Ces dernières semaines ont été marquées par des polémiques : les transports, la tour d’arbitrage de l’épreuve de surf, la sécurité… Comment expliquez-vous qu’un événement festif charrie autant de mauvaise humeur et de divisions ? C’est un mal français ?
C’est un contexte que connaissent tous les pays hôtes à l’approche des Jeux. Ce fut le cas à Londres et à Rio : polémiques sur le coût, inquiétudes quant à l’impact sur le quotidien, engorgement dans les transports, etc. Mais il y a sans doute aussi une dimension culturelle : les Français sont exigeants, et un peu râleurs. Je ne m’en plains pas – ce sont des traits de caractère qui nous poussent aussi à nous dépasser – dès lors que les faits ne sont pas travestis.
Au sein même du comité d’organisation, il y a eu des frictions entre Anne Hidalgo et vous-même ou Clément Beaune. La maire de Paris a-t-elle plombé l’organisation ?
Non, je pense qu’elle a sincèrement envie que les Jeux de Paris 2024 soient un succès. Elle a commis une erreur en risquant de décourager tous ceux qui se démènent pour être prêts, mais je veux croire que les choses sont rentrées dans l’ordre. Ses équipes n’ont jamais cessé d’être coopératives et engagées dans la réussite du projet.
On y est presque, rassurez-nous : les infrastructures de transport seront-elles prêtes ?
Oui, nous sommes vigilants mais sereins. Un travail considérable est accompli avec la région Île-de-France, la RATP, la SNCF, la communauté aéroportuaire, sous l’égide du ministre des Transports. On n’a pas de retard sur les grandes infrastructures. Les plans de transport ont été réexaminés dans le détail pour nous assurer que toutes les zones de tension faisaient l’objet de solutions alternatives. Des renforts d’offre très importants sont prévus. Prenons la ligne 9 par exemple, qui sera très sollicitée pour desservir le Parc des Princes et Roland-Garros : l’offre sera supérieure de plus de 50 % par rapport à un été normal et de plus de 20 % par rapport à un hiver normal. Fin janvier, nous lancerons une campagne pour bien informer les usagers du quotidien sur la fréquentation jour par jour, heure par heure, des lignes et des gares. Chacun pourra ainsi adapter ses itinéraires, ses horaires, ses modes de transport, voire planifier, quand c’est possible, des périodes de télétravail.
Image en 3D de la cérémonie d’ouverture des JO sur la Seine. Un enjeu de sécurité majeur.
© MAIRIE DE PARIS
La France est réputée pour être le pays des grèves. Avez-vous la certitude que les syndicats joueront « les Jeux » eux aussi ? Pas de conflit surprise ?
Depuis 2017, je le rappelle, un comité de suivi de la charte sociale qui rassemble toutes les organisations syndicales et patronales a été mis en place. Il est associé à la gouvernance de Paris 2024. Des personnalités comme Bernard Thibault siègent dans ces instances. Le dialogue social est engagé et va se poursuivre, tant chez les opérateurs que dans tous les ministères concernés, pour tenir compte des circonstances exceptionnelles liées à l’organisation des Jeux et à la continuité que nous devons assurer l’été prochain, en rémunérant les périodes d’activité en conséquence, mais aussi en facilitant les reports de congés.
La promesse initiale de billets de transport peu chers, voire gratuits, pour les spectateurs ayant acheté leur place pour assister aux épreuves, ne sera pas tenue. Pire, le ticket à l’unité double pour atteindre les 4 euros !
Le financement par le comité d’organisation de la gratuité des tickets, pour les seuls spectateurs, avait été écarté dès décembre 2022, en accord avec le CIO, dans le cadre des efforts de modération budgétaire. Et par rapport à votre exemple, il y a des façons d’éviter de payer ce tarif-là. D’abord, en anticipant ses achats, ce qui évitera des files d’attente aux bornes. Ensuite, en optant pour les meilleures formules pendant les Jeux : le passe « Paris 2024 » à la journée coûtera par exemple moins cher qu’aujourd’hui : 16 euros contre 20. Et la hausse temporaire du ticket à l’unité décidée par la région n’aura aucune incidence sur les cinq millions de Franciliens qui possèdent déjà un abonnement Navigo annuel ou mensuel.
« Oui, je souhaite que Kylian Mbappé participe aux Jeux »
Autre point dur : la tour d’arbitrage des épreuves de surf à Tahiti, qui menace d’endommager la barrière de corail. Sera-t-elle finalement construite ?
