AS Monaco, OL, Nice : Comment les clubs de L1 veulent révolutionner leur équipe réserve

C’est une hécatombe. Discrète mais bien réelle. L’an passé, sept clubs de Ligue 1 présentaient une équipe réserve alignée en National 2. Cette saison, ils ne sont que deux – Toulouse et Lorient -, un chiffre gonflé artificiellement par le repêchage du club breton. Résultat, c’est en N3 que l’on retrouve la majorité de ces équipes secondaires des plus grands clubs français, dont certaines représentant les meilleurs centres de formation français comme l’OL, le Stade Rennais ou le LOSC. Alors, que se passe-t-il ?

Un mouvement de fond débuté voilà quelques années que certains clubs ont d’ores et déjà actés. Si la suppression pure et simple de la réserve du PSG en 2019 par Antero Henrique a paru brutale, et pas forcément rentable eu égard au retour d’un groupe élite en 2023, d’autres équipes ont pris le pari d’un modèle hybride. C’est le cas de l’AS Monaco, troisième meilleur centre de formation français et en pointe dans le secteur. En juin 2022, le club du Rocher décide de ne plus s’aligner en N2 pour privilégier notamment la Premier League International Cup, qui regroupe les meilleures académies européennes.

« Rien n’est négatif dans l’idée de jouer des matches de N2 mais on était souvent confronté au même style, explique ainsi Pascal de Maesschalck, directeur du développement des jeunes au club monégasque. C’est notre boulot de préparer nos jeunes pour le monde professionnel et à l’Europe. Ils doivent être prêts à des rencontres contre des équipes de l’Ouest ou de l’Est de l’Europe donc on doit être prêts à les rencontrer. Ne jouer que contre de bonnes équipes amateurs en France ne prépare qu’à une seule facette du métier. »

Old Trafford, pour l’expérience

Un an et demi plus tard, personne ne regrette le virage opéré. Début octobre, le groupe Élite emmené par un certain Eliesse Ben Seghir, en phase de reprise, a battu les Glasgow Rangers dans le mythique Ibrox Stadium (1-3). Comme il avait pu terrasser la réserve de Manchester United l’an passé à Old Trafford, tout en se frottant aux groupes de l’Ajax, d’Arsenal, du FC Valence, du Bayern Munich ou de Chelsea, entres autres. Alléchant programme qui plaît aux principaux acteurs.

Titulaire sous Adi Hütter cette saison, Soungoutou Magassa a ainsi pu grandir de manière plus pérenne en alternant entraînements avec les pros et matches avec le groupe Élite en 2022-2023. « Quand j’étais convoqué avec l’équipe première la saison dernière et que je ne jouais pas le week-end, je demandais aux dirigeants si je pouvais jouer avec le Groupe Élite, détaillait-il en septembre dernier. Nous avons disputé des matches à Old Trafford, contre Manchester United, contre Arsenal, contre West Ham. La pression est plus grande. En N2, c’est un football d’adultes, avec plus de duels et de contacts. Avec le Groupe Élite, on perfectionne vraiment notre développement, de manière plus individualisée. C’est dans la continuité des U19. »

Charlie McNeill (Manchester United) poursuivi par Nazim Babaï et Ritchy Valme

Crédit: Getty Images

Lyon et Nice suivent le mouvement

Le message a été entendu ailleurs. L’OL ou l’OGC Nice ont ainsi décidé de suivre le pas en inscrivant leurs groupes Élites à la compétition européenne cette saison. « Nous avons rencontré des problématiques de jeu que nous ne rencontrons pas en championnat, appréciait d’ailleurs Didier Digard, en charge du groupe Élite niçois. C’est pour cette raison que ces rencontres sont très formatrices. Dans leur développement, nos jeunes éléments doivent faire face à ce genre d’adversité, dans un grand stade, avec du public. C’est ce qui les rapproche le plus de la réalité du monde pro« .

Les bienfaits vont au-delà du football. « Old Trafford, ça fait partie de l’expérience, se réjouit Pascal de Maesschalck. Il y a souvent 20 000 personnes dans ce genre de matches, ça aussi, ça fait une expérience à gérer en plus. Le fait de voyager aussi. Il y a cet apprentissage-là, du voyage à l’hôtel. La nourriture, le sommeil, l’échauffement : ce sont des petits trucs mais quand tu les mets ensemble, c’est une vraie valeur ajoutée dans l’idée de devenir un pro à l’AS Monaco« .

Encore faut-il savoir adapter le programme. C’est la principale leçon retenue à Monaco après cette première année test. « Il y a des ajustements à faire, peut-être en ayant des types d’opposition encore plus variés, confirme Damien Perrinelle, entraîneur du groupe Élite monégasque. Ce que je souhaiterais serait de faire ce qu’on a fait contre le PSV Eindhoven. La veille, les pros néerlandais avaient joué en barrages contre les Glasgow Rangers. Le lendemain, ceux qui avaient peu joué sur ces matches-là étaient alignés face à notre équipe« . Résultat, une défaite lourde (4-1), certes, mais une vraie confrontation au plus haut niveau.

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Le groupe Elite de l’AS Monaco l’a emporté sur celui des Glasgow Rangers début octobre (crédit : AS Monaco)

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Sortir le joueur de sa zone de confort

Là où la N2 insistait sur la nécessaire régularité de l’équipe, histoire d’assurer le maintien, ce modèle met surtout en avant le développement, notion cardinale dans tous les centres de formation français. « Je n’ai plus cette contrainte de résultat qui va m’obliger à faire jouer mon meilleur joueur à son meilleur poste, insiste ainsi l’ancien milieu des New York Red Bulls. C’est un avantage sur la majorité des matches sachant qu’on a aussi des matches à enjeux qui permettent de développer la compétitivité des joueurs. Mais sur les autres, on veut valoriser le développement des joueurs et ça passe parfois par le fait de le sortir de sa zone de confort. Ethan Diop, par exemple, c’est un 6 ou de 8 de formation qu’on a parfois utilisé au poste d’ailier droit ou de piston. C’est à ce poste que Philippe Clément a fait appel à lui la saison dernière, comme latéral droit. Il a eu ses repères et ça l’a aidé« .

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« Dembélé, c’est un très bon 23e homme mais pas un 11e homme convenable »

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