Au Niger, toujours aucune nouvelle de la journaliste Samira Sabou – Jeune Afrique

Où est passée Samira Sabou ? Depuis quatre jours, ses proches n’ont pu apporter aucune réponse claire à cette question. La journaliste nigérienne a été arrêtée à son domicile de Niamey le 30 septembre dernier par des individus habillés en tenue civile, qui lui auraient montré, selon un témoin, une carte professionnelle.

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De même source, aucun mandat ne lui a en revanche été présenté. Samira Sabou a ensuite été sommée de mettre sur sa tête une cagoule et a été emmenée dans un lieu jusqu’ici inconnu de ses proches et de son avocat. Ce dernier s’est rendu dans les locaux de la police judiciaire de Niamey, où sa cliente n’était pas détenue.

L’ombre de la DGDSE

Les soupçons se portent à l’heure actuelle sur la Direction générale de la documentation et de la sécurité extérieure (DGDSE), dont les éléments portent régulièrement des tenues civiles et peuvent procéder à des interrogatoires secrets. La DGDSE, dont un nouveau directeur général a été récemment nommé en la personne de Balla Arabé Souleyman, dispose pour cela de discrètes résidences à travers la capitale.

L’avocat de Samira Sabou a saisi le procureur général de la République pour réclamer des informations, mais aucune communication officielle des nouvelles autorités nigériennes, issues du putsch du 26 juillet dernier, n’a été faite. L’ONG Reporters sans frontières (RSF) s’est elle aussi saisie du dossier et a demandé la libération immédiate de la journaliste.

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Cette dernière est une personnalité connue des Nigériens. Défenseure des droits humains et journaliste, elle est présidente de l’Association des blogueurs pour une citoyenneté active et administratrice du Magazine d’information sur le développement économique et social (Mides). Elle a régulièrement fait parler d’elle à travers des publications sur les réseaux sociaux.

Un mystérieux coup de fil

Depuis plusieurs années, elle est engagée dans la dénonciation des abus de pouvoir et des violations des droits humains sous les régimes des présidents Mahamadou Issoufou et Mohamed Bazoum, un activisme qui lu a valu plusieurs interpellations et passages devant les tribunaux. En 2017, elle avait été renvoyée de la Direction nationale de la presse pour avoir parodié Mahamadou Issoufou sur les réseaux sociaux.

Le 10 juin 2020, Samira Sabou avait été arrêtée et placée en détention pour un commentaire jugé diffamatoire sur une affaire de détournement de fonds au ministère de la Défense. Après une période de détention – alors qu’elle était enceinte –, elle avait été acquittée pour infraction non constituée.

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Le 3 janvier 2022, elle avait encore été condamnée – ainsi que le journaliste Moussa Aksar –, pour avoir relayé un article de l’ONG Global Initiative sur le trafic de drogue au Niger. « Elle était particulièrement visée par les autorités quand le PNDS [Parti nigérien pour la démocratie et le socialisme, fondé par Mahamadou Issoufou et Mohamed Bazoum] était au pouvoir », raconte un proche.

Depuis le coup d’État du 26 juillet, Samira Sabou était de nouveau confrontée à des pressions et des menaces, ce qui l’avait poussée à déposer une plainte contre X. Elle avait notamment été appelée au téléphone par un militaire qui lui reprochait d’avoir partagé sur les réseaux sociaux un message du président renversé Mohamed Bazoum, dans lequel celui-ci appelait la communauté internationale et les Nigériens à faire échec au putsch.

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