Un tribunal kényan s’est opposé à l’envoi d’un millier d’officiers de police en Haïti, jugeant leur déploiement « inconstitutionnel, illégal et invalide ». Cette décision de justice, intervenue le 26 janvier, met en péril la mise sur pied de la mission de maintien de la paix, soutenue par les Nations unies, censée débuter prochainement en Haïti, un pays dont le fonctionnement est paralysé par une guerre des gangs.
Sous l’impulsion des Etats-Unis, l’ONU avait donné son feu vert en octobre au déploiement d’une nouvelle mission internationale, sous commandement kényan, pour enrayer la violence des gangs qui règne sur ce pays de onze millions d’habitants. En 2023, celle-ci a fait plus de 8 400 morts, a rappelé Maria Isabel Salvador, la représentante spéciale de l’ONU pour Haïti, jeudi 25 janvier, devant le Conseil de sécurité. Une augmentation de 122 % par rapport à 2022, qui découle de « multiples crises prolongées [qui] atteignent un point critique », a-t-elle souligné.
En octobre, le président kényan William Ruto avait annoncé le déploiement d’un millier de policiers, à partir de « début 2024 ». La décision a été validée par le Parlement un mois plus tard. Mais l’opposant Ekuru Aukot avait saisi la Haute Cour de Nairobi, arguant que cette mission était inconstitutionnelle car ne reposant sur aucun fondement légal.
La Haute Cour lui a donné raison, vendredi 26 janvier. Dans son jugement, le juge Enock Chacha Mwita a annoncé que « le Conseil national de sécurité [une entité où sont réunis le président, quatre ministres et les chefs de la police et de l’armée] n’a pas mandat pour déployer des agents de la police nationale hors du Kenya », comme il peut le faire pour les soldats de l’armée nationale.
« Jusqu’à la Cour suprême »
Le verdict signe un coup d’arrêt aux velléités de William Ruto. Son administration a pourtant déjà effectué plusieurs voyages préparatoires à Port-au-Prince et a reçu la promesse d’un financement des Etats-Unis à hauteur de 100 millions de dollars (95 millions d’euros) pour soutenir l’opération.
Le porte-parole du président kényan, Isaac Mwaura, assure désormais que « le gouvernement, dans son désir de respecter l’Etat de droit, va faire appel de la décision de la Haute Cour », rappelant les multiples contributions des casques bleus kényans par le passé, au Liberia, en Yougoslavie et au Soudan du Sud. « Nous les attendons encore à la cour d’appel et nous irons jusqu’à la Cour suprême », a rétorqué l’opposant Ekuru Aukot. Aucune date n’a pour l’instant été communiquée.
Dans le camp présidentiel, on veut croire que la décision de justice n’est qu’un retard passager. D’autant que le Kenya est sous pression de ses partenaires internationaux, au premier rang desquels Washington, qui agit à la fois comme le principal soutien politique et financier de la mission et qui continue à compter sur un déploiement au premier trimestre 2024.
Port-au-Prince n’attend pas autre chose. « Chaque jour qui passe sans cet appui tant espéré, c’est un jour de trop que nous vivons dans l’enfer des gangs », avait déclaré Jean Victor Généus, le ministre haïtien des affaires étrangères, devant le Conseil de sécurité de l’ONU, jeudi.
Haïti est le théâtre d’une grave crise politique, hors de contrôle depuis l’assassinat du président Jovenel Moïse en 2021. Les gangs tiennent près de 80 % de la capitale Port-au-Prince et y imposent leur loi par la violence.
L’une des tâches de la force internationale, au-delà de sécuriser les infrastructures stratégiques de la capitale, sera de déposséder les gangs des quelque 600 000 armes en circulation dans le pays. Pour cela, la future force doit rassembler environ 2 000 policiers et forces spéciales, en provenance du Kenya donc, mais aussi des Bahamas, de la Jamaïque ou encore d’Antigua-et-Barbuda. En cas de blocage prolongé par la justice kényane, le Conseil de sécurité de l’ONU sera contraint de trouver un autre candidat pour conduire la mission.
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