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Fatouman Leroux a quitté le pays qui l’a vue naître pour l’amour d’un homme, devenu depuis son époux. Coiffeuse professionnelle, elle a souhaité tenir de nouveau les ciseaux en arrivant en France. Pour cela, elle a dû retourner sur les bancs de l’école, ses diplômes n’étant pas valides au pays de Molière.
Aujourd’hui à 40 ans, après avoir obtenu son CAP coiffure puis sa mention complémentaire, Fatouman Leroux travaille à mi-temps dans un salon d’Alençon (Orne) et vient de se lancer en parallèle à domicile.
Un métier transmis par ses parents
« Je pensais, qu’avec mes diplômes, je pourrais facilement travailler en France. Mais non ! ».
Fatouman Leroux rit à haute voix, d’un rire qui ne la quitte guère. Faisant preuve d’une volonté et d’un optimisme sans faille, elle a franchi une à une toutes les étapes, dans un pays où tout lui était nouveau, pour réaliser son rêve : reprendre le métier que ses parents lui avaient transmis.
Ni la rigueur administrative, ni la remise à niveau nécessaire, ni la recherche d’un employeur pour son apprentissage ou encore la formation civique imposée n’ont eu raison de sa motivation. Pas même la météo !
« Heureusement, je ne suis pas frileuse. » Nouvel éclat de rire.
Je suis arrivée en France en janvier et on me répétait que le froid, c’était dans la tête. Eh bien non !
Son salon en Côté d’Ivoire détruit par erreur par les bulldozers
Fatouman Leroux a tenu son propre salon en Côte d’Ivoire, employant sept salariés. Mais tout s’est arrêté en 2014. « Un jour, des agents de l’État sont venus me dire qu’il fallait agrandir la route et que mon salon devait être détruit. C’était comme ça, il n’y avait rien à ajouter. »
Ce salon, elle l’avait créé de ses mains. « Ils devaient revenir d’ici six mois. Seulement, le propriétaire du terrain situé juste derrière avait un contentieux avec la justice et les bulldozers sont venus pour tout raser. Et par erreur, ils ont rasé tout le quartier ! Mon salon y compris. »
Elle se souvient encore de ce coup de fil , à 4 h du matin, d’un de ses salariés lui disant de venir le plus vite possible. « Il ne restait plus rien. Que des déchets et des gravats au sol. Il n’y avait plus rien à récupérer. »
Une mauvaise nouvelle suivie d’une seconde : « l’État m’a annoncé que le dédommagement prévu n’était plus d’actualité, puisque ce n’était pas lui qui avait procédé à la destruction. » Fatouman devait se retourner contre le propriétaire, « seulement, personne ne savait qui c’était. »
À force de courriers, elle a obtenu un dédommagement d’environ 500 000 francs CFA, soit 800 €, qui lui a été versé en deux fois… Pas assez pour ouvrir un nouveau salon. « Et je n’en avais vraiment plus envie. »
Une rencontre sur internet
Fille de coiffeurs, Fatouman s’est naturellement orientée vers ce métier.
En 2016, au hasard d’une discussion sur la Toile, elle fait la connaissance de Yann Leroux. Lui vit en France, à Mortrée, et travaille à Argentan. Des banalités sont échangées. Il cherchait des renseignements pour un futur voyage. Elle les lui donne.
Durant plusieurs mois, ils vont ainsi parler, faire connaissance. Jusqu’à se rencontrer, dans ce pays d’Afrique de l’Ouest, pour ne plus se quitter. « On a imaginé un temps s’installer en Côte d’Ivoire, à Abidjan où je vivais, mais on s’est dit que ce serait plus facile pour moi de trouver un travail en France, comme j’étais coiffeuse ». Facile ?
Fatouman a rapidement compris que ce serait légèrement plus compliqué… Arrivée en 2019, elle a dû suivre une remise à niveau à Argentan, avec l’atelier La Maison des mots. Puis passage au Greta Normandie et enfin la formation civique « quatre jours d’intégration pour découvrir la région ».
En parallèle, elle travaille comme repasseuse pour une association locale.
Elle réussit à décrocher un contrat d’apprentissage et obtient en 2022 son CAP et en 2023 sa mention complémentaire. « Ce ne fut pas simple, mais quand on a la volonté on arrive à tout ». Elle salue au passage ses professeurs du centre de formation d’Alençon, sa famille et ses proches toujours présents. « Avoir des gens qui nous soutiennent, cela compte beaucoup dans la réussite. »
Fatouman ne compte plus le nombre de fois qu’elle a interpellé l’un d’eux pour l’aider à comprendre une définition, une notion. « Thalès et Pythagore ne sont pas mes amis ! »
En même temps, elle passe son permis de conduire, impératif en milieu rural, et l’obtient en 2023.
La coiffure est ma thérapie. Je redeviens joyeuse quand je coiffe. J’oublie un instant ceux que j’ai quittés en Côté d’Ivoire, mes enfants, mes amis. Au travail, je ressens de la joie.
Salariée au sein du salon « Top coiffure » à mi-temps, elle a décidé de créer une activité de coiffure à domicile et propose la fabrication de perruques avec « O Luxe Hair ».
« Je ne pensais pas que ce serait un tel parcours, en arrivant en France », confie Fatouman. « Mais je n’ai aucun regret. On peut se lancer des défis à tout âge. »
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