Dans la famille Paillon, je voudrais… l’arrière-arrière petit-fils. Sam, frisettes brunes et lunettes teintées, est issu d’une longue et illustre lignée de forains. À la Foire Attractions de Monaco, où il a la gestion du manège à sensations PlayBall, du côté de la Rascasse, ce jeune Niçois de 28 ans porte l’héritage de cinq générations de donneurs de rêve, d’artisans du bonheur.
Il faut remonter à la fin du XIXe siècle pour trouver trace de son trisaïeul, Alphonse, transporteur à cheval. « Une épidémie a décimé ses chevaux. Avec son fils, il a débité à la hache ses carrioles pour construire l’ancêtre du carrousel », débute-t-il. Cette histoire, contée de père en fils, s’écrira le long des routes de France, au gré des plus prestigieuses fêtes foraines. De Paris à Strasbourg en passant par Lyon, Toulouse et le Sud.
Au fil des décennies et des générations, la flamme ne s’éteint pas, la passion perdure. Félicien, puis Roger et son Auto Sprint, puis Serge et, enfin, Sam et son frère aîné, Sacha, embrassent la profession de forain. « Un métier qui ne s’apprend pas à l’école mais sur le tas », résume-t-il.
Modeste à ses débuts, l’entreprise familiale est aujourd’hui florissante. Aux Paillon, on attribue la création et la gestion de Luna Park à Nice, d’Azur Park à Saint-Tropez. C’est, aussi, une flotte de 30 attractions bien plus électroniques et complexes que par le passé. « À Monaco, où ma famille est présente depuis les années cinquante, on propose le Playball, le Fun House, X Factory, Stargate, le toboggan », liste Sam.
En caravane jusqu’à 4 ans
Comme Obélix tombé dans la marmite étant petit, Sam est né et a grandi avec les effluves gourmands et la douce mécanique des manèges. « J’ai vécu en caravane jusqu’à mes 4 ans. Puis mon père, Serge, a décidé de se sédentariser dans le Var. J’allais à l’école près de Saint-Tropez, j’étais gardé par ma grand-mère et je rejoignais mes parents sur les fêtes foraines où je vis alors les plus beaux jours de ma vie d’enfant », sourit-il.
Comme dans un village, les enfants de forains se baladent librement, mangent et s’amusent à l’œil. « Tout le monde se connaît dans cette communauté. C’est comme laisser son enfant dans une immense garderie. Petit, Monaco était ma fête foraine préférée. J’avais le droit de me balader de partout. Ailleurs, je ne devais pas dépasser tel ou tel manège. »
Il quitte l’école après le brevet
Au collège, Sam est bon élève. Un 15 de moyenne en 6e, sans forcer. Sacha, 16 ans, a déjà quitté les bancs de l’école pour apprendre les ficelles du métier auprès du paternel. Trois mois d’essais concluants. Alors forcément, le frère cadet trépigne d’impatience de rejoindre son aîné. « J’aimais cet univers et j’y trouvais plus de bonheur qu’à l’école. Je posais sans cesse des questions aux voisins du manège de mon père. L’un m’expliquait le montage, les pannes et soucis techniques. L’autre, comment parler au client ou au micro. De vrais mentors. »
Mais ses parents refusent qu’il stoppe ses études. Trop tôt. « Ils voulaient au moins que j’obtienne le brevet, voire le bac, pour avoir des bases, un bagage dans la vie. Ils estimaient qu’on ne pouvait pas se permettre d’avoir du retard sur les autres. »
Plus tard, il tentera même l’école buissonnière, ce qui lui vaudra une sacrée rouste. Mais le débat est posé. « Ils se sont rendu compte que je voulais faire forain par choix et passion, et non pas par obligation familiale. »
« Ce qu’on conduit, c’est ce qui nous nourrit »
Débute alors le long apprentissage d’un métier où la polyvalence n’est pas un vain mot. Où les heures ne se comptent pas. Sam est, d’abord, délégué aux basses besognes : passer le balai et ranger le stock de planches de bois permettant de mettre à niveau l’attraction.
Le jeune homme fait ses armes, notamment à Monaco, si bien qu’à 18 ans son père lui confie sa dernière nouveauté: l’AtmosFear.
Plus tard, Sam Paillon achète le sien: X-Factory. « Ce n’est pas tout beau tout rose. On doit savoir tout faire : accueillir le client, connaître son manège sur le bout des doigts, savoir le monter et démonter, identifier et réparer une panne, peindre, souder. Il faut aussi transporter le manège avec un poids lourd. Ce qu’on conduit, c’est ce qui nous nourrit. A Monaco, c’est sport pour conduire, on perd quelques kilos de sueur au passage », sourit-il.
À Nice, c’est une autre facette du métier de forain entrepreneur qu’il assimile : l’organisation d’une fête foraine aux 500.000 visiteurs sur le mois, en l’occurrence Luna Park créée par son grand-père Roger, en 1962.
« C’est le jour et la nuit. Là, il faut choisir les stands et attractions, comprendre la gestion comptable et administrative, gérer la communication, assurer la sécurité. Étant jeune, j’apporte mes nouvelles idées et un aspect juridique pour toujours plus de traçabilité », explique-t-il. Du haut de ses 28 ans, même si les décisions majeures incombent toujours à son père, Sam gère désormais 80 % de l’organisation.
Des responsabilités qui veulent dire beaucoup. « Mon grand-père, Roger, m’a appris l’amour du métier : les histoires, le mode de vie, cet esprit de liberté. Mon père, Serge, toute la formation technique. On essaye de faire perdurer ces valeurs de communauté, d’entraide. »
Comme eux, il a uni sa vie à une « sédentaire ». Comme Pierrette et Nadège, grand-mère et mère de Sam, cette étudiante en médecine a lâché une vie toute tracée pour embrasser l’existence itinérante des forains. Une question de choix, là encore, et surtout d’amour. « Le mode de vie a drastiquement changé. Se déplacer en caravane dans les villes est devenu compliqué car elles n’ont plus la place pour nous accueillir. Alors, on loue des appartements. »
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