Un père de famille craint pour la sécurité de sa femme coincée en Haïti alors qu’elle attend après l’immigration depuis 17 mois
Une femme haïtienne désespère de voir les délais de traitement de son dossier de parrainage augmenter alors que l’extrême violence des gangs de rue qui sévissent dans son pays lui fait craindre le pire pour sa sécurité et celle de sa fille.
«À Haïti, on n’a que 24 heures de vie. Chaque jour, on se lève en pensant qu’on va mourir dans la journée. Je vis l’enfer», laisse tomber au bout du fil Joane Alexandre depuis le petit pays surnommé la Perle des Antilles.
Depuis 17 mois, cette pâtissière et commerçante de carrière attend de pouvoir rejoindre son mari et leur fils de 6 ans qui vivent à Laval. Mais les délais de traitements des dossiers de parrainage ne cessent d’augmenter.
Actuellement, selon Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC), il faut attendre 27 mois pour obtenir une réponse du fédéral pour immigrer au Québec, à cause des cibles d’admissions du gouvernement provincial. Dans les autres provinces, le temps de traitement est d’environ 13 mois.
«Quand on a soumis la demande [en 2022], l’attente était entre 6 mois et un an. À chaque fois qu’on regarde, ça a encore augmenté», déplore son conjoint Ralph Alcide, qui vit depuis plus de 40 ans au Québec. «Dont 30 à Laval», ajoute-t-il fièrement.
Photo Clara Loiseau
Peur constante
Mais pour Mme Alexandre qui vit dans la peur constante, avec sa fille de 15 ans d’une précédente union, de se faire attaquer et violer, l’attente d’une réponse, positive ou négative, devient insoutenable. Car depuis un an, elles sont visées par un gang de rue qui contrôle le secteur où elle habite.
«Je suis une femme seule avec une enfant et comme je suis commerçante, on veut me soutirer de l’argent, affirme-t-elle. Je resterais à Haïti si je n’avais pas peur pour ma vie et celle de ma fille de 15 ans!»

Ralph Alvince, 54 ans, sa femme Joane Alexandre, 37 ans, et leur fils Marveen, 6 ans, à l’aéorport Toussaint Louverture, à Haïti, la dernière fois qu’ils se sont vus et quand ils se sont dit au revoir, le 16 février 2022.
PHOTO FOURNIE PAR Joane Alexandre
Ralph Alcide, qui parle au moins cinq fois par jour avec sa femme, vit aussi dans l’angoisse.
«Je me sens complètement seul et surtout impuissant. Je ne peux rien faire pour les protéger», souffle-t-il.
Depuis deux ans, M. Alcide et son fils de 6 ans Marveen changent constamment leur billet d’avion pour aller à Haïti. Mais la situation instable l’empêche chaque fois de voyager.
«À cause de ça, mon fils a l’impression d’avoir été abandonné par sa mère», glisse-t-il.
«Parfois il refuse de me parler, il me dit que je ne veux pas le voir, ça me fait très mal», laisse tomber Mme Alexandre en sanglotant.
Milliers de dossiers en attente
Ce genre d’histoire n’est malheureusement pas unique, dénonce Frantz André, porte-parole de Solidarité Québec-Haïti.

Frantz André, porte-parole de Solidarité Québec-Haïti.
Photo d’archives, Agence QMI
«Une femme a déjà perdu ses deux enfants qui ont été tués en Haïti alors qu’ils attendaient de venir au Canada. Beaucoup de gens vivent cachés et dans la peur là-bas», raconte-t-il.
Le retard du Canada à mettre en place un programme humanitaire pour la réunification familiale met la vie en danger de nombreux futurs citoyens, déplore M. André.
Alors en attendant, beaucoup d’Haïtiens fuient leur pays par les États-Unis grâce au programme PAROLE qui leur permet d’y séjourner pendant deux ans, affirme-t-il.
«Ensuite, comme ils ont leur proche ici, au Québec, ils font partie des exceptions qui ont le droit de venir et ils peuvent revendiquer l’asile. Ça leur permet de contourner l’attente», poursuit-il.
À l’heure d’écrire ces lignes, IRCC n’avait pas encore répondu aux questions du Journal.
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