au moins quinze morts dans le chavirement d’une pirogue à Dakar

Le Sénégal a fait face à un nouveau drame sur la route migratoire qui relie l’Afrique de l’Ouest aux Canaries : au moins quinze corps sans vie ont été retrouvés, lundi 24 juillet au matin, au large de Dakar. « Ce sont des migrants a priori », a déclaré à l’AFP Samba Kandji, maire adjoint du quartier de Ouakam : « La marine a obligé l’embarcation à accoster et des gens se sont enfuis. Certains ont sauté mais ne savaient pas nager. »

Lundi, la recherche d’autres corps ou d’éventuels survivants était concentrée sur une plage de ce quartier de la capitale, près de la mosquée de la Divinité, a constaté un journaliste de l’AFP. « On a dénombré au total 17 victimes, donc quinze corps sans vie et deux rescapés », a déclaré à la presse Martial Ndione, commandant du groupement des sapeurs-pompiers de Dakar : « Aux environs de 3 h 30, on nous a alertés pour un chavirement de pirogue au large de Ouakam. Immédiatement, on a dépêché sur les lieux deux équipes de plongeurs, quatre ambulances et on a démarré les opérations. »

Une embarcation en bois supposée avoir transporté les migrants, selon plusieurs témoins sur la plage, flottait sur l’eau, près de la côte. Un journaliste de l’AFP a vu les sapeurs-pompiers repêcher un corps et le déposer sur une bâche sur la plage. Quelques dizaines de badauds regardaient le déroulement des opérations, avant que la pluie n’interrompe temporairement les recherches.

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« C’est pénible tous ces morts qu’on voit », estime Amndy Moustapha Sène, 23 ans, qui vit du commerce et du jardinage et rêve de devenir footballeur professionnel. « Je rêvais d’aller en Europe parce que l’horizon est bouché ici. J’étais prêt à embarquer dans une pirogue, mais maintenant j’ai décidé d’émigrer par la voie légale quand l’opportunité se présentera. Je ne veux plus prendre une pirogue pour partir. Ça n’en vaut pas la peine », assure-t-il.

Quatorze morts à Saint-Louis

« J’exprime ma profonde douleur suite au décès d’une quinzaine de Sénégalais dans le naufrage d’une pirogue au large de Dakar », a réagi dans un tweet le président Macky Sall. Le ministre de l’intérieur, Antoine Félix Abdoulaye Diome, s’est quant à lui déplacé lundi après-midi sur le lieu du naufrage, selon les médias locaux et des images sur le compte Twitter de son département. Il a indiqué sur la radio privée RFM que selon « les premiers renseignements » – qui restent selon lui à être confirmés –, l’embarcation est partie d’un quartier de pêcheurs de Dakar, Thiaroye, a « fait escale » à Yarakh, une autre zone de pêcheurs voisine, avant de finir à Ouakam.

La route migratoire des Canaries, archipel espagnol et porte d’entrée vers l’Europe dans l’océan Atlantique, connaît ces dernières semaines un net regain d’activité au départ des côtes du nord-ouest de l’Afrique. Plusieurs drames ont été recensés ces deux dernières semaines. Au moins treize migrants des environs de Dakar sont morts dans le naufrage de leur embarcation il y a environ une semaine au large du Maroc. Un autre bateau a chaviré à Saint-Louis (nord), faisant au moins quatorze morts.

Jeudi, en conseil des ministres, Macky Sall s’est « incliné devant la mémoire des personnes décédées suite aux récents accidents relevés en mer ». Il a « demandé au gouvernement d’intensifier les contrôles au niveau des zones et sites potentiels de départ, mais également de déployer l’ensemble des dispositifs de surveillance, de sensibilisation et d’accompagnement des jeunes » en renforçant les programmes publics « de lutte contre l’émigration clandestine ».

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Des ONG font régulièrement état de naufrages meurtriers – dont les bilans non officiels se chiffrent selon elles en dizaines voire en centaines de morts – dans les eaux sénégalaises, marocaines, espagnoles ou internationales. Les autorités sénégalaises et marocaines ne communiquent pas ou très peu sur ces bilans difficiles à évaluer. La marine marocaine a annoncé mardi avoir porté secours ces derniers jours à près de 900 migrants irréguliers, la plupart d’Afrique subsaharienne, dont 400 dans les eaux territoriales.

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Des opérations de recherche se sont aussi déroulées récemment en Espagne pour retrouver des bateaux de migrants venant du Sénégal, portés disparus et transportant plus de 300 personnes, selon l’ONG Caminando Fronteras.

Le Monde avec AFP

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