Absolument. Cela a été confirmé à la fois par Tony Estanguet et par le président de la Polynésie. Mais nous en avons revu les dimensions : elle a été réduite d’un quart en taille et d’un tiers en poids, pour revenir aux dimensions de l’actuelle tour en bois qui doit être remplacée parce que les normes de sécurité ne sont plus à jour. Le forage sera moins profond et ne nécessitera pas le déploiement de nouvelles machines sur le site. Les travaux de balisage ont commencé il y a plusieurs jours et sont supervisés attentivement par les autorités locales pour s’assurer de la protection des coraux.
Le CIO autorise les athlètes russes et biélorusses à participer sous bannière neutre. À condition qu’ils ne soutiennent pas l’invasion de l’Ukraine. Est-ce la moins mauvaise solution ?
Le CIO a pris une décision cohérente, dans un contexte complexe. Parmi les victimes civiles de la guerre d’agression menée par la Russie, il y a des athlètes ukrainiens, et des centaines d’équipements sportifs ont été détruits en Ukraine. Pour autant, on ne peut pas discriminer un athlète russe ou biélorusse qui n’aurait pas soutenu la guerre. Dès lors, s’ils n’ont pas de lien avec l’armée ou les agences gouvernementales russes ou biélorusses, les athlètes seront autorisés à participer sous bannière neutre, à titre individuel. Nous nous assurerons du respect plein et entier des critères de neutralité, en vérifiant notamment qu’au cœur des stades, le moment venu, aucun drapeau russe ne puisse être déployé.
La menace terroriste est prégnante, Emmanuel Macron a évoqué l’existence d’un plan B s’il fallait renoncer à la cérémonie d’ouverture sur la Seine pour des raisons de sécurité. Vous pouvez nous en dire plus ?
Je le dis depuis plusieurs semaines avec le ministre de l’Intérieur, il existe des variables d’ajustement : la jauge du public, l’organisation exacte de la parade fluviale, la modulation des périmètres de sécurité et leur durée d’activation, le calibrage des festivités qui seront autorisées autour de la cérémonie, etc.
Antoine Dupont, star du XV de France, se prépare à participer aux Jeux dans l’équipe de rugby à sept. Kylian Mbappé souhaite lui aussi y participer. Demandez-vous au PSG de lui donner le feu vert ?
La Fédération française de football a organisé des échanges récents et constructifs à ce sujet. J’en ai moi-même parlé récemment avec l’entourage de Kylian Mbappé. La décision interviendra en temps et en heure, en lien avec le club mais aussi avec le sélectionneur Thierry Henry. Si vous me demandez si je souhaite qu’il participe aux Jeux, je vous réponds« OUI » en lettres capitales.
On parle beaucoup des JO, mais avant cela, les Bleus vont disputer l’Euro de football en Allemagne, une autre occasion de se rassembler ?
Oui, d’autant que les Bleus feront partie des favoris ! L’enchaînement entre l’Euro en Allemagne et les JO à Paris peut entraîner la France dans une dynamique de victoires. Cette équipe a envie de titres, notre pays a besoin de victoires de premier plan comme récemment avec le hand féminin, et l’année qui s’ouvre devrait nous porter collectivement.
Justement, le sport et l’activité physique sont consacrés Grande Cause nationale de l’année 2024. Comment cela va-t-il se traduire ?
L’enjeu est double. D’abord, capitaliser sur l’élan des Jeux pour mettre plus que jamais le sport et ses bienfaits au cœur de la société et du pacte républicain. Ensuite, s’attaquer au problème majeur de la sédentarité, aggravé par l’addiction aux écrans. L’Organisation mondiale de la santé attribue déjà 9 % des décès aujourd’hui en France à l’inactivité physique. Celle-ci augmente de 20 à 60 % les risques de cancers, de maladies cardiovasculaires, de diabètes de type 2. Face à cette urgence sanitaire, l’objectif de la Grande Cause, c’est d’inciter les Français à inscrire plus de sport dans leur quotidien et à adopter des modes de vie plus actifs. Pour cela, on a choisi un marqueur fort : trente minutes d’activité physique et sportive par jour. On veut encourager chacun à les faire le plus souvent possible, ces trente minutes quotidiennes, à son rythme, selon ses possibilités du moment. En donnant aux Français des idées et des occasions de partager des moments de sport. Au total, plus de 1 000 événements mettant le sport à l’honneur partout en France seront organisés en 2024.
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