Mandataire d’une centaine de souscripteurs qui réclament près de 5 milliards de FCFA, il revient sur les actions initiées et à
venir.
Vous accompagnez, comme lobbyiste, une centaine de souscripteurs de la plateforme Liyep Limal qui depuis plusieurs mois attendent de rentrer en possession de leur argent. En quoi consiste concrètement votre action ?
Le recouvrement des fonds extorqués à nos clients passe par une procédure judiciaire, mais reste extrêmement tributaires de dynamiques, processus et interactions de nature politique. Pour détourner des centaines de milliards à quelques 300 000 personnes dans plusieurs pays, il faut bénéficier de protections parfois au sommet des États. Le lobbyiste dans ces cas déploie des activités de cartographie des parties prenantes du processus de protection de l’auteur de l’escroquerie tout en identifiant ceux qui dans le dispositif peuvent avoir une oreille sensible aux douleurs et peines des victimes. Cette cartographie nous a aidé à identifier les soutiens directs et incidents du promoteur de GIT, ses processus d’engagement de ces derniers, les contradictions de son discours ; elle a donné lieu à la structuration des actions de plaidoyer, mais aussi de communication et grassroots pour amener les décideurs à adopter des positions qu’ils n’allaient jamais prendre spontanément. Jour après jour, on déconstruit les éléments de discours, on aide à la prise de décisions justes et nous prêtons notre concours à leur mise en oeuvre comme c’était le cas avec l’exécution du mandat d’amener d’il y a deux semaines.
Nous collectons également des données et effectuons des analyses pour nos mandants et les destinataires de nos actions d’influence. Enfin, nous donnons de notre personne en assurant pour nos mandants une représentation auprès des autorités diplomatiques que nous avons toutes engagées dans ce dossier, mais aussi auprès des décideurs camerounais que nous avons contactés à tous les niveaux et dans l’opinion publique. Pour information, notre action est au départ de la directive de la Cobac sur la cryptomonnaie et de la configuration du groupe de travail que la Beac a mis en place sur la question.
Qu’est-ce qui a été fait jusqu’à présent au niveau de la justice?
Localement au Cameroun, des procédures ont été ouvertes et transmises au Parquet par le Service Central des recherches Judiciaires du Secrétariat d’Etat à la Defense en charge de la Gendarmerie. Malgré une kyrielle de blocages et retards, la Direction de la Police Judiciaire a aussi diligenté l’enquête qui a donné lieu il y a deux semaines à l’arrestation du principal suspect, son transfert à Yaoundé, sa garde à vue pendant 48h avant sa présentation au procureur de la République du Tribunal de Première Instance de Yaoundé Centre administratif qui lui a permis, sur la base de garants, de passer quelques nuits dans son domicile plutôt qu’en prison. Bien entendu, nous sommes dans une dynamique que l’environnement camerounais, fait d’informel et d’instructions de toutes sortes, rend peu malléable, mais totalement prédictible en ce sens que nos clients seront payés.
Le promoteur de GIT a-t-il fait des promesses dans ce sens ?
Bien au contraire, au cours de l’enquête préliminaire, sa mauvaise fois a plusieurs fois irrité les officiers de police judiciaire chargés de l’auditionner et de le confronter aux victimes, mes mandataires. La seule promesse qu’il a faite à ce niveau de l’affaire, c’était de se representer devant la justice et de ne pas quitter le territoire national jusqu’à la fin des poursuites. La dernière actualité montre le niveau de credibilité de sa parole, même sur cet engagement-là. Ce qu’il faut retenir c’est qu’il n’est plus en mesure, sur la base des avoirs de son entreprise dans les comptes bancaires ouverts au Cameroun, de rembourser le plus petit de nos clients ; la balance de ses comptes révèle plutôt un solde débiteur en général.
Nous avons initié de nouvelles procédures, cette fois pour viser l’insolvabilité organisée, mais également obtenir que les biens qui ont été récemment transférés sous d’autres noms puissent permettre d’amorcer le remboursement de nos clients. Des procédures similaires visent les membres de sa famille, l’ensemble de la centaine de personne qui constituaient son dispositif de démarchage, de recrutement des souscripteurs ainsi que de collecte de leurs fonds et avoirs.
Aux dernières nouvelles, Emile Parfait Simb aurait quitté le Cameroun. Si c’est le cas n’est-ce pas inquiétant pour les souscripteurs que vous accompagnez ? Est-ce que cela remet en cause tout ce que vous avez fait jusqu’à présent ?
Son départ du Cameroun ne remet du tout pas en cause les résultats d’étape engrangés jusqu’ici. Ce départ curieux du Cameroun confirme seulement auprès des interlocuteurs étatiques non encore concernés par le dispositif qu’il a mis en place, que cet individu ainsi que ses complices, co-auteurs et comparses auraient dû être privés plus tôt des moyens d’agir au détriment des souscripteurs. C’est depuis septembre que nous avons alerté la totalité des autorités politiques, monétaires, judiciaires et techniques du Cameroun, de la Présidence de la République aux services de la banque centrale, sur les dangers de cette «tolérance» générale. Le départ du pays de M. Simb permet enfin aux chancelleries étrangères, de constater que le gouvernement camerounais, ses institutions judiciaires n’ont pas été en mesure de rendre justice à chacun de leurs citoyens ou résidents spoliés.
Ce départ permet donc à ces pays-là de renforcer la tendance négative de la notation du Cameroun sur le critère de la sécurité juridique, mais aussi de prendre le relais pour mettre en mouvement leurs propres institutions. Des extraditions, des mandats internationaux ainsi que des commissions rogatoires feront très bientôt leur apparition dans cette affaire. J’ai le privilège de conduire cette mission pour le compte de souscripteurs, renseignés, conscients des enjeux, déterminés et sereins quant à l’issue des procédures. Avec le concours ou non des autorités judiciaires camerounaises, nous allons obtenir justice.
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