Petite, Amanda Bradford rêvait de travailler pour le FBI. Diplômée en informatique, l’Américaine passée par l’école de commerce de Stanford a opté pour une autre option : en 2015, elle a fondé The League, une application de rencontres qui revendique sa sélectivité, misant pour des rencontres de qualité, amoureuses ou non. Liste d’attente, vérification du profil LinkedIn, concierge dédié aux clients… La trentenaire a pioché dans ses expériences personnelles pour construire un service quasiment sur mesure, qui vise une clientèle exclusive et l’assume. Et avec succès puisque The League est, selon Forbes, l’application la plus citée dans les très prisées annonces de mariage du New York Times. Rencontre.
Vous avez lancé The League en 2015, après un parcours scolaire peu commun…
J’ai grandi dans une famille très branchée tech. Mon père est diplômé en physique et a été un des premiers employés des nouvelles technologies dans la Silicon Valley, on a eu accès à des ordinateurs très jeunes. À la base, je voulais travailler pour le FBI, c’est une des raisons pour lesquelles j’ai choisi de me lancer dans des études dans les systèmes d’information. J’ai travaillé dans plusieurs entreprises de la Silicon Valley, dont Google. Mon rôle était toujours aux confins de plusieurs métiers. Je suis ensuite allée à Stanford pour étudier l’entrepreneuriat au sein de leur école de commerce.
La révolution du dating venait de naître : Tinder décollait, j’étais célibataire et le sujet me passionnait. J’ai regardé de près toutes les applis et je me suis dit que je devais créer la mienne, car aucune version de l’époque ne me convenait et j’avais plein d’idées. Je me suis lancée en me disant que c’était le moment ou jamais. J’ai recruté quelqu’un pour m’aider pour le développement, le design… Mais j’ai tout pensé et codé seule.
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Qui sont les membres de The League?
Un peu comme moi : quelqu’un qui est concentré sur sa carrière, veut réussir, mais est tellement occupé par son métier qu’il ou elle n’a pas le temps de chercher quelqu’un, d’enchaîner les rendez-vous loupés, les relations qui ne mènent à rien… et qui est prêt à payer pour gagner en efficacité et gagner du temps. Nos clients cherchent quelqu’un qui les comprend, qui n’a pas peur de leur ambition, qui les soutient. On dit souvent qu’il vaut mieux être seul que mal accompagné, il faut placer la barre haute pour trouver quelqu’un qui vous comprend. Surtout les femmes : nous avons une carrière, des revenus, une vie remplie que l’on peut choisir. Nous sommes encore plus sélectives. The League est le lieu idéal pour accomplir ce but, sans avoir à compromettre ses envies.
Comment votre expérience personnelle a-t-elle alimenté The League ?
Je retiens de nombreux commentaires qui m’ont froissée, comme celui d’un homme qui disait qu’il ne voulait pas sortir avec des femmes ambitieuses car il recherchait quelqu’un qui aurait du temps à lui consacrer, ferait ce que lui voulait… Un autre complexait sur l’avancée de sa carrière, qu’il trouvait insuffisante, et ne voulait pas avoir de relation sérieuse tant qu’il n’avait pas atteint un certain point professionnel. Ce n’était pas un souci pour moi mais pour lui, oui. Il a fallu du temps pour trouver des hommes qui voient le couple comme une aventure à deux, équitablement. Tout le monde ne cherchait pas la même chose dans ces énormes marchés.
Rapidement, l’application a été taxée d’élitisme…
C’est normal d’être aux aguets, d’être sélectif, d’avoir des standards élevés : être sélectif ne signifie pas être exclusif. C’est normal de demander à nos clients un profil de qualité, qui les met en avant et montre qu’ils ont envie d’être là, qu’ils veulent trouver une histoire solide.
Comment faire vivre une entreprise quand le but est que les gens y passent le moins de temps avant de faire une rencontre et de l’effacer ?
