Plus de 48 heures après l’annonce d’une injection de 5 à 7 millions de dollars pour attirer les Kings de Los Angeles à Québec, les dirigeants des fédérations et les membres de la Coalition pour l’avenir du sport ont du mal à avaler la décision du gouvernement.
Patrick Kearney, président de Judo Québec, peine encore à croire que quelqu’un, quelque part, ait pu proposer de financer ainsi une entreprise milliardaire comme une équipe de hockey professionnelle par l’entremise d’un promoteur.
Je suis très fâché. D’une part, parce qu’il ne peut y avoir pire timing. Sérieusement, je ne sais pas comment, dans un bureau, il y a eu des gens qui se sont dit que c’était une bonne idée
, a d’abord indiqué Kearney en réaction à l’annonce du ministre des Finances, Éric Girard, qui est aussi son député à l’Assemblée nationale.
En passant, le budget total accordé par le gouvernement aux 68 fédérations de sport et de loisir du Québec, tant pour nos programmes d’excellence que pour nos opérations, est de 5 millions de dollars par année. Je ne pense pas que les gens vont se déplacer du Vermont pour aller voir ça.
Si demain matin, le gouvernement disait qu’il allait subventionner Taylor Swift pour la faire venir au Québec au lieu de soutenir des artistes d’ici qui crèvent de faim, je peux vous dire que le milieu de la culture se déchaînerait. Ce serait une mégatempête.
Il faut savoir que parallèlement à son rôle au sein de Judo Québec, Patrick Kearney est aussi président du REFRAIN [Regroupement des festivals régionaux artistiques indépendants, NDLR]. Une centaine de festivals à travers le Québec se retrouvent sous cette bannière, dont le Festival Santa Teresa (à Sainte-Thérèse au nord de Montréal), dont il est le directeur général.
Je ne comprends pas que l’on ne puisse voir l’opportunité d’investir en prévention. C’est une approche très « affaires » surtout quand on sait qu’un dollar investi en prévention, ce que le sport et l’activité physique font, permet d’en sauver sept en soins de santé. N’importe quel entrepreneur comprend ça. Tout le monde comprend ça.
À l’unisson…
Le directeur général de la Fédération québécoise des sports cyclistes (FQSC), Louis Barbeau, n’a pas non plus caché son grand étonnement. Joint par Radio-Canada Sports, il n’a pas mâché ses mots pour exprimer son incompréhension face à l’option de soutenir un tel événement.
Je suis un peu éberlué. Je n’arrive pas à comprendre que l’on fasse un tel choix au moment où des familles n’arrivent pas à joindre les deux bouts et qu’elles doivent recourir aux banques alimentaires, au cœur d’une période inflationniste. Je ne vois pas l’intérêt d’utiliser des fonds publics que ce soit pour soutenir Gestev ou le Centre Vidéotron
, a d’abord lancé Barbeau en ajoutant que cela fournissait des munitions additionnelles aux syndiqués du Front commun.
Après avoir donné de multiples exemples sur les façons dont cet argent pourrait être investi par la FQSC auprès de leurs membres à travers divers programmes comme Embarquez
destiné aux élèves des écoles primaires, Louis Barbeau a plaidé en faveur d’une meilleure utilisation des ressources financières publiques.
Il faut que ça serve au plus grand nombre. C’est malheureux, mais ce soutien envers un club de hockey professionnel pour deux matchs sans signification n’a rien à voir avec le développement du sport au Québec.
Même son de cloche du côté du Réseau des unités régionales de loisir et de sport qui a pour principal mandat l’encadrement des structures menant, entre autres, à la participation aux finales des Jeux du Québec.
L’organisme qui s’aligne au sein de la Coalition pour l’avenir du sport offre aussi un service d’accompagnement aux clubs et associations locales [qui comptent essentiellement sur le bénévolat de leurs membres, NDLR] dans la mise en œuvre de leurs programmes et un soutien en matière de gouvernance, de développement et de la professionnalisation
de leurs entraîneurs et en achat d’équipements.
Si son directeur général Steeve Ager ne dénonce pas en tant que telle la venue des Kings de Los Angeles à Québec, il s’inscrit tout de même en faux face aux prétentions gouvernementales voulant que les millions déboursés par le gouvernement Legault constituent un investissement à caractère sportif.
Il ajoute qu’il aimerait voir la ministre déléguée aux Sports, Isabelle Charest et son équipe, prendre la balle au bond pour montrer comment un investissement en sports pourrait se refléter de façon immédiate et tangible.
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