La République Dominicaine a signé, jeudi 26 octobre, un Pacte national pour la crise en Haïti. Dans ce document dont la rédaction a débuté en mars, le gouvernement dominicain définit sa politique migratoire vis-à-vis d’Haïti, sa gestion de la frontière haïtiano-dominicaine et les rapports économiques de la RD avec Haïti et ses relations extérieures, grâce au travail de plusieurs commissions de fonctionnaires dominicains, d’universitaires et de partis politiques, à l’exception des trois principaux partis d’opposition.
Ce pacte qui a eu l’appui de 28 partis politiques et 23 représentants universitaires et intellectuels, dont sept recteurs d’université, définit les directives du gouvernement dominicain sur quatre questions centrales, à savoir les relations extérieures, l’immigration, la gestion de la frontière avec Haïti et la politique économique, dans un contexte de conflit avec Haïti à cause de la construction du canal d’irrigation sur la rivière Massacre.
« Nous reconnaissons : que dans les circonstances actuelles, il y a eu un effondrement institutionnel de l’État haïtien, ce qui a conduit à une situation d’insécurité généralisée qui enveloppe le territoire et le conglomérat social haïtien, aggravée par le flux continu d’armes, de munitions, de matériel de communication et de mercenaires en Haïti, provoquant ainsi une énorme crise humanitaire affectant une grande partie de sa population, surtout de la capitale, Port-au-Prince », souligne le pacte dominicain cité dans la presse.
Le gouvernement dominicain dit aussi reconnaître « que tout en nous sentant déterminés à soutenir les meilleurs efforts haïtiens et internationaux en faveur du sauvetage et de la reconstruction de la République d’Haïti dans son espace territorial, afin de promouvoir la concorde et les institutions, la croissance, le bien-être et le développement durable, dans la démocratie et la liberté dans les deux pays qui coexistent historiquement sur l’île de Saint-Domingue, Il n’est pas moins évident que, selon ce postulat, il n’y a pas et il n’y aura pas de solution dominicaine à la crise en Haïti. »
En ce qui concerne les relations extérieures, la République Dominicaine se dit prête à encourager et à soutenir la communauté internationale dans l’effort de sauvetage et de reconstruction d’Haïti, à condition que les solutions visent à rechercher la pacification d’Haïti ; fournir une assistance économique au pays et à sa population à travers un plan de croissance et de développement à moyen et long terme ; encourager son institutionnalisation ; et pour garantir le respect de l’intégrité territoriale et démographique des deux nations qui coexistent sur l’île de Santo Domingo.
La politique migratoire du pacte dominicain sur Haïti prévoit de mettre en œuvre un cadre réglementaire migratoire visant à sauvegarder et renforcer la coordination cohérente et efficace des acteurs du Système national des migrations, des ministères des Affaires étrangères, de l’Intérieur et de la Police, du Travail et de la Défense, ainsi que de leurs dépendances respectives et des organismes connexes ; présenter et publier intégralement l’audit qui a été réalisé par le ministère des Affaires étrangères au niveau du Programme National de Régularisation des Étrangers (PNRE) et l’appliquer exclusivement à ceux qui se sont inscrits à ce programme ; élaborer ou réviser, entre autres, les protocoles suivants, dans un sens restrictif : le contrôle des frontières et l’entrée des travailleurs urbains et agricoles, celui qui assure son transport ; des instructions précisant les modalités d’identification des passagers terrestres, et la liste des entreprises de transport ; renforcer, conformément aux dispositions de la loi, la coordination et les articulations opérationnelles entre les ministères des Affaires étrangères, du Travail et de l’Intérieur et de la Police, et leurs dépendances respectives, ainsi que la Direction nationale des enquêtes (DNI), notamment en ce qui concerne l’octroi de visas aux travailleurs saisonniers ; exercer à la fois le Conseil national des migrations et le Conseil national de sécurité et de défense, leurs obligations respectives, dans le strict respect de l’ordre juridique établi, en particulier de la loi générale sur les migrations et de ses règlements d’application ; développer un programme de contrôle biométrique pour les ressortissants étrangers afin de garantir la sécurité nationale et citoyenne. Toutes les informations recueillies doivent être partagées dans une base de données commune des ministères des Affaires étrangères, de l’Intérieur et de la Police, du Travail, de la Santé publique, de l’Agriculture, de la Direction nationale des enquêtes et de leurs organes respectifs. Cette mesure n’impliquera pas un programme de régularisation du statut d’immigration.
Quant à la politique frontalière, la RD entend respecter et faire respecter la délimitation de la ligne de démarcation, telle qu’elle a été convenue dans les accords internationaux signés par Haïti et la République dominicaine. Pour cela, le gouvernement dominicain veut : entretenir, restaurer et/ou remplacer les terminaux frontaliers manquants ou déplacés, ainsi que résoudre les problèmes causés par l’expansion du lac Azuei ou du Fonds sur le territoire national, en suivant la procédure prévue par les accords internationaux régissant la matière ; compléter, dans les plus brefs délais, la construction de la clôture périphérique frontalière intelligente ; faciliter le transport en toute sécurité des marchandises par voie terrestre et maritime ; et, le cas échéant, le transport de fret aérien vers des villes haïtiennes sûres ; soutenir la prise des mesures extraordinaires prévues par la Constitution de la République et les lois qui permettent aux autorités de faire face à des événements exceptionnels d’insécurité, si des circonstances d’extrême insécurité l’exigent.
Au niveau de la politique économique, globalement, les autorités dominicaines, « soutenues par le secteur privé, tant dominicain qu’international, doivent encourager et développer des financements compétitifs, tant pour les exportations vers Haïti que pour le développement de projets dans ce pays, en particulier ceux qui emploient de la main-d’œuvre haïtienne et impliquent des investissements dans les zones franches, l’agroforesterie et la gestion intégrée des ressources naturelles renouvelables. ».
Après la rédaction de ce pacte qui concerne Haïti, le président dominicain Luis Abinader prévoit la montée d’une commission de suivi ainsi qu’une équipe de consultations rapides, considérant l’instabilité en Haïti, tout en soulignant que les défis à venir seront plus difficiles que ceux du présent.
Pour parvenir à donner vie à son ambition vis-à-vis d’Haïti, Luis Abinader appelle tous les secteurs de son pays à se préparer et à s’unir, saluant au passage leur patriotisme. Il dit aussi espérer que les partis, dont de grands partis de l’opposition, qui n’ont pas encore signé le pacte national pour la crise en Haïti finiront par prendre part à son initiative.
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