Le livre qui dénonce l’islamisme dans le sport

Le prosélytisme tisse sa toile derrière les portes des vestiaires, fait irruption sur les terrains de football, sur les tapis de lutte des gymnases et dans les salles de musculation. Avec, parfois, le risque de communautariser des clubs entiers et de les faire basculer dans une dérive séparatiste, voire une dérive violente. Dans son livre Quand l’islamisme pénètre le sport (Presses universitaires de France, PUF), Médéric Chapitaux jette une lumière crue sur un phénomène inquiétant et difficile à quantifier.

Cet ancien gendarme, fonctionnaire du ministère des Sports, spécialiste des sports de combat et sociologue, jouit d’une fine expertise sur le sujet. Depuis plusieurs années, il s’est entretenu avec de nombreux présidents, éducateurs et pratiquants, et dévoile des notes exclusives des services de renseignements. Son livre, préfacé par le sociologue Bernard Rougier, pose les faits sans alarmisme et appelle simplement à les prendre au sérieux.

Le Point : D’après vos révélations, plus de 11 000 personnes s’entraînent dans 122 clubs « séparatistes ». Mais cela représente seulement 0,07 % des pratiquants. Comment analyser ces chiffres ?

Médéric Chapitaux : En rappelant ces chiffres issus du ministère des Sports, je ne cherche pas à être anxiogène, mais factuel. Le phénomène n’est pas massif. Il n’est pas non plus anodin. Cela veut aussi dire qu’on peut le régler vite puisque cela concerne un petit nombre de personnes. Maintenant, qu’est-ce qu’on fait de ces 11 000 pratiquants ? La radicalisation, c’est un processus progressif : au départ, il y a la permissivité, le fait de laisser une fille jouer voilée sur un terrain, par exemple. Puis le communautarisme, quand des coreligionnaires se retrouvent ensemble dans un même club. Et enfin le séparatisme, quand on l’interdit aux autres. Si on laisse dévier cette trajectoire, on l’entretient, on la nourrit.

Quels sont les sports les plus concernés ?

D’abord le football, parce qu’il est pratiqué massivement. Ensuite, la musculation, par logique viriliste. Mais surtout, les sports de combat. C’est un choix très pragmatique : ils apprennent aux terroristes à se battre. Comme je l’évoque dans mon livre, Al-Qaïda appelle noir sur blanc ses suiveurs à s’entraîner aux sports de combat. Selon une note de l’Unité de coordination de la lutte antiterroriste (Uclat), 40 % des sportifs fichés pour radicalisation à caractère terroriste le sont pour des sports de combat. Attention, le problème n’est pas les sports de combat – je viens de là et j’en pratique – mais bien leur dévoiement, comme l’est le dévoiement de la religion.

Les assassins de Samuel Paty et de Dominique Bernard s’entraînaient dans des clubs de boxe…

Abdoullakh Anzorov, l’assassin de Samuel Paty, habitait Évreux mais venait s’entraîner à la lutte dans un club de Toulouse [dans une association dans le viseur de l’État et des services de renseignements pour son communautarisme exacerbé, NDLR]. Mais on peut remonter dans le temps. En 1995, parmi les terroristes de l’attentat de Saint-Michel, à Paris, figure un champion de karaté. Les terroristes de 2004 à Madrid sont nombreux à avoir été recrutés dans des clubs de sport. Et il y a d’autres exemples. Selon un responsable des services de renseignements, une grande partie des auteurs des attentats terroristes en France et en Europe ces dernières années sont passés par des clubs de sport de combat. On ne peut pas balayer d’un revers de main un tel dénominateur commun.

Estimez-vous que les autorités prennent assez la mesure du problème ?

La question est évoquée dès 2003, lorsque le ministre des Sports de l’époque, Jean-François Lamour, parle de « communautarisme » dans le sport. En 2010, le Conseil de l’Europe évoque dans un rapport l’entrisme de l’islamisme dans les sports de combat. Et en 2015, une note des services de renseignements porte sur la radicalisation dans le sport. Les services travaillent sur ce sujet depuis longtemps.

