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Il y a quelques années, il était déjà signataire d’une publication dans laquelle, il mettait en exergue les difficultés du processus de la décentralisation alors en cours pour en conclure que l’expérience de la gestion des collectivités locales mise en œuvre depuis 2023 était dans l’impasse. Tellement de destitutions de maires et autres incongruités s’entassaient au niveau des communes pour conduire Claude Djankaki à donner l’alerte à l’époque. Il fait encore le même constat aujourd’hui, plus de 20 mois après la mise en œuvre des nouvelles réformes qui ont fait apparaitre des Secrétaires Exécutifs, désormais patrons de l’administration communale. Cet administrateur des finances à la retraire, expert en décentralisation et auteur de plusieurs publications sur la question dit ne pas en être étonné.
Invité ce dimanche de l’émission «Version Originale » de TVC, Claude Djankaki fait constater que « le maire est aujourd’hui réduit à sa plus simple expression. Il ne s’occupe que des cérémonies de mariage et des aliénés ». Et d’en déduire que « l’unité de commandement est rompue». La réforme dispose que c’est le Secrétaire Exécutif qui est désormais le premier responsable de la commune, avec des prérogatives fortes dont la gestion du budget communal. Pour Claude Djankaki, étant donné que c’est celui qui a le pouvoir qui gère les hommes et l’argent, il n’y a pas de raisons que des crises surviennent, avec les séries de démissions et de révocations des SE auxquelles, on assiste depuis peu. Il s’interroge même sur les réelles capacités des SE en fonction à diriger l’administration communale, parce que plusieurs ont peu d’expériences en la matière et sont majoritairement aussi des contractuels. L’invité de TVC s’étonne également de leur mode de désignation, avec le système de tirage, « une tombola » et pire encore, lorsqu’il s’agit d’un fichier national dans lequel, on les tasse tous, alors qu’il est question de la gestion des collectivités locales qui nécessitent des compétences locales et spécifiques. « On ne peut pas créer un fichier national qui va chercher des cadres dans tout le pays, pour gérer des affaires spécifiquement locales » dénonce Claude Djankaki.
« Ce qui est gênant aujourd’hui, ce n’est plus le conseil communal qui élit les maires, mais le politique. Cela ne participe plus aujourd’hui à la pluralité des idées. Nous sommes en décentralisation, mais cela se passe comme autant du Prpb où c’est le seul parti Etat qui gérait les districts, les provinces de l’époque » fait-il observer également. Si à une certaine époque, la décentralisation au Bénin suscitait déjà quantité d’inquiétudes avec le plus grand fléau d’alors, à savoir la transhumance politique, elle est toujours dans l’impasse, selon Claude Djankaki qui parle d’un nouveau fait, « la recentralisation des communes ». « Le maire est dépourvu de tous les pouvoirs, aujourd’hui concentrés dans une seule main. » déplore-t-il, ajoutant que « les maires sont devenus un peu comme des «Vidomègon », des « enfants placés ». Il n’a pas manqué non plus d’évoquer la question des 10% de suffrages exigés au plan national pour lever un siège de maire ou de député qui arrange quelques formations politiques au détriment des autres. « Lorsque je veux devenir maire de Cotonou, qu’est-ce que j’ai à foutre avec des voix d’une région du septentrion » s’interroge-t-il. Toute chose, qui à le croire, fragilise déjà la décentralisation qui donne priorité à une gestion des collectives à la base par des compétences locales.
Christian TCHANOU
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