Au Sénégal, la principale coalition de l’opposition se déchire

La rupture est consommée. Yewwi Askan Wi, la principale coalition d’opposition au Sénégal a annoncé dans un communiqué mercredi 9 août « la fin de son compagnonnage » avec Taxawu Sénégal, le mouvement politique de l’ancien maire de Dakar, Khalifa Sall. Le parti y est accusé de « collusion » avec la mouvance présidentielle, de « forfaiture » et de « de trahison ». L’actuel maire de la capitale, Barthélémy Dias, bras droit de Khalifa Sall, a réagi en dénonçant « une volonté manifeste de diaboliser » sa formation politique.

Fondée en 2021, à quelques mois des élections municipales, la coalition Yewwi Askan Wi avait jusqu’ici fait preuve de résilience. Mais le divorce couvait depuis plusieurs mois, alimenté par une guerre larvée entre les deux poids lourds de l’opposition : d’un côté le mouvement politique de l’ancien maire de Dakar, de l’autre les Patriotes africains du Sénégal pour le travail, l’éthique et la fraternité (Pastef), la formation de l’opposant antisystème incarcéré Ousmane Sonko, dissoute par le gouvernement le 31 juillet.

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La brouille avait pris un tour acrimonieux après la participation de Taxawu Sénégal au dialogue national organisé par le président Macky Sall fin mai. « Ces textes du dialogue, nous allons les voter », avait affirmé à l’époque le député Abba Mbaye, proche de Khalifa Sall. Chose faite, le code électoral a pu être modifié, ce qui a permis à l’ancien maire de Dakar, ainsi qu’à Karim Wade, de retrouver son éligibilité.

Au final, c’est l’éviction d’un des lieutenants d’Ousmane Sonko de son poste d’adjoint au maire de Dakar qui a signé, mercredi, l’ultime acte de cette rivalité au sein de Yewwi Askan Wi. « Un prétexte fallacieux », a réagi le mouvement de Khalifa Sall, qui invoque le respect d’une décision de justice imposant à l’équipe municipale de la capitale d’imposer la parité.

L’inquiétude des partisans d’Ousmane Sonko

A ce titre, le poste d’adjoint au maire de Dakar devait revenir à une femme. Abbas Fall, le député du Pastef qui l’occupait, a été contraint de céder sa place. Son parti espérait que la nouvelle adjointe serait issue de ses rangs, mais c’est finalement une membre de Taxawu Sénégal qui a été désignée. Un nouveau coup dur pour le parti d’Ousmane Sonko, alors que l’éligibilité du leader du Pastef est compromise par trois procédures judiciaires.

L’inquiétude des partisans du maire de Ziguinchor a encore été renforcée jeudi par l’annonce, dans les pages du journal L’Observateur, de la radiation de leur champion des listes électorales. Selon le média privé, le ministère de la justice a transmis aux autorités chargées du fichier électoral une liste de personnes dont la condamnation a entraîné la perte de leurs droits civiques.

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Le Pastef assure ne pas avoir encore reçu de notification officielle. « Ousmane Sonko reste le plus éligible des candidats », a réagi El Malick Ndiaye, le secrétaire chargé de la communication du parti. Le leader du Pastef, investi mi-juillet par son parti, en est à son treizième jour de grève de la faim. Il se trouve dans « un état de grande fatigue » et sa santé « précaire » se dégrade selon son avocat MKhoureychi Ba.

Le Pastef peut-il continuer à peser dans l’opposition ?

Condamné en son absence en juin à deux ans de prison ferme pour « corruption de la jeunesse » lors de son procès pour viol contre Adji Sarr, une ancienne employée du salon de massage Sweet Beauty, Ousmane Sonko a été inculpé fin juillet pour neuf autres charges dont appel à l’insurrection et troubles à la sécurité publique.

Après sa dissolution, l’arrestation de plusieurs de ses cadres et ses appels sans grand succès à la rue après l’arrestation d’Ousmane Sonko, le Pastef peut-il continuer à peser dans l’opposition ? Jadis proches, Khalifa Sall et Ousmane Sonko ne mentionnaient presque plus leurs noms respectifs, communiquant l’un sur l’autre par des allusions à peine voilées dans leurs dernières sorties.

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Beaucoup de sympathisants d’Ousmane Sonko reprochent aux autres chefs de l’opposition de ne pas assez soutenir leur leader. Un sentiment partagé au sein de Pastef. « A part les déclarations de presse faites par certains, il n’y en a pas assez ! », se désole l’un des cadres du parti. Barthélémy Dias a rétorqué en condamnant la propension des proches d’Ousmane Sonko à considérer comme « traîtres » les acteurs politiques qui refusent d’« oublier leurs ambitions » pour « se soumettre » à leur volonté.

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