À Vannes, à l’accueil de loisirs « on est à 70 % dans l’éducation et à 30 % dans le divertissement » – Vannes



Assise sur la margelle d’un bac de potager de l’école élémentaire de Cliscouët, à Vannes, Maëlys* ratisse la terre nue du bout des doigts, en quête de vers. Elle fréquente le centre de loisirs Ponant, à l’école élémentaire de Cliscouët, certains mercredis et pendant les vacances. Cet après-midi, avec Mathieu, son animateur, et trois autres enfants qui ne souhaitent ou ne peuvent pas suivre le reste du groupe à la piscine, elle réunit les éléments d’un terrarium, un jardin miniature cultivé dans un bocal en verre. « Depuis que je suis petite, j’aime bien faire du jardinage avec Papi, indique la petite fille de 6 ans. Et ce matin, on a fait des sushis de riz. Le centre, c’est moins long que l’école ».

Des conflits sans perdants

« Notre rôle est aussi important qu’un maître d’école, estime Alexandre Galas, directeur du centre de loisirs, qui a commencé comme animateur il y a une trentaine d’années. On n’est pas dans du scolaire, on n’oblige pas les enfants à être assis. Mais on n’est pas une garderie. On consacre 70 % de notre temps à les éduquer – et le reste à les divertir, car notre rôle, c’est de donner du bonheur ». « Il y a trente ans, je fonctionnais à l’instinct. Je prenais un livre d’activités, je prenais un thème, et hop. Aujourd’hui, explique-t-il, on est tout le temps en train de réfléchir au projet pédagogique ».

Élaboré en lien avec la mairie, le projet se doit de distiller des valeurs : sauvegarde de l’environnement, vivre-ensemble, inclusion, bienveillance. Des intentions qui se frottent au réel : « Les parents mettent les enfants dans un endroit où ils n’ont pas demandé à être, donc ça crée des conflits », explique Alexandre Galas, nettement mieux outillé pour sa mission d’éducation qu’à ses débuts. « On applique le règlement des conflits sans perdant. On écoute activement les enfants, ensuite on passe à la réparation. J’utilise assez souvent la lettre d’excuses, qu’on écrit avec l’enfant, par exemple : « Ma colère m’a dépassé », et puis on lit la lettre à la victime, on la déchire, et c’est fini. À l’époque on n’avait pas toutes ces techniques ».

Tous les enfants, quel que soit leur vécu

Les réponses éducatives se sont affinées à mesure que les accueils de loisirs se sont ouverts à tous les enfants. « On est très attentif à l’équité d’accès, souligne la maire adjointe Christine Penhouët. Parce qu’on n’accueille pas qu’un enfant, on accueille une famille. C’est aussi un observatoire médico-social, qui nous permet d’être en lien avec les familles, et d’identifier leurs problématiques ». « Il y a trente ans, je n’avais pas autant d’enfants hyperactifs ou à troubles autistiques, constate Alexandre Galas, sans s’avancer sur les causes de cette évolution. Face à un enfant hyperactif, on remettait tout sur la famille, en disant qu’il était mal élevé. Ou face à un autiste : « cet enfant est dans la lune ». ?Je pense que notre regard a beaucoup changé ».

Ainsi, pendant les vacances de Pâques, Alexandre Galas a reçu le renfort de trois animateurs, pour pouvoir accueillir des enfants porteurs de handicap. « Par exemple, une petite-fille de 6 ans avec des retards de langage, et proche de l’hyperactivité, a été suivie par un animateur dédié », explique-t-il, alors qu’autour de lui les enfants poursuivent leurs recherches dans la terre. « Notre organisation serait plus simple si on n’avait pas d’enfants perturbateurs du groupe – et c’est bien le mot, mais ça nous force à réfléchir. On doit expliquer aux autres enfants, voilà, untel a besoin d’un temps seul, et ils le comprennent très bien ».

La petite Maëlys exhibe ses mains, de retour des commodités. « Toi aussi tu es dans le club des mains propres ? », lui demande-t-il avec un sourire, avant de conclure : « On éduque, mais on n’est pas des soignants, on n’est pas des psys, ni les parents ». Ou peut-être, un peu des trois ?

*pseudo


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