« A la COP28, l’Europe doit tenir sa ligne verte »

Elle n’a même pas encore commencé que la COP28 a déjà mauvaise presse. Accueillie aux Emirats arabes unis et présidée par Sultan Al-Jaber, ministre émirati de l’industrie et PDG de la compagnie pétrolière nationale [Abu Dhabi National Oil Company (Adnoc)], cette COP est dénoncée par certains comme étant un haut lieu de lobby des industries fossiles.

Les COP servent-elles même encore à quelque chose ? Initialement ambitieuses, de nombreuses mesures prises lors de ces rendez-vous finissent par péricliter. Encore récemment, on a appris l’échec des négociations sur l’indemnisation des pays du Sud, particulièrement affectés par les changements climatiques. Un accord a pourtant été mis en place lors de la précédente COP à Charm El-Cheikh (Egypte).

Au-delà de la forme, il y a aussi le discours. Sultan Al-Jaber estime qu’il est en effet important de discuter d’une fin progressive des émissions de CO2…, qui, selon lui, n’implique pas nécessairement une sortie des énergies fossiles.

Des technologies peu matures

En d’autres termes, le pétrole ne serait pas le fond du problème – les Emirats arabes unis sont le septième extracteur mondial d’or noir –, et la véritable lutte qui doit être engagée contre les émissions de CO2 sera livrée grâce aux technologies de captation et de stockage de carbone. Des technologies qui permettraient de ne pas avoir à repenser, entre autres, la mobilité, l’agriculture, l’industrie, ni nos usages de consommation… et qui n’obligeraient pas non plus Abou Dhabi à tirer un trait sur sa production effrénée de barils !

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Pourtant, il nous faut à tout prix sortir des énergies fossiles : elles représentent 36,8 milliards de tonnes de CO2 rejetées dans l’atmosphère (AIE, 2022). Le pétrole est bel et bien un problème.

On ne peut pas reprocher aux Emirats de soutenir les technology based solutions : le Moyen-Orient est une zone aride, où les forêts ne poussent pas et où l’eau se fait de plus en plus rare. Soutenir le développement de ces technologies est donc stratégique. Mais n’oublions pas qu’elles sont pour le moment encore peu matures, difficilement généralisables, et qu’elles nécessitent d’énormes investissements financiers avant d’être efficaces.

Si nos technologies doivent évoluer et s’adapter aussi vite que le climat change, nous entamons une course perdue d’avance. Si la technologie est une aide précieuse et, à terme, une partie de la solution, elle n’est ni notre salut ni un permis à polluer.

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Les solutions fondées sur la nature sont celles à privilégier : celles qui visent à protéger, à gérer de manière durable et à restaurer nos écosystèmes. Elles permettent non seulement de préserver et de recréer des puits de carbone, mais aussi – et l’on a tendance à l’oublier – de favoriser la biodiversité, dont l’humanité est à 100 % dépendante.

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