seconde main et de priver ceux qui en ont vraiment besoin. Il y aura toujours des articles, les stocks tournent constamment. Peu importe ses revenus, accéder à des articles de qualité en très bon état pour un prix avantageux profite à tout le monde », souligne l’entrepreneuse.
Privilégier la slow fashion
Réduire son empreinte carbone. Acheter de façon plus responsable. Privilégier les marques locales. Ces résolutions inspirent une soirée de 31 décembre. Pourtant au quotidien, certains consommateurs s’efforcent de s’y tenir. La slow fashion est de plus en plus privilégiée. Avec son site internet, Alyssia veut proposer des vêtements accessibles afin d’encourager ces comportements vertueux. T-shirt à 5 euros ou doudoune à 200 euros, il y en a pour tous les prix. « Quand il s’agit de seconde main pour enfant, je remarque que mes clients ont une démarche plus écoresponsable. Ils ont conscience du gaspillage que représente l’achat constant d’habits neufs », remarque la cheffe d’entreprise.
En Principauté, la seconde main se fraye un chemin parmi les maisons de luxe. De plus en plus d’adeptes souhaitent allier style, écologie et bons plans. Même à Monaco. Alors, à vos marques, prêts, feu, chinez!
Alyssia Ballerio, créatrice de « Nous 2 Mains ».Photo Jean-François Ottonello.
Des avantages et du style!
La slow fashion, une mode plus éthique
La slow fashion est un mouvement mettant l’accent sur la durabilité, l’éthique et la qualité dans l’industrie de la mode. Contrairement à la fast fashion, encourageant la production de masse à bas coût et les tendances éphémères.
La slow fashion encourage également la réutilisation, la réparation et le recyclage des vêtements. Ce mode de consommation vise à soutenir des marques et des créateurs engagés dans des pratiques durables.
Le new old stock, marché de niche très prisé
Le « new old stock » (NOS) est un terme utilisé dans le monde de la mode et des produits vintage pour désigner des articles restés neufs et non utilisés pendant une longue période.
Ces articles sont souvent découverts dans des stocks d’inventaire oubliés, ou directement dans le dressing de collectionneurs. Le NOS offre aux amateurs de mode la possibilité d’acquérir des pièces authentiques et rares, extrêmement bien conservées.
C’est une aubaine pour les collectionneurs et les passionnés de vintage, car cela permet de découvrir des trésors du passé, dans leur état d’origine.
Le NOS est devenu très populaire ces dernières années, il offre une expérience unique de shopping, et permet de posséder des pièces uniques racontant une histoire.
Assortir vintage et moderne
Agrémenter des tenues modernes en les parsemant de touches rétros. Cette pratique visant à mélanger mode actuelle et old-fashioned séduit les fashion victim. Le vintage et la mode « new old school » sont des tendances célébrant le style rétro et nostalgique. Le vintage fait référence à des vêtements, accessoires et objets intemporels et authentiques.
La mode « new old school » est une interprétation moderne de ces éléments vintage, en les mélangeant avec des touches contemporaines.
Le Dressing propose un service de rénovation de sac à main.Photo Jean-François Ottonello.
Le saviez-vous?
Sac à réanimer! Usure, fermeture déraillée, cuir abîmé? Ne jetez pas encore votre sac à main hors de prix ! Les sacs de luxe peuvent être réparés par des artisans spécialisés. Ils utilisent des techniques minutieuses pour redonner vie à ces pièces précieuses. Les professionnels peuvent réparer les coutures, remplacer les fermetures éclair et restaurer la beauté du cuir. Cela permet de prolonger la durée de vie de ces articles, pour leur redonner un coup d’éclat.
L’avènement des brocantes en ligne
L’habillement n’est pas le seul secteur à être concerné par ce nouveau mode de consommation. Sur Facebook, des groupes de troc et de vente en ligne émergent et rassemblent une communauté toujours plus nombreuse.
Parmi eux, des groupes d’entraide monégasques comme « Vide Grenier Monaco officiel », véritable place de marché virtuelle permettant aux particuliers de publier une annonce en tant que vendeur, ou d’acheter des objets à prix plus qu’abordables.
Vêtements, ameublement, véhicules et même maison! Sur ces pages regorgeant d’offres en tout genre, l’offre et la demande se rencontrent, pour redonner vie aux objets.
Pour beaucoup, c’est avant tout un moyen d’économiser. « J’avais besoin d’une petite télé pour mon studio. Je n’avais pas les moyens d’en acheter une neuve et je ne voyais pas trop l’intérêt sachant qu’il est possible d’en avoir une pour pas cher. J’ai un peu cherché sur les groupes de vente en ligne et j’ai sélectionné l’annonce la plus adaptée. Au lieu de payer un écran qui vaut environ 300 euros, j’ai pu l’avoir pour 80, et il fait largement l’affaire », confie Arnaud, un adepte de ces vide-greniers digitaux.
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