À Limoges, les profs de techno ont le blues

Maltraitance, déconsidération… plusieurs dizaines d’enseignants de technologie en collège se sont retrouvés à Limoges pour faire le point sur leur discipline, « dernière, variable d’ajustement de l’Éducation Nationale ».

La technologie au collège est en grande souffrance, si l’on en croit les enseignants rassemblés il y a quelques jours à Limoges à l’appel du syndicat SE-UNSA. Venus de toute l’Académie, ils dénoncent les réformes successives ayant conduit à la déconsidération progressive de leur discipline.

À peine remis de la suppression, l’an dernier, de l’enseignement de technologie en classe de 6e, les profs de techno, qui s’apprêtent à essuyer les conséquences de la mise en place des groupes de niveau souhaités par le “choc des savoirs” de Gabriel Attal, évoquent une situation de malaise inédite. 

« On ne manipule plus, on distribue des fiches »

« Dans mon établissement, où j’enseigne depuis douze ans, on est passé d’un volume de 56 heures d’enseignement à 25,5 heures, et de trois enseignants à l’équivalent d’1,5 temps plein », explique Cyrille Parre, professeur de technologie au collège d’Aixe-sur-Vienne. « Il n’est plus question d’enseigner en petits groupes. À 30 élèves par classe, on ne manipule plus, on distribue des fiches. On est censés rendre les élèves curieux, et on finit tous par s’ennuyer… »

Disparue du programme de Sixième

La technologie est actuellement enseignée de la 5e à la 3e à raison d’1h30 par semaine. Depuis la rentrée 2023, elle ne fait plus partie de l’emploi du temps en 6e. Cette disparition, destinée à permettre la mise en place à moyens constants de l’heure de soutien en maths et en français, a généré un resserrement sur trois années d’un programme qui devrait normalement s’étaler sur quatre ans. Et la mise en place obligatoire, l’an prochain, des groupes de niveau laisse planer une nouvelle incertitude sur l’avenir d’une discipline jugée pourtant fondamentale dans d’autres pays européens.

Réunion syndicale le 11 mars à Limoges. « Avec la suppression de l’heure de 6e, un quart des enseignants en technologie a disparu ».

« Une discipline accessoire, des personnels maltraités »

« On est dans un environnement de plus en plus technologique, avec les nouveaux défis du numérique, de la programmation et l’arrivée de l’intelligence artificielle, explique Pierre Gautret, secrétaire départemental du SE-UNSA 23. Le tout dans le contexte d’un enjeu écologique qui implique de nouveaux savoir-faire pour réparer les objets. Paradoxalement, la technologie n’est plus considérée que comme une discipline accessoire au détriment de personnels maltraités ».

Service réduit

Enseignant contractuel au collège de Saint-Sulpice-les-Feuilles, Stéphane Lhopiteau a vu son service réduit à 9 heures de cours par semaine, auxquelles s’ajoute une heure hebdomadaire de service au lycée professionnel Jean Monnet à Limoges, dans une classe de 3e prépa-pro. « Avec la suppression de l’heure de 6e, un quart des professeurs de technologie a disparu, explique-t-il. On est la première variable d’ajustement de l’Éducation Nationale. »

Un mal-être évident

L’Académie de Limoges compte désormais un peu moins d’une centaine de professeurs de technologie. Entre postes vacants et départs en retraite non remplacés, leurs effectifs ont fondu ces dernières années. « Nos collègues font état d’un mal-être évident », explique David Lelong, professeur de lettres à Créteil et référent national “métiers” au SE-UNSA. « Les élèves en subissent également les conséquences. La suppression de l’heure de 6e est un non-sens absolu. Les programmes prévus pour la rentrée 2024 sont plutôt intéressants, mais les élèves de 5e n’auront pas les pré-requis.  » 

« Même un marteau, c’est compliqué »

Un constat partagé sur le terrain. « Les élèves ne manipulent plus. Même un marteau, c’est compliqué, explique Cyrille Parre. Les élèves de 6e ont une évaluation obligatoire en informatique, la plupart savent à peine allumer un ordinateur. Ils ont des consoles de jeu, des téléphones portables, des tablettes, mais aucune notion d’informatique de base. Dans le monde d’aujourd’hui, c’est inconcevable. » 

Florence Clavaud-Parant

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