Depuis que la plage des Salines, qui borde le littoral de la commune touristique du Gosier en Guadeloupe, est le réceptacle d’une épaisse couche de sargasses, plus grand monde ne vient s’y baigner. La masse sombre d’algues brunes s’étend entre l’étroite bande de sable blanc et le lagon bleu de cette zone sud de l’archipel. Ici, les autorités ont décidé de soigner le mal par le mal : pour lutter contre l’érosion du littoral et ses conséquences, elles ont choisi de laisser s’amonceler les sargasses, mieux connues pour leurs désagréments que pour leur capacité à favoriser l’accrétion du sable.
Depuis des années, la plage reculait à vue d’œil, réduite à peau de chagrin en raison de son exposition aux vents, à la houle et à la surfréquentation. Il faut dire que l’endroit est idyllique, encore sauvage et peu abîmé par l’urbanisation parfois outrancière de l’archipel. « La particularité de ce lieu est qu’il est composé de quatre habitats majeurs », détaille Didier Lambert, agent du Conservatoire du littoral, chargé de l’aménagement et de la gestion de ce site notamment : un lagon, avec un plateau récifal fait d’herbiers et de coraux ; des falaises hébergeant une forêt xérophile sèche typique de la zone ; un cordon sableux composé de sédiments venus de la mer et coiffé d’une végétation pionnière ; et enfin une mangrove captive.
« On l’appelle ainsi car elle n’est pas reliée directement à la mer, mais elle rend tout autant de services », rappelle Didier Lambert, qui énumère : sa fonction nourricière, notamment du fait de crabes dont la chair constitue le met de choix des fêtes de Pâques, son rôle d’abri pour des espèces aquatiques ou la faune aviaire, son rôle de filtration des eaux qui s’écoulent dans le lagon… « Elle est un réceptacle des eaux en cas de submersion, ou d’inondation » et joue un rôle essentiel face à la montée du niveau de la mer, poursuit M. Lambert. Surtout qu’à l’arrière de ces 29 hectares de la mangrove, ceinturés par une forêt de plusieurs espèces de palétuviers, des habitations sont installées.
Sous l’impulsion du Conservatoire du littoral et de la mairie du Gosier, une telle gestion de l’espace littoral, s’appuyant sur des solutions fondées sur la nature, s’est imposée aux équipes. Il a d’abord fallu interdire l’accès au véhicules motorisés, décompacter le sable, alléger l’implantation des carbets et des tables de pique-nique, et se heurter parfois à l’incompréhension par la population de cette gestion totalement nouvelle et à l’essai. Chez les kitesurfers, qui utilisent la plage, on doute de l’efficacité de la méthode pour refaire une plage. Chacun y va de son observation : les sargasses repartent, les vents creusent le bord de mer, la houle submerge le rivage, etc.
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