Alhoussein Camara, venu en France pour le foot, abattu par un policier…

Le décès du jeune Nahel n’en finit plus de défrayer la
chronique dans l’hexagone. Deux semaines plus tôt, le 14 juin, un
autre gamin de 19 ans est lui aussi parti trop tôt dans des
circonstances très proches. Il s’appelait Alhoussein Camara, il
était Guinéen et il avait la vie devant lui. Portrait de ce jeune
footballeur, que l’on surnommait “Le Mbappé
d’Angoulême”.

Comment expliquer l’inexplicable ? Comment accepter que l’on
puisse perdre la vie aux prémices de l’âge adulte ? Déraciné de sa
famille et de sa Guinée natale
en 2018 – date de son arrivée en France à Angoulême – Alhoussein
Camara n’avait pas de casier judiciaire. Il était inconnu des
services de police et n’aspirait qu’à une seule chose : vivre son
existence discrètement, gagner sa vie en travaillant de façon
honnête et tenter de réaliser son rêve de devenir footballeur
professionnel.

Un drame inexplicable

Les circonstances de la mort du natif de Matam, survenue le 14
juin dernier, sont floues et sujettes à interprétation en raison du
manque de témoins directs et de preuves vidéo. Selon le récit
officiel des faits communiqué par le parquet d’Angoulême, une
patrouille de police aurait repéré la voiture d’Alhoussein, une
Peugeot 307, zigzaguant et utilisant ses signaux lumineux aux
alentours de 4 heures du matin. Les policiers auraient demandé au
conducteur qui se rendait alors au travail, de se stationner, mais
il aurait refusé d’obtempérer. Le véhicule aurait ensuite été pris
en charge à allure réduite.

Une autre patrouille de police serait intervenue en soutien, et
lorsque la voiture d’Alhoussein se serait arrêtée à un feu rouge,
les forces de l’ordre auraient tenté de procéder à son
interpellation. À ce moment-là, le conducteur aurait enclenché la
marche arrière, puis aurait percuté un policier aux jambes en
manœuvrant pour repartir vers l’avant. C’est à ce stade que le
policier aurait fait usage de son arme à feu, tirant une seule fois
et touchant Alhoussein au niveau du thorax. La voiture aurait
continué sa course et se serait écrasée contre le mur d’une
habitation à environ 150 mètres du lieu de l’incident. Alhoussein
est décédé peu après, à 4h 25.

Mais la version officielle ne fait pas l’unanimité et suscite
des interrogations chez les proches d’Alhoussein, notamment Maya
Biret, qui, dans des propos relayés par So Foot, affirme
avoir vu des marques de coups sur son visage, suggérant qu’il
aurait subi des violences avant d’être abattu par la police. En
outre, le manque de témoins oculaires et l’absence de preuves vidéo
rendent difficile une évaluation précise des événements. Certains
remettent également en question l’usage de la force létale dans
cette situation, soulignant que la situation aurait pu être résolue
sans recourir à une telle extrémité.

Un garçon exemplaire

Dans notre foyer (de jeunes travailleurs, où il résidait,
ndlr), c’était un peu chacun pour sa pomme, mais heureusement,
j’avais Alhoussein, C’était comme un grand frère
” indique son
ami Papalaye Samoura, cité par le magazine. “Il ne faisait
aucune vague. Il ne sortait pas, sauf pour participer à des
événements comme l’Aïd ou l’anniversaire de mon fils. Il ne fumait
pas, ne buvait pas d’alcool, prenait super soin de son corps

précise de son côté Maya. “Concernant certains garçons, on se
dit parfois :
Lui il a fait le con, c’était un petit
branleur’. Mais Alhoussein était adorable. Il avait compris les
priorités de la vie
” tient à clarifier son ami Sékouba. Bref,
Alhoussein Camara était un type bien, connu pour sa discrétion et
sa sobriété. Il n’était pas du genre à faire des vagues et
préférait rester en retrait.

Pas vraiment le profil à perdre la vie dans de telles
circonstances. L’enquête judiciaire en cours devra éclaircir
les circonstances exactes de son décès et déterminer s’il y a eu
usage disproportionné de la force par les policiers impliqués. Les
résultats de cette enquête seront essentiels pour comprendre les
événements dans leur intégralité et établir la vérité sur cette
tragédie.

Il voulait percer dans le foot

Alhoussein Camara était un mordu de foot, un vrai. Passé par
l’AS Aigre le temps d’une saison avant de porter la tunique verte
du Leroy Angoulême, cet ailier gauche, grand admirateur de
Cristiano Ronaldo, était pourtant associé à Kylian Mbappé
en raison de son style de jeu, de sa technique et de sa pointe de
vitesse. Et avant de se voir être comparé à la star du Paris-Saint-Germain, c’est à une
des plus grandes légendes du Milan AC qu’on le surnommait, comme
l’explique Yadaly : “On l’appelait Nesta, parce qu’il jouait en
défense et il taclait, il était très malin. Quand je l’ai retrouvé
des années plus tard, il m’a surpris. Il était trop fort
techniquement. Ici, beaucoup de gens ne connaissaient pas son
prénom, mais tous le surnommaient Mbappé. En fait, il est passé de
Nesta à Mbappé !”

Avec Papalaye, son compère de la réserve à Angoulême, il
nourrissait de grandes ambitions : « On avait comme projet
d’aller à l’étranger pour tenter notre chance dans le football. On
en a parlé encore une semaine avant sa mort
Dès
2019, l’idée, c’était de partir à l’aventure en Turquie ou dans un
pays comme Malte. C’était son rêve… Mais ce n’était pas simple avec
son métier » 
raconte le jeune homme, très touché par la
disparition de son coéquipier et ami. Parti trop tôt et trop
brutalement, Alhoussein Camara n’aura pas eu le temps de réaliser
son rêve de devenir footballeur professionnel. Mais il restera à
jamais le Mbappé d’Angoulême.


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