Pour les voyageurs européens du XIXe siècle, Monaco a toujours eu un parfum d’exotisme avec son soleil, sa mer, ses palmiers. Et, à partir des années 1860, son casino.
La Principauté a encouragé le tourisme d’été qui, à l’époque, était plutôt rare. Voici quelques arguments avancés auprès des voyageurs de l’été que nous avons pris dans différentes éditions du Journal de Monaco de juillet 1873 – il y a cent cinquante ans: la qualité de… l’eau de Cologne monégasque, l’effort effectué en matière de sécurité et de santé.
L’été est non seulement la saison des touristes mais aussi celle des… bacheliers – lorsqu’ils ont obtenu leur examen!
Ce ne fut pas le cas d’un Monégasque célèbre, Guillaume Apollinaire, qui rata son bac. Cela ne lui a pas empêché, par la suite, de connaître la gloire. C’était en 1897.
Juillet 1873: découvrez l’eau de Monaco
Dans la deuxième partie du XIXe siècle, la Principauté était une importante productrice d’eau de Cologne. Elle fut utilisée pour parfumer les élégantes… mais aussi cautériser les blessures des soldats français lors de la guerre de 1870.
C’est ce que nous rappelle un article du Journal de Monaco du 8 juillet 1873: « L’eau de Cologne & Monaco laisse bien loin derrière elle les produits de tous les Jean-Marie Farina auxquels Cologne a donné naissance. La Gallia, liqueur hygiénique dans laquelle le quinquina et l’huile essentielle du café moka sont heureusement combinés, a pris ses lettres de noblesse chez nous durant la dernière guerre. Alors que la petite Principauté vint en aide, selon ses ressources, à la France, sa malheureuse voisine, les ambulances françaises reçurent ce réconfortant et en usèrent avec succès pour nos blessés. Mêlée avec de l’eau, cette liqueur fort saine est très appréciée à Monaco, et le serait en France, si on l’y connaissait mieux. »
Eté 1873: prudence avec les cochers
Au XIXe sicèle, les touristes avaient recours aux cochers et aux voitures à chevaux. Ils stationnaient devant la gare et cela jusqu’à l’arrivée des taxis automobiles. Afin de rassurer les touristes, le Journal de Monaco les informe que les cochers sont sous contrôle de la police.
Journal du 1er juillet 1873: « Le Tribunal de simple Police vient de prononcer les condamnations suivantes contre les cochers et les charretiers en contravention aux règlements de Police: Charles Colombo et François Peitavin à 1 franc et 5 francs d’amende pour avoir fait galoper leurs chevaux. François Peitavin, à 7 francs d’amende pour s’être fait payer une course au-dessus du tarif. François Bolier et Augustin Scorsoglio, à 6 francs et 10 francs d’amende pour abandon de leur voiture sur la voie publique. »
Autre condamnation: « Le tribunal de police a également condamné le nommé Antoine Boyer à 15 francs d’amende et vingt-quatre heures de prison pour falsification de lait. »
Juillet 1897: Apollinaire échoue au bac
Timbre de Monaco sur Apollinaire.DR.
En 1887, Olga de Kostrowitzky s’installa à Monaco avec ses fils, dont le futur poète Guillaume Apollinaire. Elle fut arrêtée et fichée par la police comme « femme galante », gagnant sa vie comme entraîneuse dans le nouveau casino.
Après quelques séjours en meublé, Olga et ses enfants habitèrent en 1891 au deuxième étage de la maison Canis, à l’angle des actuelles rues Louis-Notari et Princesse-Antoinette puis en 1894 dans le quartier populaire du Carnier dans l’actuelle commune Beausoleil, enfin, en 1897, dans un appartement en contrebas du boulevard des Moulins lorsque la mère se trouva un compagnon en la personne de Jules Weil.
Guillaume, placé en pension au collège Saint-Charles dirigé par les frères maristes y fit ses études de 1887 à 1895, puis au Lycée Stanislas de Cannes et au Lycée Masséna de Nice. Il échoua au baccalauréat en juillet 1897.
Ce fut, pour lui, un été de crise, où il rejeta tout, autour de lui. Il décida d’abandonner ses études et de devenir « écrivain ou journaliste ». Cela ne lui a pas mal réussi!
Eté 1873: attention à la rage
DR.
Dans le même Journal de Monaco du 8 juillet 1873 voilà une mise en garde inattendue contre… les chiens enragés! (L’invention du vaccin contre la rage, par Pasteur, date de 1885!)
« Nous voici en été. Les chaleurs commencent à se faire sentir. Parmi les inconvénients de cette saison, il faut citer, en première ligne, la facilité avec laquelle elle développe la rage chez les chiens. Or cette maladie de la race canine est terrible et peut entraîner pour l’homme les plus grands malheurs. Voici quels sont les symptômes: le 1er jour, le chien se livre à des sortes de hurlements bas et rauques; le 2e et le 3e jours ses yeux deviennent brillants, égarés, et l’envie de mordre s’empare de lui. Il s’acharne d’ordinaire sur la paille et l’herbe, il mâche de la terre. La salivation devient abondante. Le 4e et le 5e jour, les muscles de sa mâchoire se paralysent; son corps lui-même tombe dans cet état et il succombe. Dès que ces indices se sont fait jour, la première chose à faire c’est de mettre l’animal dans l’impossibilité de nuire. De remède il n’en existe aucun. L’unique moyen de se préserver est de cautériser la morsure de l’animal. Cette cautérisation doit être faite au fer rouge et aussi profondément que possible. »
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