Jusqu’à ce dimanche soir, la fête de la gastronomie africaine bat son plein à la salle de la Coupe-du-Monde. L’occasion de découvrir d’autres saveurs et de participer au projet porté par le Skippy club Les Enfants du ballon. Tout a commencé par une rencontre, devenue une amitié solide, entre Joséphine Faye, directrice de l’école de Sokone, et Bruno Durieux, le responsable de l’association yssingelaise.
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Aujourd’hui à 06:00
Elle est venue fêter les 40 ans du Skippy club Les Enfants du ballon. Joséphine Faye n’est pas juste présente parce qu’elle est la directrice de l’école de Sokone, au Sénégal, mais parce qu’en un peu plus d’une vingtaine d’années, elle a noué une amitié durable avec Bruno Durieux, son épouse Nicole, mais aussi de nombreux Yssingelais.
Elle s’est même mise aux fourneaux le temps de la fête de la gastronomie africaine pour aider les bénévoles du Skippy.
« Des marchés africains pour trouver des financements »
« On s’est rencontré par hasard avec Bruno », se souvient Joséphine Faye qu’affectueusement à Yssingeaux tout le monde surnomme Sosso. C’était en 1997. « Il est arrivé avec un groupe de jeunes. Ils se sont installés à côté de mon école. Alors au bout d’un moment, je leur ai proposé de se joindre à nous. » Bruno Durieux poursuit.
« On traversait le Sénégal à vélo. Sokone, c’était une étape. Le soir, on s’est tous retrouvés. Joséphine nous a présenté son projet d’école pour permettre aux jeunes filles sénégalaises de s’émanciper. Elle était vraiment convaincue. Nous, on l’a prévenue : “On est comme toi, on n’a pas d’argent mais on va voir”. »
L’idée fait son chemin et la première Fête africaine voit le jour. « Elle durait trois jours. En une journée tout est parti. Le lendemain, on est retourné chercher de l’artisanat à Lyon. Les gens ont tout acheté. On s’est dit que si ça continuait comme ça, l’école de Joséphine : c’était jouable. »
« Cette école, c’est permettre aux filles de s’émanciper »
En 2003, Joséphine Faye vient pour la première fois à Yssingeaux. Elle a toujours en tête son projet d’école. « Pour les filles, c’était primordial. Il était question de leur émancipation. C’était leur permettre de travailler et de gagner leur argent. »
Pour Joséphine Faye, c’est encore plus important car les « bonnes sœurs » lui ont passé le flambeau après qu’elles ont vu le travail qu’elle effectuait avec les jeunes filles « de son quartier sous les papayers. « Je les ai prévenues que pour mes filles ce n’était pas possible de suivre les cours dans leur école vu le prix de l’inscription. Elles ont accepté mes conditions et mes filles sont allées à l’école. »
250
Près de 250 jeunes Yssingelais sont partis au Sénégal avec le Skippy club Les Enfants du ballon et « presque autant d’adultes », selon Bruno Durieux.
Si au départ, elle dispense des cours généraux et de couture, Joséphine Faye se rend compte qu’il est nécessaire de se spécialiser. « Le centre de formations ménagères, c’était dépassé. Il fallait avancer mais on n’avait pas d’argent. »
Tandis qu’à Yssingeaux, les fêtes africaines se succèdent sous la houlette de Bruno Durieux. « On gagnait de l’argent. Dans le même temps Joséphine nous a fait passer un devis. Il y en avait pour 85 000 euros, se souvient-il. On s’est dit qu’on allait le faire étape par étape. »
Une solidarité yssingelaise qui ne se dément pas
Deux jeunes Yssingelais, compagnons du devoir, proposent d’aller travailler à la construction de l’école à Sokone. « En décembre, ils m’ont appelé, il fallait finir. Sauf que pour cela il fallait des fonds. Je suis retourné voir le banquier. » Là, en garantie, Bruno Durieux hypothèque sa maison : « Je ne l’ai dit à ma femme que dix ans plus tard quand tout a été remboursé ! »
Pour tout cela, Joséphine Faye est plus que reconnaissante. « Bruno et les membres du Skippy m’ont toujours épaulé. Nous ne sommes pas toujours d’accord. Alors on discute et on fait. » Elle sait que le chemin va encore être long et elle le reconnaît, elle est fatiguée et aimerait passer le relais à sa fille Margot. « Elle a fait un stage de cinq mois au restaurant La Maison forestière aux Estables. Elle a gagné en expérience. Elle m’aide pour la formation des filles. Maintenant, elle va travailler pour la reconnaissance de notre école auprès des ministères sénégalais. »
La fête de la gastronomie africaine et le Marché artisanal se poursuivent ce dimanche à la salle de la Coupe du monde, à partir de 10 heures.
Le seul restaurant d’application du Sénégal
L’école de Joséphine Faye, à Sokone dans le Sine Saloum, propose aux filles à partir de 15 ans d’apprendre la cuisine ou la couture. « Quand les filles sortiront de la formation, elles pourront gagner leur argent. » Alors Joséphine met un point d’honneur à ce que la formation dispensée soit la meilleure possible.
Le précieux soutien du chef Régis Marcon, un des parrains
D’ailleurs, elle a accueilli le chef Régis Marcon de Saint-Bonnet-le-Froid. « C’était quand il préparait son livre sur les céréales, je lui ai appris à travailler le sorgho, du début à la fin. Je lui ai même montré comment on pilait. »
À cela Bruno Durieux ajoute, « elle ne veut pas le dire mais Régis Marcon la cite dans son livre ». Quand il a vent de la volonté de Joséphine Faye de créer une école de cuisine, avec Bruno Durieux, ils sillonnent ensemble le Sénégal pour visiter des structures équivalentes. « On a vu des trucs hallucinants où il y avait une gazinière et trois couverts pour une dizaine d’élèves », se souviennent-ils. Une fois les fonds récoltés, le matériel est acheté. « Bruno avait ramené de l’équipement mais cela ne convenait pas, ce n’était pas adapté. Au final, tout a été acheté au Sénégal. » Et depuis, deux promotions ont déjà œuvré au sein de l’école de cuisine. « C’est le seul restaurant d’application du Sénégal. »
La première promotion, composée de 15 élèves, entame sa troisième et dernière année en décembre. « Une des filles qui était vraiment au top est partie. Elle travaille et gagne sa vie. Au Sénégal, la femme est très chargée. Il faut éveiller les gens. » La deuxième est composée de huit jeunes femmes, « c’est suffisant comme effectif ».
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