Notre rémunération ne dépend pas du temps que les gens passent sur l’app. Nous souhaitons que nos membres puissent avoir accès à des profils de qualité, que ce soit pour des rencontres amoureuses ou amicales, avec des fonctionnalités comme par exemple les groupes, accessibles grâce à certaines de nos formules d’abonnement. Certains utilisateurs ont créé un groupe de passionnés d’escalade, de surf, d’improvisation… différents groupes qui leur donnent d’autres raisons de venir sur l’app, pas que des rencontres amoureuses. On dit souvent : venez pour le dating, restez pour le networking. Certains ont reçu des offres d’emploi, d’autres ont trouvé des amis pour la vie.
Vous organisez ainsi des soirées pour vos abonnés.
Nous faisons des soirées à thème, dont une cette année pour la Saint Valentin à Los Angeles. Beaucoup de gens sont repartis avec des numéros, certains ont dîné sur place le soir même. Les gens aiment toujours se rencontrer dans la vraie vie, et nous essayons de l’encourager. Même s’il n’y a plus autant d’a prioris négatifs sur les applis de rencontre de nos jours, les gens rêvent toujours de cette rencontre magique qu’ils pourront raconter.
Comment le monde de la rencontre a-t-il changé en 10 ans?
Énormément. À l’époque, Tinder avait commencé à normaliser le concept et montrer que c’était plus facile et rapide de rencontrer quelqu’un sur une seule plateforme. Je sens que désormais il y a une certaine usure, une nostalgie des rencontres à l’ancienne. La fatigue des apps revient régulièrement : est-ce que la personne ressemble vraiment à ses photos? Depuis combien de temps ne s’est-elle pas connectée à l’application? Est-ce qu’elle recherche une histoire sérieuse ?
C’est pour ça que nous avons consacré ces dernières années sur nos fonctionnalités pour rencontrer des gens dans la vraie vie, nous avons aussi lancé un speed dating vidéo de 3 minutes, qui a un taux de rencontre physique bien plus grand que les « matchs » classiques sur photo. Un tiers de ces speed datings se transforme en rendez-vous physique.
Nous comptons augmenter la fréquence des événements. À notre soirée organisée pour la Saint-Valentin, on m’a dit : « Si vous faisiez ces événements une fois par mois, je n’utiliserais même pas d’app, je ne viendrais qu’à ces soirées ». Les gens veulent se rencontrer dans la vraie vie, mais bénéficier de l’efficacité de la technologie. Le défi sera d’allier l’efficacité de la technologie avec le charme des rencontres fortuites. The League a le positionnement parfait pour ça. C’est comme ça que je vois le futur : des événements groupés qui permettent des rencontres, éviter les tunnels des apps, les messages qui finissent sans réponse…
L’intelligence artificielle (IA) est au coeur de toutes les discussions dans le monde de la tech : comment va-t-elle changer la donne pour The League?
Je pense instinctivement à des améliorations très simples. L’avenir des applications de rencontres passera par l’intégration de nouvelles technologies qui nous enthousiasment tous (IA générative, RV, etc.) afin d’offrir encore plus d’opportunités de connexion authentique. Avec l’IA, tirer parti de la technologie pour aider les gens à améliorer leurs profils existants est une évidence. À terme, l’IA peut suggérer des changements pour optimiser votre profil et votre potentiel de mise en relation. En outre, l’IA peut optimiser notre algorithme de mise en relation et fournir aux utilisateurs membres des correspondances plus intéressantes. Nous étudions actuellement les possibilités d’amélioration. Le match entre les gens commence par la photo, le but serait que l’IA permette de dire précisément celle qui marcherait le mieux, au lieu de demander à ses amis ou ses concierges de l’app. L’IA devrait pouvoir aider à construire un profil efficace avec toutes les années d’expérience. À mon sens, elle ne devrait jamais écrire à votre place, mais donner des indications utiles, pour optimiser l’envoi de messages.
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