Le vieillissement de la population constitue un enjeu majeur de santé publique. D’ici 2050, le nombre de « 85 ans et plus » va exploser pour atteindre 4,8 millions de personnes contre un peu plus de 2 millions aujourd’hui. En parallèle, les 75-84 ans que l’on pourrait qualifier de « valides mais fragiles » vont voir leur nombre augmenter de +47% entre 2020 et 2030 passant de 4 à 6 millions de personnes (1). Abondamment commenté – et largement redouté – ce basculement démographique interroge sur notre capacité à prendre soin des plus fragiles.
Lors du dernier Côte d’Azur Santé – qui s’est déroulé à la Fondation Pauliani de Nice – les adhérents ont échangé autour du thème: « Vieillir à domicile: vrai ou faux ami du bien vieillir? »
Car à ce jour, le paysage français de l’habitat des personnes âgées est segmenté en deux options principales. Tout d’abord, l’entrée en Ehpad, c’est-à-dire rejoindre un établissement médicalisé. Une partie de la population très dépendante n’a d’autre choix que d’y avoir recours. Autre possibilité: rester « chez soi », c’est-à-dire poursuivre sa vie dans un milieu ordinaire et non institutionnalisé. Cette seconde option emporte l’adhésion de 9 personnes âgées sur 10.
Cependant, ce n’est pas la solution pour tous. Rester chez soi nécessite en effet de réunir de nombreux critères: une bonne condition physique et l’absence de soins trop complexes, une adaptation du domicile en fonction du degré de dépendance (avoir des espaces qui permettent une bonne circulation du fauteuil roulant, un ascenseur dans l’immeuble…), l’entraide familiale pour éviter le sentiment de solitude. « Il y a également la sensibilité des familles car parfois, elles supportent mal l’intrusion d’un soignant chez la personne fragile, ajoute Aline David, directrice de l’hôpital privé gériatrique Les Sources de Nice. En réalité, le maintien chez-soi est une option bien plus complexe qu’on ne le croit. »
Les limites du domicile
De plus, certains services et outils « à la maison » peuvent avoir des limites. « Il y a un vrai marketing autour du maintien à domicile car certaines personnes feraient tout pour rester chez elles. Mais toutes les solutions proposées n’ont pas montré la preuve de leur efficacité. C’est pourquoi il faut être prudent », avertit le Pr David Darmon, médecin généraliste, vice-président santé d’Université Côte d’Azur et pilote du Living lab.
Rappelons par ailleurs que 80% des actes de maltraitance envers les personnes âgées – physique, psychologique ou financier – se passent au domicile. Ces mauvais traitements sont perpétrés par la famille ou les aidants et souvent par ignorance des besoins de la personne vulnérable.
À cela s’ajoute l’incertitude pour l’avenir: nul ne peut dire si les enfants d’aujourd’hui seront assez nombreux demain et s’ils accepteront de s’investir afin de favoriser le maintien à domicile de leurs parents dépendants.
Pour le Pr Olivier Guerin, chef du pôle réhabilitation autonomie et vieillissement (RAV) du CHU de Nice, le maintien de l’autonomie doit s’inscrire, en amont, dans un continuum de prévention et de soin. « Il faut maintenir la population dans le meilleur état de santé possible. En effet, on devient dépendant par l’accumulation des maladies, les difficultés de suivi, le dysfonctionnement du système de santé… En France, 40% de la dépendance serait évitable grâce à la prévention. »
1. Source: L’étude du Haut-commissariat au Plan « quand les babyboomers auront 85 ans ».
Lors du dernier Côte d’Azur Santé – qui s’est déroulé à la Fondation Pauliani de Nice – les adhérents ont échangé autour du thème: « Vieillir à domicile: vrai ou faux ami du bien vieillir? »Photo Franz Chavaroche.
Les commentaires sont fermés.