Au Niger, des demi-lunes pour lutter contre la désertification

Mes biais des dernières semaines étaient tous un peu sombres, et même s’il y avait de bonnes raisons à cela, il est important également de rester optimiste. Car s’il y a bien des problèmes dans ce monde, il existe aussi des solutions. Donc aujourd’hui, j’ai résolu de vous parler d’une solution simple et incroyablement efficace qui nous vient d’un pays dont on a plus parlé ces temps-ci pour ses problèmes que pour ses solutions : le Niger.

Au Niger, une désertification accrue par le changement climatique

Le problème, c’est le changement climatique, qui dans tout le Sahel, accélère la désertification. Le Niger est l’un des pays les plus pauvres du monde. 85% des habitants vivent sous le seuil de pauvreté extrême de deux dollars par jour et par personne. 70% des habitants vivent de l’agriculture, mais les sols sont tellement dégradés que 94% de la population vivent et cultivent seulement 20% des terres. Sous l’effet de la sécheresse et de l’érosion, la terre se couvre d’une carapace dure, qui empêche toute culture.

Une solution pour permettre aux terres dégradées d’être remises en cultivation, c’est de tirer parti au maximum des rares épisodes de pluie. Pour cela, une technologie est de creuser des “demi-lune”, qui sont des fossés en forme de demi-croissant de lune, de 2 mètres sur quatre, d’une profondeur de 15 à 30 centimètres. Quand on en creuse plusieurs dizaines,  les uns à côté des autres, sur une terre dégradée, la pluie les remplit, ce qui conserve l’humidité dans le sol et conserve les nutriments du sol. Les fermiers peuvent planter dans les demi-lunes et tout autour : du millet, du sorgho, du sésame. Il n’est pas indispensable de mettre des engrais. C’est une pratique qui a l’air assez simple à mettre en œuvre. Elle ne demande que du travail, pas d’argent, ou d’expertise pointue ?

Creuser des demi-lunes contre la sécheresse, une idée pas si nouvelle que ça

L’idée n’est pas vraiment nouvelle. En fait, l’idée de creuser des tranchées pour conserver l’eau est traditionnelle en Afrique de l’Ouest. La plupart des fermiers connaissent l’existence de cette pratique, qui est recommandée par le ministère de l’Agriculture.

Et pourtant, très peu la mettaient en œuvre, jusqu’à récemment. Deux chercheuses — Jenny Aker et Kelsey Jack — se sont demandées pourquoi : Est-ce que c’est par manque d’information ? Par manque d’argent ? Parce que c’est trop d’effort ? Parce que les gains ne sont pas si clairs que cela ?

La raison essentielle, c’est simplement le manque d’information. Les paysans connaissent vaguement l’existence des demi-lunes, mais ne réalisent pas bien les bénéfices potentiels, et ne savent pas toujours comment s’y prendre pour les construire. Après avoir participé à une session d’information, presque tous les fermiers creusent des demi-lunes sur leurs terres, et ils n’ont pas besoin d’argent pour le faire.

Comment prouver les bénéfices pour les fermiers ?

En réalisant une  expérience similaire à un essai clinique. 180 villages ont fait partie de l’échantillon et ont été répartis aléatoirement en trois groupes : un groupe de contrôle, un groupe qui a été invité à une session du ministère sur les demi-lunes, et un groupe qui en plus a reçu une aide financière (il y avait en fait plusieurs modalités d’aide financières, mais je passe sur les détails).

Ensuite, elles ont régulièrement collecté des données sur les villages des trois groupes, par des enquêtes et des photos satellites. Et c’est comme ça qu’elles ont constaté que presque toutes les familles invitées aux sessions d’information y ont participé, et que 95% d’entre elles ont creusé des demi-lunes (contre seulement 4% dans le groupe non informé). Ajouter une subvention ne fait aucune différence.

Trois ans plus tard, les demi-lunes sont encore là et la terre est plus productive, et plus souvent mise en cultivation. Les ménages produisent plus, et mangent mieux. Il est rare de trouver une intervention simple qui fait une différence si importante ! Cela montre que les habitants sont curieux, et veulent trouver des solutions. Et la deuxième bonne nouvelle, c’est que, malgré le coup d’État au Niger, et l’arrêt de toute l’aide en provenance des États-Unis ou de la France, le ministère de l’Agriculture, encouragé par ces résultats, est en train de mettre en œuvre la solution à l’échelle du pays… Ce qui est un exemple de plus que la politique ne détermine pas tout. Parfois, les humains dominent !

Grand Reportage


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