Climat, l’adaptation à marche forcée du vignoble

Les évènements extrêmes identifiés dans le dernier rapport de l’OIV, dressent les scénarios les plus pessimistes: grêle, gel, sécheresse, vont-ils s’inviter chaque année dans le vignoble et gréver la récolte? « Les phénomènes qui ont affecté la vigne cette année sont très disparates, il n’a pas été démontré qu’ils étaient directement liés au changement climatique », recadre Inaki Garcia de Cortazar-Atauri, de l’institut de recherche agronomique Inrae.

L’ère des extrêmes

Pour le directeur d’Agroclim, une unité de services spécialisée dans l’étude des impacts du changement climatique sur l’agriculture, d’autres phénomènes rentrent en compte: les pluies torrentielles liées à l’artificialisation des terres en Italie, par exemple.

En revanche, « les évènements climatiques extrêmes sont devenus récurrents: avant 1990, on avait une canicule tous les cinq ans. Maintenant, c’est deux fois par an », précise-t-il. De quoi obscurcir considérablement la visibilité des vignerons de Provence, obligés de réinventer le vignoble en contexte méditerranéen contraint, avec un foncier qui ne leur permettra pas d’acheter des terres, et des inégalités d’accès à l’eau. « On évolue dans un monde où les vignerons vont devoir s’adapter tout le temps », reconnaît Nicolas Garcia, directeur du syndicat des Côtes de Provence. Mais la viticulture garde un avantage sur les autres cultures, elle est la seule filière, en France, à avoir bénéficié du programme de recherche Inrae Laccave 2012-2021, qui a permis d’accompagner la filière dans la construction d’un plan national d’adaptation au changement climatique. « Nous testons actuellement tous les leviers connus, l’agroforesterie, les couverts végétaux, les cépages », énumère Nicolas Garcia. Des axes devenus prioritaires dans le cadre du plan climat 2022 du syndicat des Côtes de Provence, rentré en phase opérationnelle.

« Un changement immédiat »

« Sans être optimiste, en restant très pragmatique, la filière viticole peut maintenir les savoir-faire français à horizon 2050, avec des efforts considérables dans certains cas, qui parfois coûteront cher », insiste Inaki Garcia de Cortazar-Atauri. Selon ce chercheur, l’agriculture est émettrice de 19% des gaz à effet de serre en France, mais elle peut aussi contribuer à l’atténuation du CO2, grâce à la capacité des sols à piéger le carbone. « Mais il faut un changement systémique immédiat et une prise de conscience générale: les émissions qui sont sur nos têtes, aujourd’hui, sont celles produites par nos grands-parents et nos parents. Elles vont rester 100 ans dans l’atmosphère, jusqu’en 2050 on ne peut rien faire par cette inertie du système. L’adaptation du vignoble, comme de toutes nos habitudes, c’est maintenant. Sinon, on plonge dans l’inconnu après 2050 », insiste l’agroclimatologue.

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