Son départ était réclamé depuis fin août par la junte, il a été acté dimanche par Emmanuel Macron. L’ambassadeur français au Niger, Sylvain Itté, a quitté le pays mercredi et a atterri à Paris dans l’après-midi. « L’ambassadeur se trouvait dans une population humiliante. Il ne pouvait plus s’alimenter correctement », rappelle Nicolas Normand, ancien ambassadeur de France au Mali, au Congo-Brazzaville et au Sénégal, et auteur du Grand livre de l’Afrique (2019, Eyrolles). Emmanuel Macron avait même parlé d’une prise « en otage » à la mi-septembre.
Pourtant, son départ ne signifie pas la fermeture de l’ambassade sur place. « Nous examinons les modalités exactes du fonctionnement de notre ambassade, qui sont d’ores et déjà très dégradées », assure le quai d’Orsay au Parisien.
Un « symbole »
Déjà, le retour de Sylvain Itté à Paris marque un changement de position pour la France, Emmanuel Macron ayant dans un premier temps refusé de le rapatrier. « Le président de la République s’est rendu compte que sa position sur place était intenable », décrypte Nicolas Normand, selon qui « Emmanuel Macron avait décidé de le maintenir dans l’idée que le président renversé Mohamed Bazoum puisse revenir ».
La junte militaire – au pouvoir depuis fin juillet et son coup d’État contre le président en place Mohamed Bazoum – s’est félicitée d’un « moment historique », à l’annonce ce dimanche du départ de Sylvain Itté et des 1 500 soldats français présents sur place. « Emmanuel Macron avait fait du maintien de son ambassadeur un symbole qui s’est retourné contre nous », poursuit Thierry Vircoulon, coordinateur de l’Observatoire sur l’Afrique centrale et australe à l’institut français des relations internationales (IFRI).
Avec son départ, le fonctionnement de l’ambassade pourrait néanmoins être altéré. « Dans ces cas-là, un chargé d’affaires – moins gradé qu’un ambassadeur – reste sur place et garde un contact avec Paris », explique Nicolas Normand. D’après les spécialistes interrogés, son rôle est « minimal » : il se contente de traiter les affaires courantes. Une ambassade peut donc fonctionner sans ambassadeur, même si son importance diminue.
Cette situation n’est pas inédite pour Paris, puisque c’est déjà le cas au Mali – où un coup d’État militaire avait éclaté en août 2020 – depuis 2022. « Les relations diplomatiques avec le Mali – qui a un discours plus agressif que le Niger contre la France – n’ont jamais été rompues, précise Nicolas Normand. Ce sera la même chose avec le Niger ». D’après lui, Paris pourrait continuer à entretenir « une coopération importante, notamment sur le plan culturel ».
Soutien au président renversé
Dans les faits, le départ de l’ambassadeur français ne modifie pas grand-chose aux relations diplomatiques, tant celles-ci étaient tendues entre les deux pays depuis le putsch. Paris ne reconnaît par ailleurs pas le gouvernement issu de ce coup d’État et continue d’appeler à la libération de Mohamed Bazoum. Ce mercredi encore, Emmanuel Macron a rappelé « la détermination de la France à poursuivre ses efforts (…) pour un retour à l’ordre constitutionnel au Niger », lors d’un entretien avec Hassoumi Massaoudou, ministre des Affaires étrangères du Niger. « C’est ce qui s’appelle exprimer une position. Ce n’est ici pas une relation diplomatique », commente Thierry Vircoulon.
Mais quid de l’entente entre les deux pays pour le retrait des soldats français ? Niamey a dit souhaiter un « cadre négocié » avec Paris sur ce sujet, sans donner plus de précisions. « Cela va s’arrêter à des questions techniques et logistiques » comme sur le matériel évacué, veut croire Thierry Vircoulon. Pour Nicolas Normand, la France va néanmoins être contrainte de « négocier avec la junte sans la reconnaître » sur le départ de ses troupes.
Toutefois, les putschistes ont « intérêt » à conserver une certaine diplomatie envers la France. « Notamment pour régler d’éventuels problèmes avec des entreprises françaises sur place », indique Nicolas Normand. En tête de gondole, Orano (ex-Areva) qui exploite de l’uranium au Niger. Selon RFI, le mouvement anti-français M 62 a récemment appelé à retirer le permis d’exploitation d’Orano sur le site d’Imouraren. « La dynamique anti-française est claire pour tout le monde, observe Thierry Vircoulon. Quand l’armée sera partie, la junte n’aura plus de bouc émissaire. Peut-être qu’ils s’attaqueront alors aux entreprises françaises. »
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