Au moment de visionner Vigneronnes, le 4e film documentaire de Guillaume Bodin, en salles le 15 novembre, on imaginait un brûlot sur le combat des femmes pour s’imposer dans le monde du vin. Et c’est un film sur la biodynamie, racontée par des vigneronnes, qui crève l’écran. Des pionnières, dont les nectars sont mondialement connus.
En Suisse, Marie-Thérèse Chappaz, icône du Valais, qui consacre sa vie à travailler ses parcelles en pente rude. De l’autre côté des Alpes, Elisabetta Foradori, surnommée la « dame de Teroldego » [cépage autochtone du Trentin, ndlr], l’une des femmes les plus influentes du monde du vin en Italie. Ou plus proche de nous, Hélène Thibon du Mas de Libian en Ardèche.
Toutes évoquent leur attachement aux terroirs qu’elles magnifient, leur investissement pour préserver la biodiversité, leur quête d’un goût. Elles racontent simplement la passion du vin, leur métier de vigneronnes. Comme l’auraient fait des hommes. Sans posture clivante.
L’avant #MeToo du vin
Une fraîcheur de regard, bien avant le mouvement #MeToo du vin des années 2020. Et de fait, Guillaume Bodin a tourné ses séquences entre 2014 et 2018, au rythme des saisons de la vigne, avant d’apporter le cut final, en 2022.
« J’ai commencé à faire des documentaires en 2011 avec La clef des terroirs, pour expliquer ce qu’est la bio, la biodynamie, sur le terrain. Mais lors des projections, une question revenait tout le temps dans la salle: pourquoi il n’y a que des hommes? De là est née l’idée de faire une suite », raconte le réalisateur, vigneron dans le Valais.
Et si c’était à refaire, aujourd’hui, procéderait-il autrement? « Il y aurait peut-être une partie consacrée à Isabelle Perraud, de Paye ton pinard, qui dénonce les attitudes sexistes à l’encontre des femmes dans le monde du vin. Mais surtout, il y aurait beaucoup, beaucoup de vigneronnes », reconnaît le réalisateur, conscient de la féminisation du métier.
Bandol au féminin
Une révolution en marche. Aux postes de commercial, dans les vignes, dans les caves pour les vinifications, les femmes sont présentes sur toute la chaîne de fabrication et de distribution du vin.
Au château de Pibarnon sur le prestigieux vignoble de Bandol, depuis 2008 la maître de chai est une femme. Entre Marie Laroze et le vigneron Eric de Saint-Victor, c’est une sensibilité partagée. « Nous en parlions hier, il me disait qu’il était super content du virage pris ces dernières années, cette recherche de finesse, de tanins fondus. Lui avait l’impression d’être entraîné par moi vers un chemin qui lui plaisait, alors que j’avais l’impression de faire les vins qu’il aimait », raconte-t-elle.
Un peu plus loin, mais toujours à Bandol, le château Romassan (domaines Ott). Derrière la nouvelle cuvéeLes Préludes, se cache une femme, la maître de chai Estelle Mazoire qui a eu l’idée de ce second vin. Et un homme, le vigneron Jean-François Ott qui donne le la, lors des assemblages. « Depuis des années, nous sélectionnions les meilleurs jus pour notre grande cuvée de garde. Le reste partait au négoce, j’ai eu l’idée de le valoriser. En 2021, j’ai fait un assemblage dans une bouteille. Jean-François Ott a tout de suite adhéré », raconte-t-elle.
Stop aux clichés
Là encore, une même intelligence au service d’un bien commun: la passion du grand vin. Sans que l’on puisse dire du vin qui l’a fait. « Avoir des seins ne change rien, dire d’un vin qu’il est féminin ou masculin est un cliché, il y a des vigneronnes artistes et rigoureuses, des vignerons fins, c’est une question de personnalité », avance Phanette Doube, 4e génération aux commandes du château de Beaupré, dans les Coteaux d’Aix-en-Provence, mais première vigneronne. Pourtant, on reconnaît le fruité et la plus grande buvabilité des vins de Phanette.
« À mon père, je disais: mes rouges sont plus souples que les tiens. Mais pour être honnête, ce n’est pas que mon travail, c’est lié au changement climatique », esquive-t-elle. Une certaine discrétion, de la retenue. Et des grands vins. C’est tout.
Où voir le doc « Vigneronnes »:
>> Le 15 novembre, 21h, au cinéma Le Studio, à Grasse.
>> Le 15 novembre, 21h, au cinéma Jean-Paul Belmondo (ex Mercury), à Nice.
>> Le 17 novembre, 21h, au cinéma La Croisée des Arts, à Saint-Maximin-la-Sainte-Baume.
>> Du 6 au 19 décembre au cinéma Bonne Nouvelle, à Lambesc.
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