Attentat à Paris : « Je n’ai plus de fils, je demande pardon à la France », pleure la mère du terroriste
C’est sans doute la personne qui le connaît le mieux au monde. Celle qui lui a donné la vie il y a vingt-six ans. Celle qui a tenté de lui transmettre les valeurs humanistes de la France, son pays d’adoption. Celle qui, aujourd’hui, ne veut même plus l’appeler son « fils » mais « l’individu ». Trop honte. Pendant sa garde à vue à la brigade criminelle, la mère d’Armand Rajabpour-Miyandoab, le jeune qui a tué à coups de couteau et de marteau un touriste et blessé deux autres personnes samedi 2 décembre au soir près du pont de Bir-Hakeim (Paris XVe), est revenue sur sa vie et l’éducation que son mari et elle ont inculquée à leurs enfants.
Une audition entrecoupée d’excuses et de messages de compassion à l’endroit de la victime de l’attentat. « Ce n’est pas du pipeau, assure une source proche de l’affaire. Le ciel leur est tombé sur la tête. Cette famille, ce sont des gens honnêtes et respectueux. »
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En tout cas, c’est a priori un modèle d’assimilation. Des parents qui ont travaillé toute leur vie, rabâchant à leurs deux enfants leur chance d’être français. Pour le fils, le prénom Iman a même été francisé. Pas non plus de prénom perse pour la fille. « Une famille laïque et bienveillante avec un père athée, reprend la même source. La conversion d’Armand Rajabpour-Miyandoab à l’islam, après la mort de sa grand-mère maternelle en 2015, n’a pas été bien vécue. C’est lié à l’histoire de l’Iran. »
La mère « tombée amoureuse » de la France il y a plus de quarante ans
L’arrivée de cette famille en France fait suite à la révolution islamique en 1979 en Iran. Celle qui deviendra la mère du terroriste est alors issue d’un milieu intellectuel bourgeois. Face aux enquêteurs, elle situe l’Iran de l’époque du Shah comme un « petit Paris » avec « autant de libertés » qu’en France. Quand le shah est renversé, une partie de la population préfère quitter le pays plutôt que de se plier aux règles religieuses de l’ayatollah Khomeyni. La jeune femme est envoyée en France poursuivre ses études. Elle ne parle pas un mot de notre langue. Mais elle tombe « amoureuse » de ce pays, un « bijou » dit-elle.
Titulaire, en Iran, d’une maîtrise en sciences de l’éducation, elle devient simple employée au magasin Carrefour de Villejuif (Val-de-Marne). Elle va y rester pendant plus de quarante ans. « Une dame toute gentille à l’accueil », confirme une retraitée de la ville. Son premier mari, Iranien comme elle, meurt d’un cancer au début des années 1990. Elle épouse ensuite le frère de son époux. Un « mariage d’amour », assure-t-elle. Les deux enfants, qui naissent en France grandissent dans une famille aimante où on inculque les valeurs de la République. La religion ? « Humaniste », avait l’habitude de qualifier le couple d’immigrés.
Dès l’enfance, Armand semble un peu à l’écart. Il ne pose aucun problème, il est très bon en classe, mais est timide et renfermé. Son père, responsable dans une entreprise de transport, l’inscrit au foot pour tenter de le sociabiliser. Mais l’enfant est comme apathique. Sans doute « des problèmes psychiques », aurait rembobiné sa mère en garde à vue. Au lycée à Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine), l’adolescent s’isole de plus en plus. Il parle tout seul, se met à rire sans raison. Parfois, son regard est comme vide. Sa mère lui propose d’aller voir un psychologue. « Je ne suis pas fou », lui aurait répondu son fils.
Il aurait entendu des voix lui disant d’égorger des gens
L’annonce de sa conversion à l’islam, alors que le jeune a 18 ans, passe mal dans la famille. « Les parents préféraient que leur fils ait une approche intellectuelle de la religion », explique un de leurs proches. Le père, athée mais dont le propre père était musulman, questionne son enfant sur ses convictions. Il comprend qu’Armand ne connaît pas grand-chose à cette religion.
Le jeune homme va alors poursuivre son éducation religieuse seul dans sa chambre, derrière son ordinateur. C’est à cette période qu’il est embrigadé sur les réseaux, discutant avec plusieurs djihadistes. Repéré par la police, il est interpellé en juillet 2016 et condamné à cinq ans de prison dont une année avec sursis. Pour toute la famille, c’est un coup de massue. La mère, âgée aujourd’hui de 62 ans, se reproche de ne pas avoir davantage accompagné son fils dans la religion.
En prison, entre Nanterre (Hauts-de-Seine) et Fresnes (Val-de-Marne), le jeune homme se retrouve à l’isolement puis dans le quartier des radicalisés. C’est entre quatre murs que les médecins auraient diagnostiqué une schizophrénie chez le jeune homme. C’est du moins ce qu’affirment les parents aux policiers, d’après une source proche de l’enquête. À cette époque, le futur terroriste alternait semble-t-il les phases paradoxales entre rejet de la religion et radicalisation. On comprend surtout qu’il va mal, qu’il entend des voix lui disant qu’il faut égorger des gens.
Il mangeait du saucisson, buvait de l’alcool et écoutait Mylène Farmer
Le traitement médicamenteux lui offre un répit. D’autant plus, qu’il le suit scrupuleusement. Quand il sort de détention en mars 2020, il jure qu’il n’a plus de religion. Ses parents y croient. Le père se souvient que son fils mange du saucisson, la mère qu’il boit de l’alcool et qu’il écoute Mylène Farmer. S’agissait-il d’une ruse de taqiya, cette pratique traditionnelle dans l’islam consistant à cacher sa foi en terrain hostile ?
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En tout cas, il annonce ensuite à ses proches, à la fin de l’année 2020, une nouvelle conversion à l’islam. Sur le plan judiciaire, il respecte toutes ses obligations notamment le suivi médical. Quand ce dernier arrive à son terme, sa mère prend le relais « comme un policier », aurait-elle répété aux enquêteurs. En octobre dernier, elle se rend même au commissariat pour demander de l’aide. Armand Rajabpour-Miyandoab semble en effet très marqué par le sort des Gazaouis. Il rumine. La maman tente bien de lui expliquer que la situation est plus complexe qu’il ne le pense et, qu’après tout, cela ne se passe pas « chez nous ». En vain.
« Je demande pardon à la France », a ressassé la maman lors de sa garde à vue, rappelant son « amour » pour ce pays. Elle aurait aussi imploré « le pardon à la famille de cet Allemand » avec qui elle « pleure ». Et de lâcher : « Je n’ai plus de fils. » Ce lundi 4 décembre en fin d’après-midi, la garde à vue des parents a été levée, nous a indiqué le parquet antiterroriste. Aucune charge n’a été retenue contre eux. Contactée, leur avocate, Me Safya Akorri, ne souhaite pas s’exprimer pour l’heure.
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