À Davos, la France à la pointe des engagements climatiques

Alors que s’ouvre, ce 15 janvier, le forum économique mondial à Davos, où sont attendus des centaines de gouvernants, de dirigeants économiques et de grandes entreprises sur fond de menaces géopolitiques majeures, le risque que représente à long terme le changement climatique progresse.
Et les dirigeants français, soumis à une réglementation plus contraignante que leurs homologues étrangers, en ont une conscience particulièrement aiguë, révèle la 27e enquête annuelle réalisée auprès des chefs d’entreprise par PwC, qui a interrogé 4 700 dirigeants dans plus d’une centaine de pays. Au niveau global, si 30 % « seulement » des dirigeants mondiaux pensent que le climat les poussera à transformer leur entreprise dans un futur proche, les PDG français sont 53 % à partager cette conviction.

Une réglementation plus contraignante

Une prise de conscience qui s’explique en large partie par le contexte réglementaire français, beaucoup plus contraignant qu’ailleurs, analyse Patric Morot, président de PwC France et Maghreb. « La France a mis en place une réglementation contraignante depuis de nombreuses années, notamment l’obligation de reporting extra-financier pour les plus grandes sociétés cotées sur leurs impacts sociaux et environnementaux, et ses textes ont souvent, depuis, été en avance sur la législation européenne, juge-t-il. Cela a créé une acculturation. »

La tendance va s’accélérer en 2024, avec la Corporate Sustainability Reporting Directive (CSRD), qui imposera aux grandes entreprises de collecter et de publier une foule de données environnementales, incluant les émissions de gaz à effet de serre, la consommation d’eau, l’impact sur les espaces naturels ou les communautés locales. « Aujourd’hui, les dirigeants intègrent de plus en plus la réglementation dans leur stratégie comme un facteur de transformation, pour mieux l’anticiper et moins la subir. »

Les entreprises françaises agissent plus que les autres

Conséquence : les patrons français sont aussi ceux qui prennent le plus de mesures concrètes pour lutter contre le réchauffement climatique – ou pour s’y adapter. Par exemple, 85 % des dirigeants français ont finalisé ou mis en place des mesures pour réduire leur bilan carbone – par des économies d’énergie ou la mise en place de nouveaux produits – contre 75 % au niveau mondial. Et si seulement 44 % des dirigeants mondiaux ont mis en place des plans pour former leurs équipes au risque climatique, ils sont 64 % à l’avoir fait en France.

La prise de conscience de la nécessité de s’adapter aux conséquences du réchauffement climatique est plus lente : 47 % des dirigeants tricolores disent agir pour « protéger les actifs physiques et/ou le personnel » des conséquences du changement climatique… Et 39 % ne prévoient pas du tout de le faire, pas plus qu’ils n’envisagent (à 36 %) d’intégrer le risque climatique dans leur planification financière. « La maturité sur les enjeux de décarbonation est flagrante », souligne Patrice Morot. « Elle l’est moins sur l’adaptation, qui intègre les enjeux de biodiversité : 41 % ne prévoient aucune solution basée sur la nature. »

Changement de modèle et bureaucratie

Cependant, et c’est une autre profonde nouveauté qui distingue particulièrement les dirigeants français, 60 % des PDG tricolores pensent que s’ils ne changent rien à leur modèle d’affaires, il existe un risque élevé que, dans dix ans, leur entreprise disparaisse. « Ils n’étaient l’an dernier que 40 % à le penser, et seuls 45 % des dirigeants étrangers partagent cette crainte. La prise de conscience de l’urgence d’une transformation est beaucoup plus forte en France », où les entreprises agroalimentaires se préparent à changer leurs productions, quand d’autres repensent leurs bâtiments, leur fonctionnement interne, leurs chaînes d’approvisionnement… En s’appuyant moins que les autres – c’est tout le paradoxe français – sur les innovations technologiques, perçues comme moins essentielles que la réglementation pour agir. 62 % citent les normes, lois et règlements comme le principal vecteur de changement (contre 47 % au niveau mondial), tout en les identifiant comme un frein (à 42 %). La bureaucratie est donc perçue à la fois comme un moteur et comme une contrainte limitant les transformations.

Ils se montrent aussi plus frileux vis-à-vis des innovations technologiques, perçues par les autres dirigeants dans le monde comme un levier majeur d’action. Seuls 56 % des dirigeants français considèrent que l’intelligence artificielle générative aura une influence considérable sur la façon dont leur entreprise « crée, fournit et capte de la valeur » à l’avenir… contre 70 % au niveau mondial. Un attentisme qui pourrait, demain, transformer l’« avance » des Français… en retard.

dmp

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