Dès lors, j’observe une dichotomie entre ce travail et l’action concrète du ministère des Sports. À mon avis, il s’agit moins d’un déni que d’une incompréhension mutuelle : les acteurs du sport affirment qu’ils n’ont pas de chiffres pour agir, et, en face, les services de renseignements ne veulent pas dévoiler leurs sources et en dire trop sur les éléments surveillés. Sauf qu’aujourd’hui il en va de la sécurité des pratiquants.

Le sport doit rester un espace de socialisation neutre, où tombent les barrières culturelles et religieuses. Sinon, on bascule dans le repli communautaire.

À la suite de l’attaque d’Israël par le Hamas, le footballeur de l’OGC Nice Youcef Atal a repartagé une vidéo d’un prédicateur islamiste appelant à un « jour noir pour les Juifs ». Les joueurs de haut niveau donnent-ils parfois le mauvais exemple ?

Les footballeurs de 2020 ne communiquent plus du tout comme ceux des années 2000. Auparavant, ils s’adressaient à une presse écrite, spécialisée, lorsqu’ils voulaient donner une interview. Les réseaux sociaux en font désormais des influenceurs dont la parole (ou l’absence de parole) est scrutée, et dérive parfois. La Ligue de football professionnel (LFP) a bien fait de sanctionner Atal [Il a été suspendu pour sept matchs, NDLR]. Néanmoins, est-ce qu’il ne s’agit pas davantage d’une idiotie de sa part, ou d’un mésusage des réseaux sociaux ?

En qualifiant son action d’idiotie, ne risque-t-on pas de verser dans l’angélisme ?

Ce n’est pas à moi qu’on va reprocher de fermer les yeux… Je souhaite simplement remettre les choses en perspective. On parle d’Atal, mais dans le même temps des types sont fichés au Fichier des signalements pour la prévention de la radicalisation à caractère terroriste (FSPRT), ce qui n’est pas rien, et on leur délivre tranquillement leur carte d’éducateur sportif, en leur donnant pour mission de véhiculer les valeurs de la République. Il y a un problème !

Jusqu’à récemment, et une décision du Conseil d’État en juin 2023, de nombreuses footballeuses jouaient voilées en Île-de-France malgré une interdiction théorique. Y a-t-il trop de permissivité dans certains clubs ?

Au cours de mon enquête, j’ai demandé aux dirigeants et aux éducateurs pourquoi ils laissaient faire. Le premier argument qui revient, c’est : « Ça ne dérange personne, je m’en fous. » Le deuxième, c’est : « Oui, mais, vous comprenez, si j’interdis le voile, je n’aurais plus aucune fille dans mon club, économiquement, ce n’est pas viable. » Et le troisième, c’est le fait que la religion joue un rôle positif sur la performance sportive. Faire sa prière intérieure avant un combat, pourquoi pas. Mais pourquoi le faire de façon ostentatoire ? Le sport doit rester un espace de socialisation neutre, où tombent les barrières culturelles et religieuses. Sinon, on bascule dans le repli communautaire.

Que peut-on faire contre ce phénomène ?

On peut dissoudre les associations qui posent problème. Il faut appliquer la loi de séparatisme de 2021. Il faudrait également étendre au sport celle de 2004 sur le port de signes religieux à l’école, au moins pour les mineurs. Cela rassurerait les élus et les éducateurs et leur donnerait un cadre républicain ferme. Est-ce cohérent qu’une adolescente pratique le handball sans voile en cours d’EPS à 16 heures, mais qu’elle puisse le remettre à 18 heures avec son club ? On a besoin de cohérence pédagogique.

On a aussi besoin de courage collectif. Quand des présidents de districts de football font mine de ne pas savoir que le voile est interdit, alors que c’est écrit dans l’article 1 de la fédération, c’est inquiétant, cela s’appelle du déni. Les Fédérations de football et de basket sont courageuses sur la question. Et les 120 autres fédérations ? Il devrait y avoir une solidarité. La République fonctionne comme un ensemble. Mais je suis positif. Les sportifs sont pragmatiques. Si on pose les règles et que l’on reste ferme, elles seront appliquées.

dmp

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