JO d’hiver 2030 : sites, budget, vraie chance de gagner… tout est prêt pour la candidature française
Mardi, la France dévoilera les grandes lignes de sa candidature à l’organisation des Jeux olympiques d’hiver en 2030. Un dossier porté par le Comité olympique français et les régions Auvergne – Rhône-Alpes et Provence-Alpes-Côte-d’Azur, dont les deux présidents respectifs, Laurent Wauquiez et Renaud Muselier, sont contraints de s’entendre. Pour le meilleur ou pour le pire.
Pourquoi une candidature maintenant ?
Émise il y a trois ans, tour à tour par les régions Auvergne – Rhône-Alpes et Provence-Alpes-Côte-d’Azur, l’hypothèse d’une candidature française à l’organisation des Jeux d’hiver (mais plutôt pour 2034, voire 2038) a pris un tour décisif au début de l’été 2023. Quelques semaines auparavant, le Comité international olympique (CIO) a fait un appel du pied à la France afin qu’elle présente sa candidature dès 2030, l’édition de 2034 étant promise à Salt Lake City, aux États-Unis. Mais à deux conditions : que les deux régions s’unissent pour présenter un dossier unique et que le Comité olympique français (CNOSF), alors en pleine crise de gouvernance, retrouve une stabilité.
On est en mai 2023, David Lappartient, membre français du CIO, sort du bois et se porte candidat pour succéder à Brigitte Henriques, alors grandement chahutée à la tête du CNOSF. Le 25 mai, Henriques démissionne et Lappartient, à peine installé, signe la lettre d’intention de candidature. Si côté État on a longtemps souhaité laisser passer les Jeux de 2024 avant de se lancer, on se laisse finalement séduire, en estimant que les chances de l’emporter sont importantes. Durant l’été, une réunion de travail organisée à l’Élysée en présence d’Emmanuel Macron lance officiellement le projet.
Qui pour porter le dossier ?
La méthode proposée en 2015 par Bernard Lapasset pour gagner l’organisation des JO de Paris – jusqu’alors la France s’était pris de nombreuses claques – et qui consistait à placer les sportifs en avant a déjà vécu. Comme pour la candidature de Paris 2012, le dossier est avant tout politique et porté par les deux présidents de région, Laurent Wauquiez et Renaud Muselier, deux hommes aux intérêts très loin d’être convergents. Officiellement, les ego ont été mis de côté et c’est David Lappartient, patron du comité olympique français (à qui certains prêtent des ambitions de présidence du CIO) et élu politique en Bretagne, qui est chargé de mettre de l’huile dans les rouages. En sachant qu’in fine, c’est le CNOSF qui signe le contrat de ville hôte.
Le risque de déplaire au CIO en jouant la carte politique est important, même si le mode de désignation n’a plus rien à voir avec ceux de 2005 (pour les Jeux d’été de 2012) et de 2011 (pour les Jeux d’hiver de 2018), lorsque les candidatures de Paris et Annecy avaient subi une défaite retentissante. Désormais, ce ne sont plus les membres du CIO qui votent mais la commission du « futur hôte », composée de neuf membres, qui tranche.
Le 21 novembre prochain, la France présentera son projet et sa vision lors d’une soutenance, en présence d’Amélie Oudéa-Castéra, la ministre des Sports, de David Lappartient, Laurent Wauquiez et Renaud Muselier. Toujours pas de sportif en vue même si, en cas de victoire, le rôle d’ambassadeur, voire de président du comité d’organisation, devrait être confié à Martin Fourcade, quintuple champion olympique en biathlon… et membre français du CIO.
Déjà engagé avec Paris 2024 en tant que président de la commission des athlètes, Fourcade a préféré rester jusqu’à présent dans l’ombre du dossier 2030. Là encore, l’accélération du processus pourrait changer la donne. D’autres anciens sportifs devraient également intervenir dans le projet, notamment l’ancienne patineuse Nathalie Péchalat, qui pourrait être désignée en tant qu’élue du CNOSF en charge du sujet. Quid des organisateurs des JO de Paris 2024 ? Si certains nourrissent des ambitions légitimes, pas sûr que les décideurs de 2024 deviennent ceux de 2030.
À quoi ressemble le projet de la France ?
Le budget d’organisation est estimé à un peu plus de 1,5 milliard d’euros, avec une question centrale qui demeure autour des recettes. Le dossier se base sur de l’existant, comme le souhaite désormais le CIO, avec a priori un seul site de compétition à construire, une patinoire à Nice (Alpes-Maritimes). Les régions Auvergne – Rhône-Alpes et Provence-Alpes-Côte-d’Azur s’entendent (a priori) pour se partager les sites, ce qui a pour inconvénient de proposer une carte très éclatée.
Celle-ci continue d’évoluer, mais les porteurs du dossier vont se baser sur ce que la France sait déjà faire en matière d’organisation hivernale : le biathlon au Grand-Bornand, où se déroule chaque année une épreuve de Coupe du monde, le ski alpin à Courchevel (et Méribel ?), théâtre des Championnats du monde, et le ski nordique à la Clusaz. Toujours en région Auvergne – Rhône-Alpes, le saut-combiné nordique et le bobsleigh pourraient être respectivement à Courchevel et La Plagne, déjà sites des JO d’Albertville en 1992, l’objectif étant vraiment de s’appuyer sur des sites déjà existants.
Plus au sud donc, les bosses et le freestyle potentiellement à Serre Chevalier, et les épreuves de snowboard et skicross à Isola 2000. Les épreuves de patinage sont, elles, prévues à Nice. Reste l’épineuse question de l’anneau pour le patinage de vitesse. La France ne prévoit pas de construire un site et l’épreuve pourrait donc être délocalisée à l’étranger, peut-être à Turin, en Italie.
Quelles sont les chances de l’emporter ?
Si Paris 2024 avait soigneusement construit son dossier de candidature pendant deux ans et dû présenter différentes versions, le processus est cette fois express. L’affaire sera réglée avant la fin 2024 lors d’une cession du CIO qui validera officiellement le choix. Voire dès le 1er décembre 2023. Ce jour-là, dix jours seulement après la soutenance de présentation du dossier par les trois candidats (la France, la Suède et la Suisse), la commission exécutive du CIO annoncera quel(s) pays entre(nt) dans le dialogue cible.
La France espère en être et escompte bien s’avérer la seule, comme les États-Unis avec Salt Lake pour les JO d’hiver 2034. Seul le CIO détient vraiment les clés. C’est lui qui a encouragé la Suisse et la France à se lancer, pour concurrencer la Suède et pour maintenir l’attractivité d’un produit dont plus guère de pays ne veulent. Avec quelle idée derrière la tête ? Offrir à la France un acte II, six ans après les Jeux de Paris ? Permettre à la Suisse, berceau des sports d’hiver où le CIO a son siège, d’obtenir enfin ses JO, alors que ses précédentes candidatures n’ont pas résisté aux référendums locaux ? Ou pour contraindre la Suède à améliorer son dossier ? Début décembre, la France saura si elle a eu raison de précipiter son destin. Ou si elle s’est fait berner.
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