Hamsa Diakité, 65 ans, ne se souvient pas de la dernière fois où les huit membres de sa famille ont mangé un bon repas. Elle les faisait vivre en vendant du pain frit jusqu’à ce qu’un coup d’Etat, le 26 juillet, entraîne des sanctions contre le Niger, réduisant les revenus dans l’un des pays les plus pauvres du monde et laissant des millions de personnes se débattre en l’absence d’aide. « Non seulement la nourriture est très chère, mais le prix des fournitures scolaires a doublé. Je dois aussi habiller mes enfants et, surtout, m’occuper de leur santé », déclare Hamsa Diakité.
Depuis que des soldats d’élite ont renversé le président démocratiquement élu, Mohamed Bazoum, le Niger doit faire face à des sanctions économiques de la part de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) et des pays occidentaux, y compris les Etats-Unis, qui fournissaient une aide pour les besoins en matière de santé, de sécurité et d’infrastructures. Les pays voisins ont fermé leurs frontières avec le Niger et plus de 70 % de son électricité, fournie par le Nigeria, a été coupée après la suspension des transactions financières avec les pays d’Afrique de l’Ouest. Les avoirs du Niger dans les banques étrangères ont été gelés et des centaines de millions de dollars d’aide ont été retenus.
Ces sanctions sont les plus sévères jamais imposées par la Cedeao pour tenter d’endiguer la vague de coups d’Etat dans la région instable du Sahel, mais elles n’ont eu que peu ou pas d’impact sur l’ambition de la junte. En revanche, elles ont durement frappé les plus de 25 millions d’habitants du Niger. « Nous manquons de fonds, de médicaments. Les gens manquent de nourriture », a indiqué Louise Aubin, coordinatrice résidente des Nations unies au Niger, à Associated Press (AP) – la junte lui a depuis demandé de quitter le pays. Selon elle, il y a eu des « réponses positives » de la part des voisins du Niger à l’idée de rouvrir les frontières pour un corridor humanitaire.
Un budget réduit de 40 %
Troisième pays le moins développé du monde, selon les estimations de l’ONU, le Niger a reçu en 2021 une aide de 1,77 milliard de dollars (environ 1,56 milliard d’euros à l’époque), dont plus de la moitié pour l’aide humanitaire, les infrastructures et les services sociaux. Tout cela est aujourd’hui menacé. Même le budget 2023 du pays, qui devait être largement financé par l’aide extérieure, a été réduit de 40 %. Mais au lieu de décourager les soldats qui ont déposé le président Bazoum et l’ont assigné à résidence, les sanctions ont enhardi la junte. Elle a mis en place un gouvernement de transition qui pourrait rester au pouvoir jusqu’à trois ans.
Selon Seidik Abba, chercheur nigérien et président du Centre international de réflexion et d’études sur le Sahel, de nombreux Nigériens, qui estimaient que le gouvernement démocratique n’avait pas répondu à leurs attentes, semblent soutenir ce coup d’Etat. Même s’ils ressentent le poids des sanctions, de nombreux habitants de Niamey affirment qu’ils soutiennent les putschistes. Ils rejettent les inquiétudes de l’Occident, qui voyait dans le Niger son dernier partenaire stratégique dans sa lutte contre le terrorisme au Sahel.
« Les militaires voient que le peuple les soutient, alors ils utilisent ce soutien comme un outil de légitimité pour s’accrocher au pouvoir », explique Seidik Abba. Pour certains partisans de la junte, les difficultés engendrées par les sanctions sont un sacrifice mérité, ajoute-t-il. « L’amour de la patrie nous a fait oublier les moments difficiles que traverse le pays, confirme Abdou Ali, un habitant de Niamey. Personne ne se soucie de cette hausse des prix des produits. »
Les travailleurs humanitaires et d’autres observateurs travaillant avec la population locale pourraient ne pas être d’accord. « Nous essayons de répondre à une situation catastrophique », déclare ainsi Soumana Sounna Sofiane, secrétaire général du syndicat des pharmaciens. De nombreuses pharmacies du Niger sont à court de produits essentiels alors que le pays est confronté à des situations d’urgence en matière de santé publique, notamment le choléra. Cherchant désespérément une solution, les pharmacies ont commencé à donner aux patients d’autres médicaments que ceux dont ils ont besoin.
Les denrées alimentaires commencent aussi à manquer. L’inflation a un impact significatif sur la capacité des communautés à joindre les deux bouts, selon le bureau national du Programme alimentaire mondial (PAM). L’agence de l’ONU affirme que 3,3 millions de Nigériens étaient confrontés à une insécurité alimentaire aiguë avant même le coup d’Etat.
« Nos stocks s’épuisent »
Le Niger est le deuxième pays d’Afrique de l’Ouest en termes de superficie, mais il est enclavé, ce qui le rend très dépendant du commerce avec ses voisins, qui s’est interrompu. Les denrées alimentaires et les médicaments ont été parmi les principaux produits importés l’année dernière. Aujourd’hui, à la frontière avec le Bénin, des camions chargés de marchandises et de matériel de secours sont alignés sur plusieurs kilomètres en attendant d’entrer au Niger, bien que certains soient en transit vers d’autres pays.
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Plus de 9 000 tonnes de marchandises du PAM destinées au Niger et au Burkina Faso voisin, dont des aliments spécialisés pour le traitement et la prévention de la malnutrition, sont bloquées entre le Bénin et le Togo, indique l’agence de l’ONU. Dans ce contexte, Louise Aubin craint que l’objectif d’atteindre au moins 80 % des 4,4 millions de personnes ciblées par l’aide humanitaire au Niger cette année soit compromis.
Selon la Banque mondiale, près d’un Nigérien sur cinq serait un éleveur de bétail. Ils ont pu exporter des animaux vivants d’une valeur de 10 millions de dollars vers le Nigeria en 2021, mais ils cherchent désormais désespérément un autre marché.
Dans tout le Niger, les prix des produits de base augmentent. Le prix du riz, principal aliment de base, a augmenté de plus de 50 % depuis l’imposition des sanctions. « Nos stocks s’épuisent du jour au lendemain car rien ne traverse les frontières pour nous approvisionner. Lorsque les stocks seront épuisés, nous fermerons tout simplement nos magasins », déplore Ambouta Idrissa, directeur d’un grand dépôt de vente de céréales à Niamey. D’autres entreprises ont fermé leurs portes après avoir dû engager des frais supplémentaires pour faire fonctionner des générateurs suite à la coupure d’électricité par le Nigeria.
Pour les Nigériens comme Hamsa Diakité, qui a du mal à nourrir sa famille, la principale préoccupation est d’empêcher ses enfants d’aller au lit le ventre vide. Elle dit que ses espoirs s’amenuisent de jour en jour : « Combien de temps pourrons-nous tenir ? »
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