JO 2024 : un ancien tirailleur sénégalais de Bondy pourrait porter la flamme olympique en Seine-Saint-Denis
Quand nous l’avions rencontré en novembre 2016, il se souvenait encore du « bruit des mines qui sautaient » en Indochine, et il se battait inlassablement pour faire reconnaître les droits des tirailleurs sénégalais, ces anciens militaires des troupes coloniales enrôlés dans l’armée française. Sept ans plus tard, Oumar Diemé a remporté ce combat. Et l’année prochaine, l’homme, qui fêtera ses 91 ans, devrait mettre cette histoire à l’honneur lors des Jeux olympiques de Paris 2024. Lors d’un déplacement organisé cette semaine à Dakar, le conseil départemental de Seine-Saint-Denis a officiellement annoncé avoir proposé son nom parmi les futurs porteurs de la flamme olympique dans le département de Seine-Saint-Denis.
Joint par téléphone, cet ancien habitant de Bondy se dit « très ému et très content » d’avoir reçu cette proposition. « Nous avons toujours servi la France, et c’est une fierté pour nous tous. Porter la flamme, c’est une très grande reconnaissance », explique, la voix posée, celui qui a pu rentrer dans son pays natal depuis le mois d’avril. Il vit désormais à Dakar.
Grâce à un changement de la loi début janvier, neuf tirailleurs sénégalais de Bondy, âgés de 84 à 95 ans, ont pu retourner dans leur pays natal tout en conservant leur minimum vieillesse. « Je revenais au Sénégal une fois par an, mais c’était un peu compliqué et fatigant, à mon âge, reconnaît Oumar Diemé. Aujourd’hui, je suis très heureux. » Lors du parcours de la flamme, le nonagénaire devrait être entouré d’autres anciens tirailleurs. « Si Dieu le veut, le jour J, nous serons plusieurs autour de la flamme ! », annonce-t-il.
Un engagement « trop longtemps oublié »
La collectivité avait le droit de proposer au comité d’organisation vingt noms sur les 190 relayeurs prévus dans le département, les autres étant choisis par les fédérations sportives, les sponsors et Paris 2024. « Le parcours de la flamme se devait d’être symbolique à la fois par les lieux qu’il traverse et les personnalités qui seront mises en lumière, explique le président (PS) du conseil départemental, Stéphane Troussel. À travers le choix de rendre hommage à Oumar Diemé, c’est une façon de faire vivre la mémoire de tous ces combattants africains dont le parcours a été jalonné de sacrifices. »
L’élu parle d’une histoire « étroitement liée » à celle de la Seine-Saint-Denis et d’un « engagement trop longtemps oublié, même si c’est aujourd’hui réparé et tant mieux ».
Incorporé le 6 mars 1953 comme volontaire au sein du 1er régiment de tirailleurs sénégalais, Oumar Diemé a servi au sein de la marine nationale pendant douze ans. Il a notamment participé à la guerre d’Indochine puis aux conflits en Algérie. Retraité militaire, il s’est ensuite très investi en France au sein de l’Association pour la mémoire et l’histoire de ces tirailleurs.
Il a notamment fait plusieurs fois le tour des écoles en Seine-Saint-Denis mais aussi dans toute l’Île-de-France pour raconter son histoire. Après une longue bataille, il a également fait partie des 28 tirailleurs naturalisés français le 15 avril 2017 par le président de la République d’alors, François Hollande.
« La force tranquille »
« Il a toujours été très attaché à la transmission de son histoire aux plus jeunes mais aussi à sa présence dans chaque cérémonie officielle », rappelle Aïssata Seck, conseillère régionale et élue (DVG) de Bondy, elle-même petite fille de tirailleur sénégalais. Elle était également présente cette semaine au Sénégal pour l’annonce officielle. Elle parle d’un homme « assez réservé au premier abord, mais qui sait aussi se faire entendre quand il le faut. C’est la force tranquille, quelqu’un qui réussit toujours à calmer le jeu lorsqu’il y a des conflits dans un groupe, ce qui a pu arriver parfois avec ses camarades. C’est un médiateur. Il est dans la discussion et l’écoute. »
L’imaginer porter la flamme représente « une immense fierté » pour celle qui est par ailleurs présidente de l’Association pour la mémoire et l’histoire des tirailleurs sénégalais : « Au-delà de leur combat et de la reconnaissance de leurs droits, l’objectif, c’est de continuer à faire vivre cette mémoire qui fait partie de l’histoire de France. »
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