Au Niger, lesclavage persiste sous plusieurs formes dans diverses localits du pays, malgr les multiples instruments juridiques mis en place pour lradiquer. On distingue gnralement trois (3) grandes formes de lesclavage, savoir : lesclavage traditionnel, lesclavage idologique et la pratique de la Wahaya.
A ce 21me sicle encore, lesclavage traditionnel, caractris par des preuves physiques, est toujours en cours dans certaines contres, notamment les communauts nomades ayant une organisation sociale de type traditionnel et o lautorit de lEtat est peu prsente, selon des tmoignages concordants des spcialistes de droit et des organisations anti-esclavagistes.
Lune des formes persistantes de cette exploitation dHomme par lHomme est celle que les spcialistes appellent lesclavage traditionnel.
Lesclavage traditionnel se caractrise par leffectivit des attributs des droits de proprit sur la victime et son exploitation permanente et totale par le matre, du fait de sa prsence domestique au sein du foyer de ce dernier. Ici, lesclave est une chose, cest le maitre qui dcide sa place, il dispose de lesclave comme il veut avec le droit de vie et de mort sur ce dernier. Mme son intimit est la merci de son maitre. Le soumis est lgal du btail qui ne connait ni repos ni loisir.
Ces pratiques prosprent sur le terreau de lignorance, de la pauvret, dun certain dlitement de lEtat et de larchasme de la socit, note Dr Laouali Mahaman DAN-Da, juriste.
Lesclavage procure de ressources par lexploitation dune main-duvre corvable et de surcroit confre de prestige li au statut social, fait remarquer Moustapha Kadi, prsident de RDM/Tanafili.
Le Secrtaire Gnral de lassociation Islamique, Youssou Mounkeila te tout fondement islamique cette pratique : nous sommes tous issus dAdam et Eve et crs partir de largile et nous avons la mme origine donc personne nest venue au monde pour tre esclave .
Lesclavage idologique
Dans des nombreuses localits, lesclavage se pratique par ascendance, travers un systme de castes, mtiers considrs comme tant dgradants. Les victimes de ce type desclavage vivent rarement avec leurs matres sous le mme toit comme dans lesclavage actif.
Les manifestations de cette pratique sont nuances suivant les zones et les communauts.
Chez les Haoussa (ethnie majoritaire) de Tahoua (Nord-Est) par exemple, les mtiers sont des activits conomiques, de ce fait les griots, les bouchers ou les tisserands ne sont pas considrs comme dorigine servile, selon Moustapha Kadi, membre de la ligne rgnante Illela et Prsident dune association anti-esclavagiste.
En revanche, dans lOuest du pays, chez les Zarma-Songhai, certaines professions sont castes. Si dans certaines communauts, une personne dorigine servile peut accder au statut de noble par affranchissement volontaire du fait du maitre, dans les milieux Zarma Songha, Ouest, cette faveur de recouvrement de la dignit nexiste pas. Sous ces latitudes, on nait esclave et on le demeure vie, lidologie tant la reproduction par naissance, comme lcrit Dr Galy Abdelkader dans son tude lEsclavage au Niger.
La stigmatisation est non seulement sociale, conomique, politique mais elle peut aussi tre spatiale dans certaines contres. Dans la vie comme devant la mort, les personnes sont ingales selon leur ascendance.
La pratique de Wahaya
Cette pratique renvoie une forme dtourne de lesclavage fminin o la wahaya soccupe de tous les travaux domestiques quel que soit le nombre dpouses lgales du matre, un nombre ne devant pas dpasser 4 conformment aux prescriptions de la religion musulmane dominante au Niger. Car, tout se passe en milieu musulman ou animiste.
Cette pratique concerne de jeunes filles esclaves ou dorigine servile que leur matre vend dautres personnes gnralement inconnues des parents directs de la victime. Chez le nouveau matre, elle est aussi lobjet de satisfaction occasionnelle de ses dsirs sexuels, mais de manire clandestine.
La demande pourrait tre parfois interne lorsquil sagit dune opration sollicite par un rsident lintrieur du Niger mais surtout externe partir de certains Etats du Nord Nigria. (DR Zangao Moussa), dans une tude sur ltat de lieux de lutte contre lesclavage au Niger, 2018).
Le phnomne tait dvelopp dans la rgion de Tahoua au niveau de 3 dpartements (Madaoua, Konni, Illela), appel triangle de la honte par les organisations anti-esclavagistes.
Ici aussi, de plus en plus, de peur des ennuis judiciaires, les pratiques tendent se revtir de vernis de lgalit. Elles sont en gnral le domaine rserv des fortuns, des membres de laristocratie politique et religieuse, selon les tmoignages des organisations de la Socit civile.
Si lOuest du pays, le descendant dune wahaya reste de conditions serviles, de ce fait il na droit aucun hritage, par contre dans certaines localits de lEst du pays (Tahoua, Agadez, Maradi) lenfant n de cette liaison jouit de la plnitude des droits y compris la succession au trne de la chefferie, selon des tmoignages concordants. Lesclavage, une faute grave au regard du Droit nigrien.
Pour lutter contre lesclavage et toutes les pratiques analogues, le Niger a adhr lessentiel des instruments juridiques internationaux qui linterdisent.
Au plan national, la Constitution du Niger raffirme le droit du citoyen dtre libre de toute forme desclavage et consacre le principe dgalit devant la loi, sans discrimination de sexe, dorigine sociale, raciale, ethnique ou religieuse.
En 2003, la loi n 61-27 du 15 juillet 1961 portant institution du Code Pnal a t modifie afin de criminaliser lesclavage. Le Niger a aussi adopt la loi no 2012-45 du 25 septembre 2012 portant modification du Code de travail afin doffrir une meilleure protection juridique contre les formes contemporaines desclavage.
Sur le plan institutionnel, le Gouvernement a mis en place une Commission nationale de coordination de la lutte contre la traite des personnes et le trafic Illicite des Migrants (CNCLTP/TIM) et une Agence nationale de lutte contre la traite des personnes et le trafic Illicite des Migrants (ANLTP/TIM). La CNCLTP/TIM est lorgane dimpulsion, de conception et dlaboration des politiques et programmes relatifs la prvention de la traite des personnes. Elle est investie de la mission dlaborer et de proposer au Gouvernement, les politiques et programmes nationaux de lutte contre la traite des personnes et lesclavage sous toutes ses formes (esclavage par ascendance, servitude pour dette, servage, traite de personnes aux fins dexploitation, etc) et den assurer leur mise en uvre, travers lANLTP/TIM qui en est loutil oprationnel.
Aux cts dinstitutions gouvernementales, plusieurs OSC (Association Timidria, RDM-Tanafili, ANDDH, CNDH, etc) interviennent galement dans la lutte contre lesclavage travers notamment des actions dinformation et de sensibilisation, dappui la promotion et la dfense des droits des victimes, de rinsertion socioconomique des victimes.Cependant, malgr toutes ces avances et la reconnaissance quasi-unanime du caractre intolrable de lesclavage en tant quatteinte grave aux droits fondamentaux de la personne humaine, ce phnomne social, profondment ancr dans les murs de certaines communauts, continue de se pratiquer sous diverses formes.
Dans la synthse de son rapport annuel 2021 sur ltat des droits humains, la CNDH crit que lun des dfis est de rendre les juridictions nationales sensibles au phnomne des pratiques esclavagistes , relevant que les efforts de lEtat sont encore trs faibles pour assister les victimes et les librer de cette pauvret gnralise .
MSB/AS/ANP 057 Novembre 2023
ASSANE Saley
Journaliste l’Agence Nigrienne de Presse (ANP)
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