Il tient. Mohamed Bazoum résiste, alors qu’un simple trait de crayon pourrait mettre fin à sa captivité. Depuis le coup d’Etat du 26 juillet, qui l’a renversé, ses tombeurs attendent qu’il appose sa signature au bas d’une lettre de démission. Mais celui qui a été élu un dimanche de février 2021 s’y refuse, quitte à rester prisonnier avec son épouse, Khadija Mabrouk, et leur fils, Salem, 22 ans.
Depuis plus de cent trente jours, Mohamed Bazoum et les siens sont enfermés dans la résidence présidentielle, où ses anciens protecteurs se sont mués en geôliers. Le général Abdourahamane Tiani, ancien chef de la garde présidentielle et aujourd’hui leader de la junte, a posté des soldats en armes à l’intérieur même de la villa blanche, située au bord du fleuve Niger. Selon l’entourage du dirigeant renversé, seul un médecin a désormais accès aux reclus. Leurs téléphones ont été confisqués. « Si quelqu’un prétend qu’il arrive à leur parler, c’est un mensonge », prévient d’emblée un proche de la famille.
Les conditions de détention du prisonnier Bazoum, qui pouvait encore par quelques ruses s’entretenir avec Emmanuel Macron et des chefs d’Etat de la région, se sont durcies depuis que le nouveau pouvoir l’a accusé d’avoir tenté de s’évader, dans la nuit du 18 au 19 octobre. « C’est une supercherie, montée de toutes pièces par la junte pour justifier auprès des Nigériens la surveillance accrue qu’elle a mise en place dans la foulée », dénonce Hamid N’gadé, l’un de ses conseillers. A l’extérieur du palais, la famille et les proches du président déchu se disent traqués. Depuis mi-octobre, plusieurs d’entre eux ont été arrêtés.
Fait d’un autre bois
Il en faut manifestement plus pour faire flancher Mohamed Bazoum, 63 ans, fer de lance du combat pour l’instauration de la démocratie dans son pays depuis quarante ans. Ses voisins du Mali, Ibrahim Boubacar Keïta, puis du Burkina Faso, Roch Marc Christian Kaboré, avaient capitulé sans résistance face aux militaires qui les ont délogés de leurs fauteuils présidentiels respectifs. Mais le philosophe de formation, militant de terrain, est fait d’un tout autre bois.
Après que les militaires ont menacé de le poursuivre pour haute trahison, ses avocats ont saisi la Cour de justice de la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (Cedeao), fin septembre, pour tenter d’obtenir sa libération et sa réinstallation à la tête du pays. Les présidents des pays voisins, inquiets de la succession des coups d’Etat dans la région – deux tentatives ont été dénoncées ces derniers jours en Sierra Leone et en Guinée-Bissau – devraient encore plaider sa cause lors du sommet de la Cedeao, dimanche 10 décembre. Une fois de plus.
Il vous reste 75% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.
Crédit: Lien source


Les commentaires sont fermés.