Ni vu, ni connu, enfin presque, les Etats Unis viennent de légitimer le pouvoir de la junte au Niger

C’est ce qu’il convient d’appeler une démarche en catimini. Lors d’une vidéoconférence avec des journalistes nigériens, la chargée d’affaires africaines du département d’État américain a reconnu que le CNSP dirige leur pays.

Le CNSP, le Conseil National pour la Sauvegarde de la Patrie, c’est l’étiquette dont les putschistes militaires se sont affublés, après leur prise de pouvoir cet été. La plus haute responsable pour l’Afrique au sein de l’administration Biden vient donc d’acter que le président Bazoum a été déposé. Les États-Unis tournent ainsi une page, de manière aussi discrète que définitive. Celui qui a pourtant été démocratiquement élu et qui est toujours assigné à résidence, n’est plus leur interlocuteur. Vous pouvez chercher sur le site du département d’Etat ou même sur celui de l’ambassade américaine au Niger vous ne trouverez rien à ce sujet. En revanche, l’information figure bien sur les sites de l’Agence nigérienne de presse et de l’Événement Niger. Elle y fait d’ailleurs encore la une à ce jour. De l’autre côté de l’Atlantique, celui qui servait jusqu’à présent d’ambassadeur nigérien aux Etats Unis, nommé par le président Bazoum, prend acte. Il vient de démissionner.

Les raisons du compromis américain

Le Niger occupe une position géographique centrale dans la lutte contre le djihadisme au Sahel. Le pays a des frontières avec sept voisins différents, dont plusieurs qui font régulièrement l’objet d’interventions antiterroristes.
C’est notamment le cas au Mali et au Burkina où des coups d’Etat ont réduit le champ d’action des Occidentaux. Le Niger abrite dans le nord, à Agadez, la deuxième plus grande base américaine sur le continent africain. Les États-Unis y disposent de moyens aériens, notamment de surveillance, vitaux dans la lutte contre les groupes islamistes qui pullulent dans cette région.

Un camouflet pour la France ?

Le président Macron n’a pas réussi à convaincre tous ses partenaires africains et occidentaux de la nécessité de rétablir l’ordre constitutionnel au Niger. La junte a joué la montre et simplement attendu que les divisions au sein de la communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest ne la paralysent complètement. En l’absence d’intervention militaire ou de moyens de pression suffisants pour faire plier les putschistes, les Français ont dû se résoudre à faire partir leur ambassadeur et leurs soldats. Après le coup d’État, les Américains, eux, ont adopté une approche plus souple et ont soigneusement évité de s’attirer les foudres du nouveau pouvoir à Niamey. Renoncer à des principes démocratiques pour maintenir sa présence sur un territoire stratégique. Cela porte un nom : la Realpolitik.


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