Guillaume Soro serait-il devenu le furet de la politique ivoirienne ? Certains le disaient à Istanbul, à Dubaï, à Chypre ou plus récemment fraîchement débarqué à Bamako, au Mali. C’est finalement à Niamey, capitale du Niger voisin, que l’ancien premier ministre ivoirien a atterri samedi 11 novembre, si l’on en croit le communiqué publié deux jours plus tard par le responsable de la communication de son mouvement, Générations et peuples solidaires (GPS).
Depuis, celui qui est devenu l’opposant le plus virulent de Côte d’Ivoire a été reçu lundi 13 novembre par le général Abdourahamane Tiani, le chef de la junte nigérienne. La rencontre ne devrait pas manquer pas de faire couler beaucoup d’encre dans la région, tant les deux hommes incarnent à des degrés divers la déstabilisation de l’Afrique de l’Ouest.
Ex-leader étudiant, ex-chef rebelle, ex-premier ministre et président de l’Assemblée nationale, Guillaume Soro a vu sa carrière politique s’écrire en pointillé depuis sa rupture avec le président Alassane Ouattara et sa démission du perchoir en 2019. Le général Tiani, officier sans relief jusque-là, est lui apparu en pleine lumière avec son coup d’Etat qui a renversé le président Bazoum le 26 juillet.
S’il la teneur de leur discussion est encore inconnue, pour Guillaume Soro, celle-ci constitue une opportunité de revenir sur le continent africain et une tentative de retour au premier plan après des années d’exil. La veille, avec un sens de la mise en scène dont il a le secret et une faconde qu’il apprécie, l’ancien premier ministre avait annoncé dans une courte vidéo postée sur ses réseaux sociaux son intention de revenir dans son pays car, disait-il, « il m’est pénible de vivre loin de ma terre ancestrale et natale d’Afrique. Je veux vivre dans la quiétude avec ma famille, mes proches ».
« Atteinte à la sûreté de l’Etat »
Visage amaigri, barbe poivre et sel, Guillaume Soro, 51 ans, qui assure pour autant « très bien » se porter, assure au début de la vidéo que sa « déclaration » fait « suite à la tentative de kidnapping à l’aéroport international d’Istanbul », le 3 novembre. « Monsieur Ouattara a tenté de m’arrêter (…) et de m’extrader par la procédure d’urgence en Côte d’Ivoire », dénonce-t-il. Une information qui avait été aussitôt démentie par les autorités ivoiriennes et perçue par plusieurs observateurs comme une manière de ressurgir dans les débats à moins de deux ans de l’élection présidentielle.
Mais s’il souhaite, comme il le dit, revenir en Côte d’Ivoire, l’ancien chef rebelle ne joue pas pour autant la carte de la réconciliation avec le président en exercice. Dans sa dernière apparition, M. Soro, qui avait mis l’ex-rébellion qu’il dirigeait au service d’Alassane Ouattara lorsque Laurent Gbagbo refusait de lui céder le pouvoir en 2011, accuse le chef de l’Etat de le traquer dans une « féroce chasse internationale à l’homme », considérant que « la dernière tentative d’arrestation opérée à Istanbul démontre, si besoin l’était, que le seul lieu de repos paisible que monsieur Ouattara me réserve est bien le cimetière ».
Après des années d’exil en France, en Belgique, en Suisse, à Dubaï et même « jusqu’aux confins du continent asiatique », dit-il, Guillaume Soro, qui depuis 2020 a été condamné par contumace à vingt ans de prison pour recel de détournement de deniers publics, puis à la perpétuité pour « atteinte à la sûreté de l’Etat », après avoir été accusé d’avoir fomenté une « insurrection civile et militaire » contre le pouvoir en place, continue de se présenter comme un innocent, « coupable d’aucun forfait ».
Relations exécrables avec Alassane Ouattara
Coup de bluff, coup de sonde ou véritable annonce de retour ? Dans son entourage, Moussa Touré, son chargé de communication, a simplement écrit sur X (ex-Twitter) que Guillaume Soro « rentre en Afrique et désormais tout se passera en Afrique », laissant ainsi planer quelques doutes sur le programme réel de l’intéressé.
Si les relations entre le président de la République et celui qu’il appelait un temps « mon fils » sont exécrables, le gouvernement ivoirien n’a pas officiellement réagi à cette annonce. Un ministre estime cependant sous couvert d’anonymat qu’un retour serait « une bonne chose. » Et de poursuivre : « J’espère qu’il va prendre contact avec les autorités et ne pas essayer de faire du forcing. Il faut que ça se passe comme cela s’est fait pour les autres : Charles Blé Goudé et Laurent Gbagbo. Tout est négociable. » Après leur libération par la Cour pénale internationale, l’ancien chef des Jeunes patriotes et l’ex-président avaient du entamer des pourparlers avec le pouvoir ivoirien avant leur retour.
Si Guillaume Soro n’a pas renoncé à l’idée de se présenter à la présidentielle de 2025, son ambition est encore hypothéquée par des condamnations judiciaires et par le rejet d’une bonne partie du pouvoir qui le considère désormais comme un traître et estime que son poids politique s’est effondré ces dernières années. « Il est conscient que le silence ou l’inaction précède la mort politique, analyse une source gouvernementale. 2025 commence à se jouer dès à présent et il lui appartient de revenir dans le jeu ».
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